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Mode de collecte : l'apport volontaire mise sur la qualité de service

La collecte des déchets à la croisée des chemins Actu-Environnement.com - Publié le 01/02/2016

La collecte en porte-à-porte offre de meilleurs taux de récupération des matières recyclables, mais coûte plus cher. Les éco-organismes plaident pour le développement de l'apport volontaire et misent sur l'offre d'un meilleur service pour favoriser l'acte de tri. Les collectivités sont dubitatives.

La collecte des déchets à la croisée...  |    |  Chapitre 4 / 6
Environnement & Technique N°355 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°355
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Le mode de collecte, c'est-à-dire le mode retenu par la collectivité pour récupérer les emballages ménagers et les papiers, qu'il s'agisse de la collecte en porte-à-porte ou en point d'apport volontaire, est un autre élément qui devrait évoluer. Dans le domaine, l'argument financier prime clairement. Dans son étude de 2014, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) explique qu'en moyenne les coûts de collecte représentent environ 50% des coûts complets du dispositif de gestion des déchets d'emballages et des papiers, hors recettes de vente de matériaux. En l'occurrence, plus que le schéma, le ramassage des déchets est déterminant.

Les coûts au cœur de l'enjeu

La question du coût du mode de collecte semble d'autant plus cruciale que "de nombreux facteurs convergent vers une augmentation", note le rapport de l'Ademe. Il s'agit en premier lieu de la hausse attendue du coût du transport des déchets : hausse des prix du carburant, renforcement des réglementations générales sur les transports et des conditions de sécurité des véhicules, harmonisation par le haut du niveau de service des collectes lors des regroupements entre collectivités, ou encore mise en place de moyens spécifiques au suivi de la tarification incitative.

Même si des solutions permettent de limiter ces hausses, notamment la poursuite de la réduction de la fréquence des tournées et la réorganisation des tournées, la collecte en porte-à-porte apparaît clairement en première ligne. Cependant, l'apport volontaire n'est pas exempt de risque inflationniste. L'Ademe pointe en particulier les coûts liés à la plus grande densité des points d'apport pour augmenter les volumes collectés et "surtout la mise en place de conteneurs enterrés ou semi-enterrés". Le rapport est clair sur un point : freiner la hausse des coûts de collecte "constitue un enjeu majeur".

Reste un constat à ne pas négliger toutefois : si l'on considère les quantités totales collectées, la performance du porte-à-porte est aujourd'hui supérieure d'environ 20% à celle de l'apport volontaire. Cet aspect est essentiel au moment où la France entend élever les taux de recyclage.

Les services au secours de l'apport volontaire

L'Ademe suggère d'améliorer la performance de l'apport volontaire, en tenant compte des particularités des territoires. Dans les grandes lignes, l'objectif poursuivi est d'améliorer le service (densification des points, implantation et propreté, notamment) pour obtenir une performance proche au niveau du porte-à-porte tout en conservant un coût plus bas. "L'écart de performance de l'apport volontaire avec le porte-à-porte pourrait être limité à 15% pour un coût qui serait inférieur de 25%", estime le rapport.

D'autre part, le rapport note "une tendance à l'augmentation de l'apport volontaire dit « de proximité » qui consiste à collecter tous les flux, y compris les ordures ménagères résiduelles en apport volontaire". Ce mode de collecte se développe en habitat collectif, dans les hyper centres et en habitat dispersé, en particulier dans la construction de nouveaux logements et la rénovation. L'Ademe estime que ce mode de collecte "devrait présenter des performances très proches du porte-à-porte". Si l'on considère l'expérience de l'usager, le service ne diffère pas fondamentalement d'une collecte qui implique d'aller dans un local poubelle situé à une distance comparable. Mais une condition s'impose :il faut proposer plusieurs flux pour que "l'effort plus important demandé [ne se traduise pas] par une baisse de l'apport". Les problèmes d'implantation, les difficultés d'acceptation par les habitants et d'éventuels problèmes de compatibilité avec la réglementation sur la collecte constituent d'autres difficultés à prendre en compte.

Sylvain Pasquier, de l'Ademe, précise l'approche : "Le choix du mode de collecte n'est pas structurant pour les performances de tri en aval comme l'est le choix du schéma de collecte". Par ailleurs, il s'agit avant tout d'un choix très local avec des modalités intermédiaires entre apport volontaire et porte-à-porte.

