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Peut-on quantifier et chiffrer économiquement les externalités de l'agriculture biologique ?

Alimentation bio : une révolution profonde et durable Actu-Environnement.com - Publié le 30/10/2017
Alimentation bio : une révolution...  |    |  Chapitre 12 / 13
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Les activités agricoles génèrent, en plus de la production de denrées, des externalités négatives ou positives (aménités). Il y a externalité lorsque l'activité de production d'un agent a une influence non prise en compte par le marché sur le bien-être d'un autre sans qu'aucun ne reçoive ou ne paye une compensation pour cet effet. Envisageant l'hypothèse d'un soutien public à l'agriculture biologique (AB) fondé sur la “rémunération de ses aménités”, le ministre chargé de l'agriculture a souhaité disposer d'un état des lieux des connaissances scientifiques pour objectiver l'évaluation des externalités de l'AB, et a confié l'étude en 2016 à l'Itab avec l'appui de l'Inra.

De moindres externalités négatives avérées en AB

La bibliographie est convergente sur de moindres externalités négatives de l'AB par rapport à l'agriculture conventionnelle (AC) : les plus importantes sont liées à l'interdiction des pesticides de synthèse et, dans une moindre mesure, à l'interdiction des engrais azotés de synthèse, mais aussi à la réduction de l'usage des antibiotiques et des additifs alimentaires. Les effets les mieux quantifiés sont ceux liés à la pollution des ressources en eau. Il est établi que des mesures préventives de réduction des pollutions à la source sont beaucoup moins onéreuses que les mesures curatives. Cependant, seules des conversions à l'AB assez massives intervenant sur des aires de captage ont des effets significatifs sur les taux de contaminants, et permettent ainsi aux collectivités de réaliser des économies sur le traitement des eaux.

Pour la biodiversité, il est avéré que la non-utilisation de pesticides de synthèse limite les impacts négatifs sur la faune, en particulier l'avifaune. Cependant, la réduction des oiseaux spécialistes des milieux agricoles n'est pas uniquement liée à l'usage des pesticides de synthèse, mais également à la perte des habitats, due à la régression de la mosaïque et des infrastructures paysagères. De même, le déclin des abeilles résulte de la conjonction de facteurs de stress chimique (pesticides), pathologique, et alimentaire. Par ailleurs, l'AB réduit les risques pour la santé humaine de l'exposition aux pesticides de synthèse et du développement de bactéries résistantes aux antibiotiques. Les bénéfices de moindres intoxications aigües pour les agriculteurs sont assez simples à chiffrer ; les effets des expositions chroniques aux pesticides de synthèse sont quant à eux mieux connus, mais restent non quantifiables. Cependant, concernant les professionnels exposés aux pesticides, certains liens de causalité ont été établis. Ainsi, la maladie de Parkinson et le Lymphome malin Non Hodgkinien sont désormais reconnus comme maladies professionnelles. Concernant l'antibiorésistance, problème majeur de santé publique, si le bénéfice de l'AB est évident par la limitation de l'usage des antibiotiques vétérinaires qu'elle s'impose, il reste néanmoins impossible à chiffrer économiquement.

Des surcroîts d'externalités positives de l'AB par rapport à l'AC, mais dont les niveaux sont difficiles à quantifier

Les surcroîts d'externalités environnementales concernent en particulier les services écosystémiques de régulation (maîtrise des ravageurs, pollinisation), eux-mêmes largement dépendants de la biodiversité qui est favorisée en AB. Pour le sol, une méta-analyse indique des niveaux de stocks de carbone supérieurs en AB, mais il est difficile d'identifier le potentiel de stockage additionnel que représenterait une conversion à l'AB. Les pratiques de gestion des sols favorables (restitutions de matières organiques, part des légumineuses, sols davantage couverts, place accordée aux prairies permanentes…) sont non systématiques et variables selon les exploitations, même si de nombreuses études montrent qu'elles sont en moyenne davantage mobilisées en AB qu'en AC.

En ce qui concerne la consommation d'aliments bio, des différences dans la teneur de certains composants favorables (anti-oxydants, acides gras oméga-3) en faveur des aliments biologiques ont été identifiées, mais il n'est pas possible de déduire un effet direct sur la santé des consommateurs de produits bio. L'analyse de la cohorte BioNutrinet a toutefois permis de montrer que les consommateurs réguliers d'aliments bio ont moins de problèmes d'obésité et de pathologies associées, mais leurs habitudes alimentaires et leurs modes de vie sont aussi plus sains. Pour les bénéfices socio-économiques, à l'échelle des exploitations, une étude statistique récente indique un niveau d'emplois supérieur en AB par rapport à l'AC, à mode de commercialisation et système de production comparables (à hauteur de 0,07 Unité de Travail Annuel par exploitation). Au-delà, évaluer l'impact sur l'emploi aurait nécessité de pouvoir prendre en compte l'ensemble de la filière agro-alimentaire, ainsi que des secteurs tels que l'agrofourniture ou le tourisme rural. Quant aux impacts plutôt qualitatifs (proximité consommateurs et producteurs, respect du bien-être animal…), il est difficile de leur attribuer une valeur économique.

Certains différentiels d'externalités en défaveur de l'AB à resituer dans des bilans plus globaux

Dans les bilans ACV (analyse de cycle de vie), les avantages de l'AB liés à une moindre utilisation d'intrants sont en général annulés, et les résultats peuvent être en faveur de l'AC, lorsque le bilan est établi par unité de bien produit plutôt que par hectare, de par les rendements plus faibles des cultures, les durées d'élevage plus longues et la moindre productivité individuelle des animaux en AB. Pour produire la même quantité de nourriture qu'en AC, les rendements plus faibles en AB supposent d'accroître les surfaces cultivées aux dépens d'écosystèmes potentiellement riches en biodiversité et/ou en carbone stocké. Cependant, évaluer l'impact de l'AB sur le changement d'usage des sols nécessiterait une analyse globale, incluant notamment les usages non alimentaires des produits agricoles, le gaspillage alimentaire et les modes d'alimentation, en particulier la place des produits animaux.

L'étude confirme les bénéfices de l'AB dans de nombreux domaines, permettant de justifier un soutien financier reposant sur ces atouts de l'AB. Cependant, les connaissances disponibles ne permettent souvent pas de quantifier ces effets, et moins encore de leur attribuer une valeur monétaire, les chiffrages économiques étant difficiles à produire.

Natacha Sautereau, Institut technique de l'agriculture biologique (Itab)

Marc Benoit et Isabelle Savini, Institut national de la recherche agronomique (Inra)

© Tous droits réservés Actu-Environnement
Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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Réactions1 réaction à cet article

 

Très intéressant et très bien exprimé ! Ça c'est de l'information !

bIBU | 03 novembre 2017 à 08h51
 
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