Le conflit en Iran le démontre une nouvelle fois : le secteur des transports est encore trop dépendant des énergies fossiles. À chaque crise internationale, la hausse des prix à la pompe (1) fragilise des professions entières et contraint l'État à intervenir. Une situation que le Gouvernement entend limiter en accélérant l'électrification des mobilités.
Une planification nationale aire par aire
Jusqu'à présent, la planification des infrastructures de recharge reposait principalement sur des démarches locales, à travers les schémas directeurs pilotés par les collectivités et les syndicats d'énergie. Si ces initiatives ont permis un premier maillage du territoire, elles restent par nature fragmentées et peu adaptées aux enjeux de circulation longue distance. Avec ce nouveau schéma, l'État change d'échelle et s'empare directement de la question sur le réseau routier national, qui représente moins de 2 % du linéaire routier français mais qui concerne un tiers des véhicules-kilomètre (3) et l'essentiel des flux en itinérance (+ de 200 km).
À horizon 2035, ce schéma prévoit l'ouverture d'environ 22 000 points de recharge rapide pour véhicules légers (bornes de 150kW permettant une recharge en 20-25 minutes), répartis sur près de 900 aires de repos et de service, soit un parc multiplié par cinq en 10 ans. « Cela correspond à un quasi doublement du rythme de déploiement par rapport à celui qui a permis d'équiper le réseau depuis 5 ans », fait remarquer le ministère des Transports.
Le fret au cœur de la stratégie de recharge
Au-delà des véhicules légers, le schéma fait du transport de marchandises un axe structurant. Si les besoins des voitures particulières restent majoritaires à court terme, la montée en charge des poids lourds électriques constitue l'un des principaux moteurs de dimensionnement du réseau. Le schéma table sur 8 000 points de recharge sur près de 560 aires de repos et de service, combinant recharge rapide (bornes de 400 kW permettant une recharge en environ 45 minutes) ou ultra-rapide (bornes de plus de 800 kW permettant une recharge autour de 20 minutes) et recharge adaptée aux stationnements de longue durée (bornes d'environ 100 kW).
Le réseau national en chiffres
• 19 400 km de réseau routier national
• 9 200 km concédés / 10 200 km non concédés
• 600 aires de service
• 1 000 aires de repos
• 400 aires de stationnement
Éviter la congestion du réseau électrique
Le schéma met en effet en lumière un enjeu central : celui du dimensionnement du réseau électrique. Le déploiement des infrastructures de recharge, en particulier pour les poids lourds, suppose une augmentation des besoins énergétiques. À l'échelle du réseau concédé, ces besoins pourraient atteindre 2,8 GW pour les véhicules légers et 1,6 GW pour les poids lourds à horizon 2035, soit des niveaux équivalents à ceux de grandes zones industrielles. Cette évolution impose d'anticiper des raccordements lourds, souvent de plusieurs mégawatts par aire, et de raisonner non plus seulement en nombre de bornes, mais en puissance disponible.
Cette montée en charge fait peser des contraintes importantes sur les gestionnaires de réseaux. Le schéma souligne que la capacité de raccordement constitue un facteur déterminant, avec des délais pouvant atteindre deux à trois ans actuellement et susceptibles de s'allonger. Enedis devra adapter les réseaux de distribution et renforcer les postes électriques localement, tandis que RTE est appelé à sécuriser l'alimentation à plus grande échelle. Pour répondre à ces enjeux, de nouveaux mécanismes sont mobilisés, notamment la possibilité de réserver à l'avance des capacités de puissance sur plusieurs années, afin d'accompagner la montée progressive des besoins.
Un enjeu d'autant plus stratégique que la montée en puissance des usages devra éviter une double congestion : celle du réseau électrique, mais aussi celle des infrastructures de recharge, notamment lors des pics de trafic sur les grands axes.







