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Réduire les déchets résiduels (6/6) : le Sytevom recycle le plastique des bennes d'encombrants

En appliquant mieux les règles de tri en déchèteries et en y collectant séparément les plastiques, le Sytevom a réduit de moitié le volume des encombrants envoyés en enfouissement. Une stratégie payante pour contrer la hausse de la TGAP.

TECHNIQUE  |  Déchets  |    |  P. Collet
Réduire les déchets résiduels (6/6) : le Sytevom recycle le plastique des bennes d'encombrants
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Le problème est bien connu : moins les plastiques sont triés, moins ils sont recyclés. À l'échelle française, selon les dernières données de Plastics Europe, seulement 43 % sont collectés séparément et, parmi ces derniers, 45,3 % sont recyclés (40,2 % sont valorisés énergétiquement et le reste est enfoui). Les 57 % de plastiques collectés en mélange ne sont recyclés qu'à 1,7 %, l'essentiel étant incinéré. « La collecte est le talon d'Achille du recyclage », en conclut la fédération représentative des producteurs de plastiques.

Pour y remédier, elle plaide pour le développement de la collecte sélective tous azimuts, à l'image du dispositif mis en place par le Sytevom pour collecter séparément les plastiques en déchèteries. Depuis 2011, le syndicat chargé de la gestion des déchets de 270 000 habitants répartis en Haute-Saône et dans le Doubs déploie activement la collecte sélective. D'abord sur les emballages : le Sytevom a expérimenté l'extension des consignes de tri auprès de 85 000 habitants dès 2012 (dans le cadre de la première expérimentation à l'échelle nationale) et l'a étendue à l'ensemble du territoire couvert en 2016 (elle n'est généralisée en France que depuis janvier 2023).

Trier toujours plus de flux

Tout commence en 2007, avec la mise en service de l'incinérateur du Sytevom d'une capacité de 40 000 tonnes. Avec une production d'ordures ménagères résiduelles (OMR) de 65 000 tonnes par an (t/an), l'unité de valorisation énergétique ne suffit pas. Le syndicat met donc en place la tarification incitative (qui couvre désormais tout le territoire, sauf Vesoul), se lance dans l'extension des consignes de tri et réalise un plan de prévention des déchets.

Les performances suivent. Entre 2007 et 2023, le volume d'OMR baisse de 53 %, passant de 261 à 123 kg par an et par habitant (kg/an/hab), quand la moyenne française s'établit à 248 kg/an/hab. Parallèlement, la collecte du bac jaune bondit de 114 %, passant de 36 à 77 kg/an/hab - à cela, il faut ajouter 42 kg/an/hab de verre récupérés indépendamment. Aujourd'hui, le Sytevom collecte séparément 90 % des bouteilles en plastique (la moyenne nationale est à 60,3 % en 2022) et 12 kg de plastique recyclé par habitant.

Pour améliorer ces performances, il ne reste à renforcer le tri en habitat collectif, développer la collecte hors foyer (le syndicat est lauréat de l'appel à projets de Citeo) et réduire la collecte en déchèteries. Ces dernières collectent 284 kg/an/hab, soit 74 250 t/an. Sur ce volume, près de 73 % étaient déjà valorisés. Restaient quelque 17 000 tonnes des bennes « encombrants » où s'entasse le tout-venant et dont le contenu part directement en enfouissement.

Contrer l'envolée des coûts

“ En déchèteries, on n'a pas la main sur la réduction des volumes apportés, mais on peut améliorer la valorisation pour réduire la facture de l'enfouissement ” Joël Brice, Sytevom
Au-delà de la volonté de réduire l'enfouissement (à terme une des deux installations de stockage de déchets non dangereux - ISDND - disponibles sera fermée), la décision est surtout financière, explique Joël Brice, président du Sytevom. Le syndicat a fait ses comptes et anticipé la hausse de taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). En 2020, le coût annuel de gestion de la benne encombrants atteignait 1,85 million d'euros (M€), avec une TGAP à 18 euros par tonne. En 2025, avec une TGAP à 65 euros par tonne et la hausse anticipée des coûts d'enfouissement, la facture aurait dû grimper à 3,15 M€, soit une augmentation de 1,3 M€. Cela, sans prendre en compte le regain d'inflation intervenu depuis.

