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Travaux par points chauds : le Barpi constate des défaillances récurrentes

Une synthèse des accidents liés aux travaux par point chaud survenus entre 2016 et 2025 montre la récurrence de situations accidentelles et souligne les limites d'une prévention centrée sur la seule documentation.

Risques  |    |  L. Radisson
Travaux par points chauds : le Barpi constate des défaillances récurrentes
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« Les risques associés aux travaux par point chaud sont essentiellement liés à la manière dont ils sont préparés et suivis. L'accidentologie révèle des défaillances récurrentes dans l'identification des dangers, une sous-estimation des vecteurs de propagation du feu, mais aussi parfois une banalisation du risque. » Telles sont les principales conclusions de la synthèse (1) d'une décennie (2015-2026) d'accidentologie liée à ces travaux, réalisée par le bureau d'analyse des risques et pollutions industriels (Barpi) et dévoilée fin avril.

Ce bureau, rattaché au ministère de la Transition écologique, a analysé 274 incidents ou accidents (recensement non exhaustif) mettant en cause des travaux générateurs d'étincelles ou de surfaces chaudes : opérations d'enlèvement de matières ou de désassemblage d'équipements (découpage, meulage, ébarbage, etc.) ; opérations d'assemblage (soudure) ou d'étanchéité (bitume).

Le secteur du traitement des déchets en tête

Du point de vue du régime ICPE applicable aux établissements ayant connu de tels événements, 72 % sont des sites soumis à autorisation (dont 17 % des établissements Seveso), 12 % à enregistrement, 7 % à déclaration avec contrôle périodique, 5 % à simple déclaration et 3 % des établissements non classés. Une hiérarchie qui paraît logique par rapport aux risques respectifs présentés par ces établissements.

Une baisse significative des accidents est intervenue en 2020 et 2021, qui s'explique probablement par la réduction d'activité durant la pandémie de Covid. L'année 2025 a en revanche connu une forte hausse avec 37 événements recensés, contre une moyenne de 27 par an sur la décennie.

Tous les secteurs de métiers sont concernés par ce risque, mais les secteurs du traitement des déchets (16 % de l'ensemble des événements), de l'industrie agroalimentaire (16 % également) et de la métallurgie/produits métalliques (11 %) se détachent nettement.

Des conséquences parfois mortelles

Les 274 incidents recensés ont entraîné 265 fois des incendies, 60 fois des rejets de matières dangereuses et 30 fois des explosions, sachant qu'un même événement peut entraîner plusieurs phénomènes dangereux. Les départs de feu ou incendies concernent des bâtiments, des équipements, ou une matière combustible stockée ou simplement présente à proximité des travaux. Les explosions, quant à elles, peuvent être des explosions de gaz ou de vapeurs inflammables (45 % des cas), parfois en zone Atex (2)  ; consécutives à un incendie et concernant des contenants de type fûts ou bouteilles de gaz (17 % des cas) ; résultant de l'utilisation d'un équipement d'oxycoupage (découpe thermique de métaux par oxydation) ; ou d'une explosion de poussières. Les rejets de matières dangereuses ou polluantes, quant à eux, « constituent majoritairement des dispersions de fumées d'incendie ». Les deux autres phénomènes constatés ont été une atteinte à l'intégrité d'une capacité, sans rejet, et un rejet de matière non dangereuse, consécutifs à une explosion et à un incendie.

Ces événements ont eu des conséquences pour 234 d'entre eux. Pour 80 % d'entre eux, il y a eu des conséquences économiques (dommages matériels, pertes d'exploitation), pour 19 % des conséquences humaines (morts, blessés) et pour 16 % des conséquences sociales (chômage technique, privation d'usage, évacuation de population). Les accidents mortels se sont produit, en 2018, dans une usine de fabrication d'huile alimentaire à Dieppe (Seine-Maritime) et dans une coopérative agricole à Toury (Eure) et, en 2024, dans une usine de maintenance industrielle à Quimperlé (Finistère) et dans un dépôt pétrolier à Dijon (Côte-d'Or).

