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Les eaux usées préférables à l'eau potable pour certains usages ?

Eau : vers une exploitation des ressources non conventionnelles Actu-Environnement.com - Publié le 02/07/2012

Si dans le monde, la réutilisation des eaux usées traitées est pratiquée pour de nombreux usages, en France, elle est limitée à l'irrigation. Les autres usages ne sont pas réglementés et seuls quelques projets sont menés à titre expérimental.

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Les eaux usées préférables à l'eau potable pour certains usages ?
Environnement & Technique N°316 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°316
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Au cours de ces dernières années, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT ou re-use) a connu un fort développement à travers le monde, que ce soit pour l'agriculture, les espaces verts, la recharge de nappe, le recyclage industriel, l'aquaculture, les usages urbains ou même la production d'eau potable… Aujourd'hui, les eaux usées collectées représentent à travers le monde 370 milliards m3/an, dont un peu moins de la moitié fait l'objet d'un traitement. Seulement 2% de ces eaux usées traitées seraient réutilisées.

Un nécessaire encadrement de cette pratique

La REUT permet de préserver les ressources en eau destinées à l'adduction potable publique et d'éviter de trop puiser dans l'eau des rivières ou des nappes phréatiques, à la période d'étiage notamment, tout en limitant les coûts par rapport à d'autres techniques développées aujourd'hui, comme le dessalement par exemple. De plus, après leur traitement en station d'épuration, leur réutilisation permet d'éviter de les rejeter directement dans les eaux superficielles et crée les conditions d'une épuration supplémentaire naturelle lorsque les eaux sont utilisées pour l'irrigation.

Cependant, cette pratique présente de nombreux risques sanitaires (polluants émergents, métaux lourds, pathogènes…) et environnementaux (métaux lourds, salinisation des sols, eutrophisation, pollution des nappes, impact des coproduits de traitement…) et doit donc être strictement encadrée. La France, qui était l'un des premiers pays à vouloir réguler cette pratique dans les années 80, a pourtant tardé. Il aura fallu attendre seize ans pour voir émerger une réglementation. De ce fait, seuls quelques projets ont vu le jour sur les îles de Ré, de Noirmoutier, d'Oléron et Porquerolles, sur le littoral atlantique et dans une quinzaine de golfs.

Un cadre réglementaire tardif pour l'irrigation

C'est l'Organisation mondiale de la santé (OMS) la première qui a publié des recommandations pour la REUT pour l'irrigation en 1989. En 1991, le Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France (CSHPF) publiait ses propres recommandations pour la France en fixant des conditions de distance des lieux d'habitations, des zones de loisirs et de la voirie et une restriction de l'arrosage aux heures hors fréquentation du public, restreignant ainsi les possibilités. Un décret a été publié en 1994 mais l'arrêté d'application n'a été publié qu'en… 2010 !

Il aura fallu en effet attendre la loi Grenelle 1 pour que soit relancée cette pratique. L'article 27 prévoit que "la récupération et la réutilisation des eaux pluviales et des eaux usées seront développées dans le respect des contraintes sanitaires en tenant compte de la nécessité de satisfaire les besoins prioritaires de la population en cas de crise". Après deux avis de l'Afsset et de l'Afssa (regroupées désormais sous l'Anses), les pouvoirs publics ont publié fin août 2010 un arrêté fixant les prescriptions sanitaires et techniques applicables à la REUT pour l'irrigation des cultures ou des espaces verts daté du 2 août. Seules les irrigations gravitaires et localisées sont pour l'instant autorisées. En revanche, l'irrigation par aérosol, qui présente des risques supposés liés à l'inhalation, est seulement autorisée à titre expérimental, par arrêté préfectoral, dans l'attente, courant 2012, d'un avis de l'Anses sur cette problématique.

