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La bio au défi de la croissance

Alimentation bio : une révolution profonde et durable Actu-Environnement.com - Publié le 30/10/2017
Alimentation bio : une révolution...  |    |  Chapitre 2 / 13
La bio au défi de la croissance
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Si les produits biologiques restent encore minoritaires dans la consommation alimentaire globale, ils enregistrent une croissance soutenue (+15% en 2015) qui contraste tant avec la relative stabilité des produits agricoles conventionnels (+1% en 2015) qu'avec la consommation globale des ménages (+1%). Cette forte progression de la demande de produits biologiques a des effets positifs sur l'économie française. Premièrement, parce que les produits biologiques coûtent en moyenne deux fois plus cher que les produits conventionnels, le marché s'accroît en valeur chaque fois qu'un produit bio remplace l'achat d'un produit issu de l'agriculture conventionnelle. Deuxièmement, la bio contribue à créer des emplois non délocalisables sur le territoire. En effet, les exploitations bio génèrent 2,4 unités de travail annuel (UTA), contre 1,5 en moyenne pour les exploitations conventionnelles. Troisièmement et enfin, l'accroissement de la demande guide le développement d'activités amont et la structuration d'une industrie de transformation dynamique.

Face à une demande en hausse, la filière bio se structure et s'industrialise

Le secteur de la transformation de produits biologiques s'accroît avec l'arrivée de nouveaux acteurs sur ce segment porteur. Entre 2012 et 2015, les effectifs des transformateurs ont progressé de 11%, à contre-courant de la stabilisation observée dans l'industrie agroalimentaire conventionnelle. L'arrivée de poids lourds sur le marché - les marques bios des acteurs de la grande distribution en représentent déjà 50% - intensifie la concurrence et amène la filière agroalimentaire bio à s'industrialiser. Un mouvement de consolidation des transformateurs bios est ainsi à l'œuvre : malgré la hausse du nombre global d'opérateurs, des phénomènes de fusions acquisitions s'opèrent progressivement et renforcent le poids des leaders du marché. Par ailleurs, les capitaux propres des entreprises de transformation de produits biologiques enregistrent une croissance soutenue (+10% en 2015 et +8% en 2014). Ce mouvement de concentration et de capitalisation facilite l'investissement. Celui-ci a bondi de 80% en 2014 et de 50% en 2015, aidé par un environnement fiscal favorable.

 
Economie schumpéterienne Selon Schumpeter, l'économie est gouvernée par le phénomène de "destruction
créatrice". La croissance est un processus permanent de création, destruction et restructuration des activités économiques. Selon lui, "le nouveau ne sort pas de l'ancien, mais à côté de l'ancien, lui fait concurrence jusqu'à le nuire". Ce processus de destruction créatrice est à l'origine des fluctuations économiques sous forme de cycles.
 
La politique d'investissement menée par les industriels de la bio se traduit dans les chiffres de la productivité et de l'innovation. La productivité a ainsi augmenté de 40% entre 2012 et 2015 et plus d'une entreprise sur deux (53% en 2015) lance chaque année un produit nouveau, contre 27% dans l'économie nationale en moyenne. L'engouement des consommateurs pour les produits bios et le dynamisme de la transformation en amont stimulent le secteur de la distribution. En 2015, le chiffre d'affaires a ainsi crû de 14% dans la distribution spécialisée et de 11% dans les rayons bio des supermarchés. Cette croissance à deux chiffres contraste avec la relative atonie de l'activité globale des supermarchés (4% en 2015). Comme la transformation, la distribution spécialisée de produits biologiques se renforce et se structure au profit des réseaux sous enseigne, dont l'activité a été multipliée par deux entre 2009 et 2015 (à comparer aux 9% de croissance sur la même période des distributeurs indépendants). De par son rôle central de l'accès aux produits, le renforcement des réseaux de distribution spécialisés contribue au dynamisme de la filière du bio en France.

Aux côtés des produits agroalimentaires, d'autres secteurs se mettent au bio. Avec 15% du marché national, la bio est déjà solidement implantée sur le segment des compléments alimentaires. Tirée par une demande intérieure forte, la production de compléments alimentaires bio en France a augmenté de 6% en 2015 et de 5% en 2014. Dans une logique du “tout bio”, l'engouement pour produits alimentaires biologiques se reporte sur d'autres rayons des supermarchés comme les produits d'entretien ou de cosmétique. L'augmentation de la demande s'est traduite par une croissance à deux chiffres des secteurs de la transformation associés (13% en 2015 pour les produits d'entretien et 10% pour la cosmétique bio). Au-delà des supermarchés, la bio conquiert progressivement de nouveaux secteurs. Le textile bio voit son chiffre d'affaires s'accroître (3% en 2015, contre 2% en 2014) et la chimie “verte” est en plein essor. Le dynamisme des segments biologiques et l'extension à de nouveaux marchés annoncent la bio comme l'un des principaux moteurs de la croissance économique des prochaines années.

L'innovation comme levier de croissance de la filière

Le succès est tel que la demande de produits biologiques dépasse aujourd'hui l'offre. Le déficit commercial de l'industrie agroalimentaire bio se chiffre à 31% de son chiffre d'affaires, quand l'industrie agroalimentaire classique est en excédent à hauteur de 6%. La filière fait aujourd'hui face à un double défi : soutenir la conversion des exploitations pour augmenter la surface cultivée en bio et favoriser l'innovation. Sur le premier point, la surface cultivée en bio plafonne à près de 6% de la surface agricole utile (SAU), soit en-dessous de l'objectif de 8% fixé en 2013 et loin derrière nos principaux voisins européens. Le nombre de conversions a cependant observé un pic en 2015 et en 2016, faisant progresser le périmètre des exploitations bio de 18% et de 20% respectivement. La forte croissance de la demande de produits bio devrait continuer à soutenir la conversion des agriculteurs y compris dans un contexte d'assèchement des subventions publiques, car elle repose sur des facteurs structurels comme une préoccupation sanitaire croissante et la prise de conscience écologique. Par ailleurs, la demande publique de produits bio pourrait trouver un nouvel élan avec la nomination au gouvernement de l'une des voix les plus fortes en faveur de l'agroécologie en la personne de Nicolas Hulot.

Sur le second point, la filière agroalimentaire française traverse aujourd'hui une mutation économique “schumpéterienne”, caractérisée par une vague de destruction d'activités et une vague de création d'activités nouvelles. La bio s'inscrit dans la seconde vague. De nouveaux acteurs utilisent les technologies digitales pour apporter des solutions innovantes aux problèmes de la filière. Ainsi, la société Agricool cultive aux portes de Paris des fraises écologiques et sans pesticides, quand la plateforme MiiMOSA met le puissant modèle du financement participatif au service des agriculteurs en finançant les reconversions, l'achat de nouveau matériel ou l'agrandissement des exploitations. Côté distribution, des sociétés telle que La Ruche qui Dit Oui ou Kelbongoo se substituent aux distributeurs pour organiser des circuits courts entre producteurs et consommateurs. Ces nouveaux acteurs se rassemblent pour créer des synergies au sein d'organisations support comme La ferme digitale. A condition d'être encouragées, ces innovations encore émergentes vont transformer l'agriculture dans le sens d'un plus grand respect de la santé et de l'environnement et donner un formidable coup de pouce à l'expansion de la bio en France et dans le monde.

Nicolas Bouzou, Economiste et fondateur du cabinet Astéres

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