Les interventions humaines en cause

Les interventions humaines figurent parmi les causes premières des événements (défaillances directes et visibles ayant conduit à l'accident) dans 99 % des cas, sachant toutefois que plusieurs causes peuvent exister pour chaque événement. Parmi les interventions humaines, la synthèse recense la réalisation de travaux (meulage, découpe, soudure, etc.) « planifiés, de manière inadaptée (sécurisation, travail en lui-même, surveillance) » ou « exposés à un danger latent non pris en compte » ; l'utilisation d'un outillage par point chaud « lors de travaux programmés ne prévoyant pas ce type d'outil » ; ou encore la réalisation de « travaux qui n'étaient pas prévus, ou une initiative malheureuse ». Outre les interventions humaines figurent parmi les causes premières les dangers latents (majoritairement des matières combustibles à proximité de la zone de travaux), des pertes de contrôle de procédés, des défauts matériels (défaillance sur des équipements, dysfonctionnements sur des équipements de rétention ou de secours), puis des agressions externes (facteurs météorologiques).

Concernant les causes profondes des événements, qui sont les facteurs ayant amené aux causes premières, il s'agit principalement de facteurs organisationnels (identification des risques, procédures et consignes, organisation des contrôles, formation et qualification des personnels, choix des équipements et procédés, etc.), suivis, dans une moindre mesure, de facteurs humains.

Structurer la démarche de prévention pour la rendre efficace

Le Barpi tire quatre enseignements de l'analyse de cette accidentologie. En premier lieu, il relève des défaillances récurrentes, avec : une analyse des risques « souvent incomplète, voire inexistante » (travaux engagés sans analyse ou avec une analyse partielle, sous-estimation des vecteurs de propagation, environnements considérés par erreur sans risque) ; une banalisation du risque ; des outils de prévention (permis de feu, plans de prévention, etc.) dont l'efficacité est limitée par une approche administrative, des documents génériques, des supports non mis à jour ou un défaut de formation ; une aggravation du risque par la coactivité (dilution des responsabilités, multiplicité d'intervenants et de niveaux de sous-traitance, barrières linguistiques ou culturelles pouvant limiter la compréhension des consignes) ; des défauts de formation qui peuvent concerner les salariés du site, mais aussi les prestataires réalisant les travaux et les agents en charge de « la préparation, de la validation ou de la surveillance ce ceux-ci ».

Les fonctionnaires du ministère de la Transition écologique en déduisent, en second lieu, la nécessité de structurer la démarche de prévention afin de la rendre efficace. Une démarche qui doit s'étendre dans le temps : avant les travaux (intégration des travaux dans l'évaluation des risques professionnels, visite préalable en cas d'intervenant extérieur, identification des matières combustibles, prise en compte des zones Atex, définition d'un périmètre de sécurité, identification de l'outillage adapté, préparation de matériels de protection, sensibilisation aux risques des opérateurs, etc.) ; pendant les travaux (supervision par une personne compétente et identifiée, vigilance lors des pauses, capacité à interrompre les travaux, etc.) ; et après les travaux (surveillance d'éventuels feux couvants, formalisation d'un retour d'expérience, etc.).

L'étude souligne, en troisième lieu, les limites d'une approche de la prévention centrée sur la seule documentation. Le permis de feu, qui est un outil documentaire prévu pour prévenir les incendies ou explosions liés à l'emploi d'une flamme ou d'une source chaude, « bien qu'essentiel, ne peut suffire à prévenir un accident », préviennent les auteurs. Sa valeur repose sur plusieurs points : la compétence de son rédacteur (qui ne doit pas être l'opérateur), son adaptation à la situation de travaux, et les vérifications réalisées avant, pendant et après les travaux.

En dernier lieu, le Barpi attire l'attention sur les risques liés à la coactivité. « Le recours régulier à des prestataires introduit une possible complexité organisationnelle, avec des responsabilités parfois non maîtrisées et des adaptations en cours de travaux insuffisamment formalisées. Dans ces conditions, le rôle de l'exploitant est déterminant pour assurer une coordination réelle et continue des mesures de prévention, garantir la compétence des intervenants et maintenir un niveau de vigilance constant », concluent les auteurs de cette synthèse.

1. Télécharger la synthèse du Barpi
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47968-synthese-travaux-point-chaud-barpi.pdf
2. Atmosphères explosibles

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