Cookies

Préférences Cookies

Nous utilisons des cookies sur notre site. Certains sont essentiels, d'autres nous aident à améliorer le service rendu.
En savoir plus  ›
AccueilErwan CalonnecPensons aujourd’hui la déchèterie de demain !

Pensons aujourd’hui la déchèterie de demain !

Face à la saturation de déchets et à la complexité croissante liées à l’augmentation des flux, Erwan Calonnec plaide pour une nouvelle vision des déchèteries, intégrées par les collectivités dans un projet d’aménagement territorial plus vaste.

Publié le 09/09/2025
Actu-Environnement le Mensuel N°456
Cet article a été publié dans Actu-Environnement le Mensuel N°456
[ S'abonner à la revue - Se connecter à l'espace abonné ]

Au tout départ, on écrivait « déchetterie »... Puis, au fil du temps, l’écriture du mot a évolué en « déchèterie », laissant apparaître plus précisément la notion de déchets multiples. Ce changement dans l’écriture du mot traduit déjà l’évolution continue que connaît cet équipement. La notion de déchets évoluant peu à peu en ressources, il est à parier que le nom se transforme à nouveau.

La « déchetterie » originelle pour lutter contre les dépôts sauvages

Les premières déchèteries françaises ont vu le jour il y a une quarantaine d’années, il s’agissait déjà à l’époque de lutter contre les dépôts sauvages réels ou pressentis. La construction de ces équipements correspondait à la période d’application de l’arrêté du 9 septembre 1997, qui redéfinissait les conditions de stockage des déchets non dangereux. Cet arrêté avait pour conséquence la fermeture des anciennes décharges, qui existaient dans presque toutes les communes françaises et qui fonctionnaient souvent de manière anarchique, sans contrôle ni suivi.

Précisons que dans la même période, un nouvel arrêté est venu encadrer les Installations classée pour l’environnement (ICPE) soumises à déclaration sous la rubrique n° 2710 (déchèterie). Cet arrêté était issu du décret (n° 96-197) du 11 mars 1996, venu supprimer la rubrique précédente 268 bis. Datant de 1989, cette dernière était très simplifiée. Elle permettait d’encadrer réglementairement un centre ouvert aux particuliers pour le dépôt sélectif de déchets, dont ils ne peuvent se défaire de manière satisfaisante par la collecte normale des ordures ménagères, du fait de leur encombrement, de leur quantité ou de leur nature. En conséquence, les collectivités qui investissaient dans la construction d’une déchèterie cherchaient à résoudre un problème environnemental, en apportant à la fois un service aux habitants, mais aussi une solution pour les artisans du secteur.

Un équipement de service public profondément territorial

Dès l’origine, la notion de service local, peut-être plus représentative que celle de service public, constitue l’ADN territorial de la déchèterie. Cette notion de service explique aussi la relation et l’attachement qui se sont noués dans le temps entre les habitants et ces équipements.

Précisons que le service apporté par une déchèterie n’a de sens que s’il existe un besoin. On constate alors que les déchèteries se développent principalement en dehors des centres métropolitains. Il s’agit d’un service apporté aux populations qui ont un jardin, qui font du bricolage, qui vivent pour la plupart en logement individuel… et pour lesquels, la collecte en porte-à-porte reste limitée. Dans les territoires urbanisés, la collecte en déchèterie reste marginale, principalement du fait de la pression foncière. Il s’agit donc souvent de la collecte dite « des encombrants », qui se substitue au déplacement vers les déchèteries.

Cette répartition territoriale n’est pas neutre, elle éclaire en partie les incompréhensions qui peuvent subsister entre une population, qui voit dans les déchèteries un équipement indispensable à la bonne valorisation de ses déchets, et une population plus urbaine qui méconnaît souvent ce mode de gestion des déchets.

Quand la valorisation des matières en ressources et le réemploi s’imposent

Cantonnées à des flux primaires au moment de leur création, permettant de collecter cinq flux principaux : métaux, déchets verts, cartons, gravats, tout-venants, le concept s’est rapidement imposé et considérablement développé. Les quantités de déchets collectés sont en constante progression, supérieures aux tonnages d’ordures ménagères résiduelles (OMR) depuis 2021, sous l’impulsion des politiques publiques de gestion des déchets, d’une société de consommation générant sans cesse plus de déchets, et de l’avènement des filières à Responsabilité élargie des producteurs (REP).

Ce sont ainsi aujourd’hui près de cinquante flux différents qui sont triés dans les déchèteries, sur des sites parfois obsolètes ou à la conception désuète, souvent saturés et dans un espace trop contraint. Par ailleurs, au concept d’un geste d’abandon de déchets dans des caissons s’oppose maintenant le concept d’une collecte dite « préservante », favorable au réemploi des déchets. Il s’agit de penser le stockage de certains déchets dans des conditions adéquates à leur conservation en bon état et à leur mise à disposition pour des acteurs du réemploi. Le réemploi se développe donc au sein des déchèteries, si bien que certaines d’entre elles sont devenues aujourd’hui de véritables lieux d’expérimentation, intégrant des « tiers lieux », des « fab lab » ou autre notion de « déchèterie inversée ».

De plus, les déchèteries, dont l’impact sur les tonnages collectés était plutôt mineur à l’origine, sont devenues, dans certains secteurs, les premières structures de collecte de déchets, représentant parfois les deux tiers des tonnages captés sur un territoire.

Des interrogations multiples pour concevoir la déchèterie du futur

Alors que la question de la rénovation de ces équipements, de leur suppression ou de leur reconstruction se pose pour de nombreuses collectivités, de multiples problématiques très différentes se font jour. Cette complexité oblige les acteurs publics à faire face à des choix engageants.

L’augmentation du nombre de flux impose une plus grande disponibilité en foncier dans un contexte de recherche d’économie d’espace (Zéro artificialisation nette). Les conditions réglementaires des déchèteries se renforcent ; la multiplication des dispositifs REP vient perturber l’organisation de ces équipements, en renforçant la complexité d’orientation en haut-de-quai, et donc la formation du personnel. Et bien d’autres questions se posent : quels leviers pour la rationalisation du transport et le lien entre le « haut-de-quai » et « bas-de-quai » ? Faut-il encore parler encore de quais ou développer les systèmes à plat ? Faut-il accepter les déchets professionnels ? Faut-il privilégier la distance ou le niveau de service pour l’usager ? Quelle place pour le réemploi et avec quels acteurs ?

L’organisation d’un système de déchèteries en réseau est aussi une stratégie à étudier sérieusement pour répondre aux attentes des usagers.

Il ne fait aucun doute que les déchèteries publiques qui répondront aux exigences des 30 prochaines années s’intégreront de fait dans un projet plus général d’aménagement territorial.

 

Erwan Calonnec,

Animateur du Groupe de Travail Déchèteries, Astee

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

Commentez ou posez une question à Erwan Calonnec

Les commentaires aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Mot de passe oublié