« En déchèteries, on n'a pas la main sur la réduction des volumes apportés, mais on peut améliorer la valorisation pour réduire la facture de l'enfouissement », explique Joël Brice. Le syndicat adopte donc une stratégie de tri du tout-venant et lance à l'été 2020 une campagne « Stop enfouissement ». Un objectif est fixé : réduire de 1 000 t/an jusqu'en 2025 le volume des encombrants enfouis.

Pour lancer le projet, le syndicat s'appuie sur plusieurs de ses acquis, notamment sur l'existence d'un réseau dense de 35 déchèteries qui maillent le territoire - déchèteries qui reprennent gratuitement l'essentiel des déchets des artisans.

Près de 600 000 tonnes à trier

Sur la base de caractérisations effectuées par l'Agence de la transition écologique (Ademe) sur 200 bennes issues de 30 déchèteries, le gisement français de plastique est de 593 000 t/an. Cela représente 4 % des apports en déchèteries. Les plastiques rigides, avec 438 000 t/an, représentent la grande majorité.
Valorplast explique que la collecte séparée de ces plastiques se met progressivement en place, au rythme du déploiement des filières de responsabilité élargie des producteurs (REP) concernées : la filière des produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB), avec 170 000 t/an ; celle des déchets d'éléments d'ameublement (DEA), avec 151 000 t/an ; celle des jeux et jouets, avec 71 000 t/an ; celle des articles de bricolage et de jardinage (ABJ), avec 52 000 t/an ; et celle des articles de sport et de loisir (ASL), avec 32 000 t/an.
Toutefois, il reste environ 120 000 t/an de déchets en plastique collectés en déchèteries hors filière REP.
Un site de tri des plastiques de déchèteries

Concrètement, des campagnes de caractérisation ont été menées (lire l'encadré). Elles ont permis de réaliser qu'entre les erreurs de tri et la présence d'importantes quantités de plastique, le potentiel de valorisation du tout-venant était important. Les gardiens ont donc été formés afin que les plastiques soient collectés en trois flux : polystyrène, plastiques souples et plastiques rigides. Des objectifs individuels leur ont aussi été assignés.

Surtout, le syndicat a créé le Symetri, pour « Sytevom – métiers du tri », un site qui rassemble de nouvelles filières de tri. Construit en réhabilitant une friche industrielle, l'installation représente un investissement de 2,5 M€, financé à 50 % par des subventions. Les plastiques rigides collectés en déchèteries y sont triés pour valoriser le polyéthylène (PE) et le polypropylène (PP), séparer les plastiques en deux flux (clair et coloré) et compacter le polystyrène pour l'expédier en recyclage.

Le Symetri a aussi été retenu par Valobat et Ecomaison pour assurer le tri du mobilier et de certains déchets de chantier. Le site en a traité 5 000 tonnes en 2023.

Réduction de moitié des bennes encombrants

Finalement, la stratégie porte ses fruits : depuis juin 2019, date d'ouverture du Symetri, le contenu de la benne tout-venant a fondu de 8 500 tonnes (réduction enregistrée sur l'année 2023), soit le double de l'objectif fixé au lancement du projet. Cela correspond à une division par deux ou trois du nombre de bennes collectées. Outre un meilleur tri de nombreux déchets (mobilier, bois, métaux, etc.), depuis 2020, 953 tonnes de PE et de PP ont été reprises dans le cadre de cette collecte séparée.

En 2023, 350 tonnes de plastiques rigides ont été envoyées en recyclage (45 tonnes supplémentaires sont directement transformées en paillettes pour un fabriquant local de dalles), ainsi que 280 tonnes de plastiques souples, 25 tonnes de PVC et 14 tonnes de PSE. À titre de comparaison, en 2023, Valorplast a repris 2 600 tonnes de PE et PP auprès des éco-organismes et des quelques collectivités qui trient le plastique en déchèteries.

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