
Numérique et énergie décarbonée : le défi vital de l’industrie du cloud face à l’explosion des usages
L’essor du cloud et de l’intelligence artificielle fait exploser la demande d’électricité. La responsabilisation du secteur numérique passera autant par un approvisionnement en énergie bas carbone cohérent que par l’efficacité énergétique.
Longtemps perçu comme immatériel, le numérique est devenu un secteur industriel à part entière - et l’un des plus consommateurs d’énergie. Les centres de données, cœur névralgique de cet écosystème, concentrent une part importante de cette consommation. A l’échelle mondiale, leur consommation atteignait environ 460 TWh en 2024, soit près de 2 % de la consommation globale. Mais ce chiffre pourrait doubler d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie.
L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, des objets connectés et du cloud transforme le numérique en vecteur central de la transition économique, mais aussi en acteur majeur du système énergétique. Chaque requête, chaque algorithme d’apprentissage automatique, chaque transfert de données sollicite ces infrastructures qui sous-tendent l’ensemble des usages numériques. Ces usines du numérique nécessitent des alimentations électriques continues, fiables et, désormais, décarbonées.
L’Europe, et plus particulièrement la France, ont ici une carte à jouer : celle d’un numérique souverain et bas carbone, rendu possible par un mix énergétique historiquement vertueux et par une politique industrielle cohérente.
Décrypter l’empreinte carbone du cloud
Chez un acteur comme OVHcloud, l’électricité – les émissions dites de scope 2 – représente 49% du bilan carbone total. Cette réalité impose à l’ensemble de la filière la responsabilité d’adopter des trajectoires de décarbonation crédibles. OVHcloud en a fait un impératif industriel, en activant deux leviers prioritaires et complémentaires : pousser l’efficacité énergétique au plus haut niveau et décarboner en profondeur le mix électrique qui alimente ses infrastructures.
Le Groupe a développé son propre système de refroidissement à eau en circuit fermé (watercooling), qui permet de supprimer la climatisation dans les salles de serveurs, de limiter la consommation d’eau et de dissiper efficacement la chaleur des composants. Résultat : un PUE (Power Usage Effectiveness) inférieur à 1,24, parmi les meilleurs du secteur et un WUE (Water Usage Effectiveness) de 0.34 qui témoigne de l’efficacité hydrique d’OVHcloud. OVHcloud continue à innover au quotidien pour gagner en performance et en efficacité. Ainsi, en octobre 2025, le Groupe a annoncé déployer une nouvelle génération de baies et le pilotage par l’IA des consommations d’électricité et d’eau, afin de rendre ses centres de données plus sobres, réactifs et intelligents face à leur environnement immédiat.
Mais l’efficacité ne suffit plus : il faut aussi décarboner le mix électrique. L’entreprise a progressivement porté à 100 % la couverture de ses besoins par des sources renouvelables sur l’ensemble de ses data centers en propre. Ces progrès ne doivent rien au hasard : ils résultent d’une stratégie d’approvisionnement pensée comme un levier industriel, pas comme une simple vitrine environnementale.
Les Corporate PPA : levier de décarbonation et outil industriel
Pour garantir un approvisionnement prévisible et bas carbone, OVHcloud s’est engagé dans la voie des Corporate Power Purchase Agreements (PPA) - des contrats d’achat direct d’électricité renouvelable à long terme.
Le Groupe a déjà mis en place trois contrats d’énergie verte : en France, un contrat de CCPA a été signé avec EDF Renouvelables, mais aussi avec Sunnic Lighthouse GmbH en Allemagne, ou encore avec PGE en Pologne. Ces contrats sécurisent une part croissante de la consommation électrique du groupe, tout en soutenant la production locale.
Cette démarche repose sur un principe de cohérence : acheter l’électricité là où elle est consommée. L’enjeu n’est pas d’améliorer artificiellement son bilan via des certificats d’origine internationaux, mais de soutenir le développement de nouvelles capacités de production sur les territoires où l’entreprise est implantée.
C’est un cercle vertueux : chaque PPA permet à un producteur local d’investir, tout en assurant à l’industriel un prix stable et une visibilité long terme.
Les limites du 100 % renouvelable et les pistes d’avenir
Mais il serait illusoire de croire qu’une couverture "100 % renouvelable" suffit à elle seule à garantir la décarbonation. Le solaire et l’éolien, par nature intermittents, ne produisent pas en continu. Les approches dites 24/7, qui visent à assurer une couverture renouvelable heure par heure, restent aujourd’hui hors de portée - faute de solutions de stockage fiables et abordables. Il s’agit toutefois d’un prérequis pour tout fournisseur de cloud, qui, par nature, requiert une fourniture d’énergie sans interruption.
Le recours massif aux batteries, s’il répond ponctuellement à la variabilité, déplace le problème : il mobilise des métaux rares et crée une dépendance industrielle nouvelle. À long terme, il faudra composer avec un mix bas carbone diversifié, intégrant le nucléaire de nouvelle génération et les solutions de stockage intelligentes.
L’enjeu dépasse d’ailleurs la seule performance environnementale. Il touche à la souveraineté énergétique du numérique européen. Si l’Europe ne construit pas ses propres filières d’approvisionnement décarboné, elle sera demain dépendante des géants américains du cloud, qui investissent déjà massivement dans la production d’énergie privée. La décarbonation doit rester un projet collectif, pas une course individuelle.
De la chaleur fatale à la sobriété intégrée
Décarboner, c’est aussi valoriser ce que le numérique produit sans le vouloir : la chaleur. Chaque serveur dégage une énergie thermique considérable, encore trop peu exploitée. La règlementation européenne – en particulier la Directive Efficacité Energétique – impose désormais les opérateurs de centres de données à progresser sur ce volet. OVHcloud intègre cette exigence à sa stratégie de sobriété en valorisant, lorsque cela est possible, sa chaleur fatale: à Strasbourg et Roubaix notamment, le Groupe travaille pour réinjecter cette chaleur dans les réseaux urbains.
Cette approche traduit une conviction : le data center doit être un maillon de la planification énergétique locale. Il peut contribuer à alimenter des bâtiments, chauffer des piscines, ou stabiliser des micro-réseaux. Autrement dit, le numérique doit s’inscrire dans une écologie industrielle territoriale, où les flux énergétiques se croisent et se valorisent.
Article publié dans le cadre de l'entretien de préparation du 15e Colloque France Renouvelables avec David Ascher, directeur de publication d'Actu-Environnement et animateur de l'événement. Texte rédigé avec le concours de l'IA.
Article proposé par :
Grégory LEBOURG
Directeur environnemental d’OVHcloud
Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.
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Crédits photos : OVHcloud OVHcloud OVHcloud
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1 Commentaire
Mel
Le 09/12/2025 à 11h13
Bonjour, texte très intéressant qui pose de manière claire les problèmes liés à notre addiction au monde numérique et qui tente de trouver des solutions pour minimiser les impacts négatifs. On voit qu'il y a des choses à faire, qu'elles sont réalisables et c'est rassurant.La question que je me pose est pourquoi faire appel à l'IA pour écrire cet article? Qu'est ce que l'IA apporte de plus qu'un humain n'aurait pas pu intégrer?
Signaler un contenu inappropriéIl y a toujours eu des documents, articles, très bien rédigés et agréables à lire avant l'IA. Pourquoi y en a-t-il besoin maintenant?