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Schémas de collecte : vers un virage à 180 degrés ?

La collecte des déchets à la croisée des chemins Actu-Environnement.com - Publié le 01/02/2016

Jusqu'à maintenant le schéma privilégié était la collecte en mélange des déchets d'emballages ménagers et des papiers. Ce système domine largement en France. Mais un retournement s'opère en faveur de la séparation en deux flux des papiers et cartons, et des autres emballages.

La collecte des déchets à la croisée...  |    |  Chapitre 3 / 6
Schémas de collecte : vers un virage à 180 degrés ?
Environnement & Technique N°355 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°355
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Aujourd'hui, trois organisations de flux de collecte des déchets d'emballages ménagers (hors verre qui est systématiquement collecté à part) et papiers dominent en France. Mais la situation pourrait évoluer dans les années à venir puisque la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique réitère l'objectif d'harmonisation des consignes de tri des emballages et des papiers. Pour y parvenir, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a été chargée de préparer "des recommandations fondées sur un nombre restreint de schémas types harmonisés" ainsi que les consignes de tri et les couleurs de bacs associés. Celles-ci devraient être présentées au printemps.

L'idée n'est pas nouvelle. En 2007-2008, à l'issue des tables rondes du Grenelle de l'Environnement, l'engagement 255 prévoyait déjà l'uniformisation des consignes de tri et l'article 46 de la loi du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle (loi "Grenelle I") visait l'harmonisation progressive des consignes de tri, des modalités de collecte et de la signalétique.

La collecte multi-matériaux loin devant

Dans un rapport de 2014, préparé en vue notamment des agréments emballages et papiers pour la période 2017-2022, l'Ademe constatait qu'en 2011, trois flux dominaient : la collecte multi-matériaux (l'ensemble des recyclables dans un même bac) qui représente 60% des tonnages collectés, la collecte d'un flux emballages et d'un flux papiers pour 21% des tonnages, et la collecte d'un flux fibreux (papiers et cartons) et non fibreux (emballages hors cartons) pour 6% des tonnages. Pour Bertrand Bohain, délégué général du Cercle national du recyclage (CNR), "la situation est déjà bien harmonisée, d'autant que les derniers chiffres montrent que les trois principaux schémas couvrent 95% de la population". Un constat que partage Nicolas Roussat, responsable du pôle Déchets d'Amorce.

Cette situation est liée au développement de la collecte séparée soutenue par les éco-organismes. Historiquement, notamment pour des raisons de coûts, la filière emballages a plaidé pour une collecte en mélange et la filière papiers pour une collecte fibreux/non-fibreux. Jusqu'à maintenant, Eco-Emballages a été majoritairement suivi. D'ailleurs, Sylvain Pasquier, du service Produits et efficacité matière à l'Ademe, indique que la collecte multi-matériaux progresse encore légèrement depuis 2011, couvrant aujourd'hui 63% de la population française.

Le rapport de l'Ademe ne décelait pas de différences majeures entre ces trois schémas. "Aucune différence de quantités triées ne peut être identifiée", constate-elle, même si la collecte multi-matériaux se distingue par des quantités collectées "légèrement supérieures", du fait d'une prépondérance de la collecte en porte-à-porte. Le constat est similaire concernant le taux de captage en centre de tri qui varie de 97% pour la collecte multi-matériaux à 99% pour une collecte fibreux/non fibreux. Bref, "globalement, les taux de recyclage sont équivalents entre ces trois schémas". En revanche, "rien sur le plan technico-économique ne justifie de maintenir les quelques schémas minoritaires qui couvrent encore 5% de la population française", explique Sylvain Pasquier.

L'Ademe soulignait enfin que la maîtrise des coûts "conditionne" la progression du recyclage et son acceptation par l'ensemble des acteurs. Aujourd'hui, certains acteurs s'appuient sur ce constat pour justifier la mutation à venir.

Le fibreux/non-fibreux plaît aux éco-organismes

Du côté des éco-organismes, la volonté d'aller progressivement vers une collecte fibreux/non-fibreux est claire. Il y a d'abord Ecofolio, l'éco-organisme de la filière papiers, qui défend la mesure de longue date. Il faut "une rupture par rapport à la logique des années 90", estime Géraldine Poivert, expliquant qu'il s'agit d'"une attente de l'industrie papetière". La directrice générale d'Ecofolio souhaite que "l'objectif soit de collecter des ressources" et, pour y parvenir, elle estime qu'il faut "privilégier la qualité des déchets". Cette approche plaide pour l'abandon du tri en mélange, les papiers étant souillés. "Il faut de la qualité, un prix compétitif face à la fibre cellulosique vierge et offrir un service répondant aux attentes des citoyens", résume-t-elle. Reste que l'argument de la qualité ne convainc pas Nicolas Roussat d'Amorce, qui estime que "la question demande à être creusée, notamment dans le cadre de l'extension des consignes de tri".

