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AccueilDominique BidouToujours plus tard...

Toujours plus tard...

Désenchantement ou désillusion ? Le cri du cœur de Dominique Bidou face au désengagement des volontés publiques en faveur des politiques de transition écologique, au détriment encore une fois de la santé publique et de la protection de l’environnement.

Publié le 24/07/2024

C’est François de Closets qui s’attaquait au « toujours plus », mais quand il s’agit d’écologie, les Français semblent être atteints d’un autre syndrome, le « toujours plus tard ».

« Les enfants parlent à leur tour, et leur tour n’arrive jamais ». Une formule claire qui avait cours (et peut-être encore) dans les familles bourgeoises françaises, qui marquait bien la place des enfants dans la société. Une formule qui pourrait se décliner aujourd’hui sur un autre mode : « l’écologie à son tour, et son tour n’arrive jamais ».

Depuis combien de temps les écologistes et bien d’autres avec eux, des scientifiques, notamment l’INRA, des agences de l’eau, des pêcheurs, des associations, nous alertent sur le problème de l’eau douce ? René Dumont en avait même fait un thème de campagne électorale, c’était en 1974. Aujourd’hui, il nous est dit que le tour de l’écologie n’est pas encore venu. Tout continue comme avant. Il faut toujours plus d’eau malgré une baisse continue de la ressource et de sérieuses inquiétudes sur sa qualité. La protection des zones de captage des eaux minérales elles-mêmes n’est pas assurée, qui auraient dû l’être tout particulièrement. Certains polluants « éternels » sont détectés dans les eaux que nous buvons, et la liste des produits douteux, mais non surveillés, connait chaque jour de nouveaux noms.

L’écologie viendra plus tard, quand nous aurons des solutions, nous est-il donc promis. Des solutions qui cependant peinent à venir. Or « pendant la recherche, la pollution continue », pourrions-nous en déduire. Il est donc permis de douter sérieusement de la volonté de trouver ces solutions. Les indicateurs de suivis sont victimes de cette volonté de ne rien changer. Les anciens sont abandonnés au profit d’autres moins exigeants. De ce fait, la santé humaine, qui a résisté longtemps à ces dégradations, donne des signes de nouvelles fragilités.

Les causes de dégradations sont nombreuses : entre les rejets de l’industrie, les stations de traitement des eaux usées insuffisantes et l’agriculture, première utilisatrice d’eau douce, et de loin. L’imperméabilisation des sols et l’urbanisation a bien sûr sa part de responsabilité, mais aussi l’assèchement des zones humides, l’agrandissement sans frein des parcellaires, le compactage des sols cultivés et la disparition des haies.

Voici d’un côté l’alerte des médecins sur les pesticides lancé le 5 mars 2024[1], signé de de 1 600 professionnels de santé, tandis que de l’autre, un représentant de la coordination rurale se dit prêt à sortir les fourches à la seule hypothèse d’un ministre écologiste dans un gouvernement. Il ne s’agit pas alors que de la pollution de l’eau, mais aussi de celle de nos aliments et de l’air que nous respirons. Pollution des champs, mais aussi pollution des villes. Celle-ci est suivie depuis des années, de réels progrès ont été enregistrés, mais la pollution de l’air fait encore des milliers de victimes en France. 40 000 selon un rapport de Santé publique France du 14 avril 2021, qui précise que les seules particules fines sont responsables de 7 % de la mortalité, chiffre à comparer avec les 4,6 % provoqués par l’ensemble des accidents en France. L’instauration de zones de faible émission est devenue une mesure phare de la politique d’amélioration de la qualité de l’air. Là encore, le problème n’est pas nouveau, mais les progrès sont trop lents, ces zones doivent apporter rapidement des améliorations dans les villes. Trop vite, manifestement, au vu des réactions de rejet provoquées par l’annonce de leur création. Ce sera pour plus tard.

Qu’il s’agisse des pratiques agricoles ou des déplacements motorisés, l’environnement est toujours victime du syndrome « toujours plus tard ». De quoi inquiéter tous ceux qui sont conscients de l’importance de ces problèmes, et de susciter une réelle impatience. Bien sûr, des progrès ont eu lieu, mais ils restent bien insuffisants pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

Résultat : une impression d’être « menés en bateau », alors que le coût du « ne rien faire » dépasse de plus en plus celui de l’action[2], et la poussée d’un sentiment d’urgence des transformations à entreprendre. Une urgence parfois mauvaise conseillère, qui provoque une montée de la radicalité dans les esprits de tous ceux qui se sentent bafoués depuis des années. Les réactions qui en sont la conséquence offrent à tous ceux qui voudraient que rien ne change, les partisans du « toujours plus tard », des arguments pour continuer à ne rien faire, tout en se proclamant les premiers apôtres de l’environnement. Comme je vous le disais, « l’écologie à son tour, et son tour n’arrive jamais »

Dominique Bidou

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[1] Cf. Actu environnement du 28 mars 2024, article de D. Laperche, Pesticides, l’appel indigné de médecins et de mutuelles : ici.

[2] Voir notamment à ce sujet la note n°5 du club Synergies pour la transition énergétique par la planification de mai 2022 : à télécharger ici.

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