Un mode de collecte validé par les éco-organismes agréés

L'analyse présentée par l'Ademe a retenu l'attention des éco-organismes. "Il faut bouger car de nouvelles solutions existent, en particulier en ville ", estime Carlos de los Llanos, directeur du département Tri et Recyclage d'Eco-Emballages. Derrière la faiblesse des taux de recyclage français se cache un problème en milieu urbain, explique l'éco-organisme. Il s'agit donc du "principal sujet pour faire progresser le taux de collecte". Par ailleurs, la collecte en porte-à-porte est source d'accident et pose des problèmes lorsque les voies sont étroites, "si on refuse d'y toucher, ces problèmes vont être des facteurs inflationnistes", estime Carlos de los Llanos qui ajoute qu'"à un moment, la collectivité nationale renoncera à mettre tant d'argent dans le service de collecte des déchets".

Aujourd'hui, avec Trilib', Eco-Emballages plaide pour l'apport volontaire de proximité qu'il "faut pousser à chaque fois qu'on peut", expliquant que certaines collectes en apport volontaire ont des performances supérieures à celles en porte-à-porte. Pour l'éco-organisme, il ne s'agit pas d'imposer un effort au citoyen, mais plutôt de fournir "un nouveau service associé au tri". Dans les grandes lignes, l'entreprise travaille sur trois aspects : plus de propreté chez les habitants (en supprimant les bacs de collecte dans les immeubles, notamment dans l'habitat ancien qui ne dispose pas de local dédié), plus d'information et plus de solutions de tri (en distinguant plusieurs flux). Cette approche devrait être expérimentée en 2016 avec une quarantaine de Trilib' dans cinq arrondissements parisiens. Un argument devrait intéresser la Mairie de Paris qui devra valider le dispositif : les ilots de tri seront disposés sur des places de stationnement, comme Velib' et Autolib', qui ont inspiré son nom. Si l'expérimentation est concluante, Trilib' a vocation à se substituer autant que possible au porte-à-porte.

Cette approche de l'apport de proximité associé à des services est aussi expérimentée par Ecofolio. L'entreprise dispose d'un "programme d'accompagnement au changement" doté de 5 à 10 millions par an et destiné à de telles expérimentations, notamment à Amiens (80) et dans le Grand Nancy (54) qui "déploient un réseau dense de bornes d'apport volontaire modernisées". "Ca marche, le taux de collecte progresse en moyenne de 20% pour un coût en baisse de 20%", rapporte Géraldine Poivert, la directrice générale d'Ecofolio.

ERP, qui envisage de concurrencer les deux éco-organismes agréés, valide de fait l'approche. "Il y a un effort de développement de l'apport volontaire à réaliser", explique Natacha Kaniewski, chargée de projet chez ERP, plaidant pour "un apport volontaire plus performant et adapté à chaque territoire". Quant à l'éco-organisme, il "peut et doit" accompagner les collectivités, mais "elles gardent le choix de l'organisation du service", estime-t-elle.

La densité, l'enjeu clé

Néanmoins, l'enthousiasme n'est pas aussi fort chez tous les acteurs. Pascal Gislais, président de Valorie qui souhaite concurrencer Eco-Emballages, raille "la redécouverte par notre concurrent de l'intérêt de l'apport volontaire" et doute de la substitution envisagée. Il estime néanmoins qu'"en ville, l'apport volontaire ne peut venir qu'en supplément d'une collecte porte-à-porte", évoquant une "dentelle" de dispositifs et du "sur-mesure" en fonction des caractéristiques territoriales.

La critique est plus virulente chez les représentants de collectivités qui remettent en cause l'argument du service. Bertrand Bohain, délégué général du Cercle national du recyclage (CNR), insiste sur le fait que "bien souvent, les points d'apport volontaires deviennent des dépotoirs". Contrairement à ce que défendent les éco-organismes, Nicolas Roussat, responsable du pôle Déchets d'Amorce, juge qu'en dehors de l'habitat très dispersé "le plus souvent le porte-à-porte offre un meilleur niveau de service". L'inadaptation des logements de l'hyper centre parisien ou lyonnais, qui peut justifier l'apport volontaire de proximité, n'est pas la norme française.

La densité d'implantation des points d'apport a de bonne chance d'être l'enjeu clé, en particulier pour les collectivités territoriales. "Il faut un vrai service de proximité, en pied d'immeuble", estime Nicolas Roussat (Amorce) qui met en avant l'écueil de la rareté de l'espace public et l'enjeu de l'intégration au paysage urbain qui plaident pour des conteneurs enterrés. Le curseur semble difficile à placer car plus on augmente la densité, plus on s'approche des tonnages collectés, mais aussi des coûts, du porte-à-porte. La densité sera-t-elle au rendez-vous ? "La densité n'est pas tout, mais je vais dire "oui", c'est-à-dire un Trilib' à moins de 100 m du domicile", répond Carlos de los Llanos. Pour sa part, Ecofolio évoque un point d'apport pour 500 habitants et évalue actuellement ce que cela implique en terme d'implantation sur l'espace public, et en particulier en terme de place de parking.

Philippe Collet

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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