
Réindustrialiser le solaire : pour peser dans la transition énergétique, l’Europe doit cesser d'être naïve !
L’UE veut réduire sa dépendance énergétique mais dépend des importations de panneaux photovoltaïque chinois. Pour Bertrand Lecacheux, seule une politique industrielle assumée, protectrice et formatrice permettra de créer un tissus productif local durable.
Réduire notre dépendance aux énergies fossiles est une priorité. En Europe, elles représentent encore près de 60 % du mix énergétique, et cette proportion nous expose directement aux aléas géopolitiques. Pourtant, en cherchant à nous affranchir du pétrole et du gaz, nous avons créé une autre dépendance : celle aux technologies asiatiques, et notamment chinoises, qui dominent aujourd’hui le marché mondial du photovoltaïque.
Le paradoxe est flagrant : nous voulons verdir nos systèmes énergétiques tout en important massivement des panneaux fabriqués à l’autre bout du monde, dans des conditions économiques et environnementales qui échappent à notre contrôle. Si l’Europe veut faire de la transition énergétique un levier de souveraineté, elle doit retrouver la capacité de produire sur son sol les technologies qui la rendent possible. Réindustrialiser le solaire, c’est donc autant un enjeu écologique qu’un impératif stratégique.
Sortir de la naïveté : pour un véritable “Made in Europe”
Le Net Zero Industry Act (NZIA) marque un progrès : pour la première fois, l’Europe se fixe l’objectif de produire 40 % des panneaux installés sur son territoire. Mais sa mise en œuvre reste d’une grande naïveté. Les critères de provenance, qui interdisent seulement les produits « fabriqués en Chine », sont aisément contournés : les grands acteurs chinois délocalisent déjà en Malaisie, au Vietnam ou en Indonésie pour éviter toute restriction.
Cette approche juridique ne suffira pas. Il faut assumer une politique industrielle claire, fondée sur le Made in Europe et non sur des déclarations d’intention. Certains États, comme l’Italie, ont franchi un pas en excluant aussi les filiales d’entreprises chinoises. C’est la preuve qu’une application rigoureuse est possible.
Les obstacles sont avant tout politiques : une partie de la Commission européenne reste prisonnière du dogme du libre-échange et des règles de l’OMC. Pendant ce temps, les États-Unis, l’Inde ou la Turquie ont rétabli des barrières protectrices et relancé avec succès leurs filières photovoltaïques locales. Ces pays ne sont ni plus riches ni plus puissants que l’Europe : ils ont simplement cessé d’être naïfs. L’Europe doit, elle aussi, se doter d’un cadre qui protège ses acteurs industriels face à une concurrence qui ne joue pas avec les mêmes règles.
Former pour produire : la bataille des compétences
Réindustrialiser ne se décrète pas : cela s’anticipe et se prépare. Dans le Grand Est, Holosolis construit une usine de cellules et de modules photovoltaïques parmi les plus modernes d’Europe. Ce projet créera près de 2 000 emplois directs sur trois ans. Mais la véritable difficulté n’est pas d’ériger les bâtiments : c’est de trouver, recruter et former les compétences nécessaires à une industrie 5.0, hautement automatisée et exigeante sur le plan technologique.
La fabrication de cellules solaires se rapproche du monde du semi-conducteur : elle requiert des opérateurs capables d’interagir avec des machines, des robots, des interfaces numériques. L’enjeu est donc d’accompagner cette montée en compétence sur tout le territoire, en s’appuyant sur les acteurs de la formation, les branches industrielles, France Travail et les régions. C’est aussi pour cette raison que nous avons choisi le Grand Est : la mobilisation collective y est exemplaire.
Réindustrialiser la France, c’est redonner du sens au travail industriel, revaloriser des métiers techniques longtemps dénigrés, et créer des perspectives dans des territoires qui ont trop souvent subi la désindustrialisation.
Revaloriser l’industrie “de base” : le socle d’un avenir durable
On entend souvent que l’avenir appartient aux hautes technologies, à l’intelligence artificielle ou à la recherche appliquée. C’est oublier que l’innovation ne peut exister sans production. On n’innove durablement que là où l’on fabrique. Les centres de recherche délocalisés d’une base industrielle finissent par s’étioler : sans usines, il n’y a plus de boucles d’apprentissage, plus de terrain d’expérimentation, plus d’écosystèmes cohérents.
Il faut donc réhabiliter l’industrie “de base”, celle qui produit les briques essentielles de la transition : batteries, composants électroniques, modules solaires, équipements d’efficacité énergétique. L’Europe ne peut pas tout déléguer au reste du monde sous prétexte que ces secteurs seraient « matures » ou « à faible valeur ajoutée ». C’est précisément sur ces fondations que se bâtira la nouvelle économie décarbonée.
Un pays sans usines ne peut être ni socialement stable ni technologiquement souverain. Réindustrialiser, c’est aussi recréer du lien social, offrir des perspectives d’emploi à des générations qui doutent, et redonner une fierté collective à produire ce que nous consommons.
La transition énergétique ne se gagnera pas à coups de règlements ni de discours, mais par une politique industrielle cohérente, protectrice et tournée vers l’emploi. L’Europe doit cesser d’opposer écologie et industrie, et comprendre que les deux sont désormais indissociables.
Protéger, produire, former : voilà le triptyque d’une souveraineté énergétique retrouvée.
Article publié dans le cadre de l'entretien de préparation du 15e Colloque France Renouvelables avec David Ascher, directeur de publication d'Actu-Environnement et animateur de l'événement. Texte rédigé avec le concours de l'IA.
Article proposé par :
Bertrand Lecacheux
Président de Holosolis
Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.
Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.
Crédits photos : Holosolis Holosolis Holosolis
Solutions & Innovations
Commentez ou posez une question à Bertrand Lecacheux
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
L'emploi en Energie
Technicien réseau de chaleur H/F
Auvergne-Rhône-Alpes
Spécialiste turbine H/F
Île-de-France
Technicien éolien onshore / offshore H/F
Pays de la Loire
Formations en Energie
Décarbonation des industriels : la Trajectoire d'Investissements Bas Carbone -TIBC
par ADEME
Traitement des eaux : Optimisation énergétique des stations en vue d'une neutralité carbone d'ici...
par ENGEES
Calcul d'un bilan carbone
par Alliance Sorbonne Université