Le point de vue évolue aussi du côté des emballages ménagers, puisqu'aujourd'hui "Eco-Emballages prône la séparation fibreux/non-fibreux", explique Carlos de los Llanos, directeur du département tri et recyclage de l'entreprise. Quant à Valorie, qui se positionne en tant que futur concurrent d'Eco-Emballages, Pascal Gislais, son président, juge qu'"il faut être le plus ferme possible" pour que ce type de collecte se développe car "les résultats sont meilleurs en terme d'efficacité".

En dehors de la qualité des fibres cellulosiques récupérées, l'un des éléments les plus fréquemment avancés pour soutenir la séparation fibreux/non-fibreux est l'exemple étranger. "C'est le schéma archi-dominant partout en Europe", explique Carlos de los Llanos. "Il représente 100% des collectes de tous les pays européens", avance pour sa part Pascal Gislais de Valorie. Certes, ce schéma domine à l'étranger, confirme Sylvain Pasquier (Ademe), "mais cela n'implique pas qu'il faille nécessairement l'imposer en France, car il faut prendre en compte les différences de contexte qui peuvent exister".

Reste l'argument du coût qui est le plus favorable à la mutation. "Les coûts globaux sont très différents", indique Natacha Kaniewski, chargée de projet chez ERP, autre concurrent potentiel aux agréments, expliquant que "le premier geste de séparation des fibreux réalisé chez l'habitant permet vraiment une réduction". D'ailleurs, l'étude de l'Ademe confirmerait ce point : le schéma fibreux/non fibreux est le moins onéreux avec un coût complet (transport, tri et recettes matériaux) de 237 euros par tonne, suivi par le schéma emballages/papiers (261 euros par tonne) et, enfin, par le schéma multi-matériaux (277 euros par tonne).

Trois, deux ou un seul schéma ?

Les collectivités, qui organisent la collecte, affichent des réticences vis à vis de ce que leurs représentants perçoivent comme une harmonisation à marche forcée. "Combien faut-il de schémas ?", interroge Bertrand Bohain du CNR, répondant dans la foulée : "Trois aujourd'hui, deux peut-être demain, mais certainement pas un". Si l'on doit passer à deux schémas, la solution privilégiée est la fusion du schéma emballages/papiers avec le schéma fibreux/non-fibreux, au profit de ce dernier.

Par ailleurs, les collectivités ont investi dans des dispositifs de collecte (bacs, organisation des tournées, ou encore information des citoyens). Au-delà de l'amortissement des investissements, un changement de flux implique de nouvelles campagnes d'information des habitants et peut générer un recul du geste de tri. Pour le CNR, il convient d'évaluer l'ensemble des coûts et les gains attendus. "La collecte est un système global, mais les éco-organismes ne s'occupent que d'un flux ou d'une poubelle", déplore Bertrand Bohain, ajoutant que "ce qui est moins coûteux pour eux, ne l'est pas forcément pour l'ensemble".

En tout état de cause, personne n'envisage un basculement brutal de la collecte multi-matériaux à la collecte fibreux/non-fibreux, d'autant qu'elle ne couvre aujourd'hui que 6% de la population. Les pouvoirs publics affichent donc des objectifs à moyen terme : un déploiement du dispositif harmonisé sur l'ensemble du territoire national en 2025, selon la loi, et à l'horizon 2030, selon le rapport de l'Ademe. La transition "se fait progressivement", prend garde de préciser la loi, ajoutant que le mouvement "[s'appuie] sur le renouvellement naturel des parcs de contenants de collecte". "Il faut tenir compte du degré de maturité de la réflexion, des amortissements des équipements et du redécoupage des bassins versants des centres de tri", admet Pascal Gislais de Valorie. Ecofolio est plus volontariste : "Dans le cadre des nouveaux agréments, fixons un horizon à 6 ou 10 ans et une trajectoire avec un pourcentage d'évolution annuel".

Une chose est certaine, l'effort d'accompagnement devra être important. L'ensemble des éco-organismes en conviennent, à l'image d'Eco-Emballages et Ecofolio qui mettent en avant leurs partenariats avec les collectivités. Natacha Kaniewski, d'ERP, y voit un enjeu d'autant plus important que l'exiguïté de l'habitat en ville pose une "vraie difficulté" pour la séparation des flux. Avec le déploiement d'une collecte des biodéchets, l'évolution vire au casse-tête.

Philippe Collet

© Tous droits réservés Actu-Environnement
Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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