L'arrêté du 2 août 2010 prévoit une étude préalable avant autorisation du projet par arrêté préfectoral. Quatre niveaux de qualité des eaux usées traitées ont été définis selon les usages. Ainsi est exigée une qualité d'eau A (critères parasitologique et bactériologique) pour les cultures maraichères et les espaces verts ouverts aux publics. Pour le pâturage, l'eau peut être de qualité B. Pour les cultures céréalières et fourragères, les pépinières et les cultures florales, l'eau peut être de qualité C. Ainsi, selon le niveau de qualité exigé, le traitement en Step sera plus ou moins poussé. Traitement biologique, filtration, clarification poussée, microfiltration, ultrafiltration, nanofiltration, osmose inverse, ultraviolets, font partie des techniques utilisées.

Le texte prévoit également des contraintes de distance (activités à protéger : plan d'eau, zone aquacole, baignades, abreuvement de bétail) et des contraintes de terrain (périmètre de captage, pente…).

Un suivi fréquent de la qualité des eaux usées traitées est exigé (E.coli, MES, DCO, entérocoques, phages ARN, spores de bactéries anaérobies sulfitoréductrices), ainsi qu'un suivi de la qualité des boues de la station (au moins quatre analyses par an exigées) et de la qualité des sols irrigués (au moins tous les dix ans). L'exploitant de la station est responsable de la surveillance des eaux usées traitées y compris au point d'usage, alors que l'exploitant de la parcelle est responsable de la surveillance des sols.

L'expérience des maïsiculteurs de Clermont-Ferrand

 
La REUT dans le monde L'Australie, la Californie, la Floride, la Jordanie, Israël et l'Arabie saoudite visent à satisfaire 10 à 30 % de leur demande grâce à la REUT d'ici cinq à dix ans. Chypre souhaite même atteindre 100 % de réutilisation des eaux usées traitées.
Quelques projets voient également le jour, notamment au Royaume-Uni et en Belgique, pour la production indirecte d'eau potable (après étiage).
Mais, selon l'Onu, 20 millions d'hectares seraient irrigués, à travers le monde dans 50 pays dont la Chine, l'Inde, le Mexique, avec des eaux usées non traitées. Dix pour cent de la population mondiale consommerait des produits agricoles issus d'irrigation par les eaux usées, ce chiffre passe à 80 % au Vietnam selon la FAO.
 
Dans l'agglomération de Clermont Ferrand, l'association Limagne noire a expérimenté depuis le milieu des années 90 (après avis favorable du CSHPF et du CDH, enquête publique et autorisation préfectorale) sur 700 ha de maïs, l'utilisation des eaux usées traitées issues de la station d'épuration à boues activées de Clermont Ferrand. L'absence de ressources souterraines et la distance séparant le site de l'Allier (une vingtaine de kilomètres) a motivé le projet. La présence de bassins de lagunages sur le site, appartenant à la sucrerie voisine, a également représenté un avantage.

L'eau utilisée est de qualité A. Après sa sortie de station d'épuration, elle subit un lagunage final avant pompage vers les zones d'irrigation. Un suivi épidémiologique a été réalisé entre 1996 et 1999 auprès des agriculteurs et salariés agricoles et un réseau sentinelle de médecins généralistes et de pharmaciens a été mis en place pour suivre près de 15.000 personnes vivant aux abords du site. Ce suivi n'a mesuré aucun impact sanitaire mais il a cependant été recommandé de supprimer la castration manuelle du maïs au profit de techniques mécaniques.

Un comité de pilotage annuel associe les utilisateurs, les administrations (DDASS…), l'UFC, les collectivités locales et la sucrerie. Pour l'association, le coût des investissements (qui a financé 34 % du montant des travaux d'irrigation) représente 0,20 à 0,30 €/m3. Le projet a permis de maintenir 60 emplois agricoles.

Les autres usages

Dans l'industrie (chimie, automobile, agroalimentaire, microélectronique, papèterie…), l'eau est souvent un élément essentiel à la production. C'est pourquoi des entreprises ont développé le recyclage (utilisation directe sans traitement) ou la réutilisation (après traitement) de leurs eaux usées. Les eaux usées peuvent être réutilisées dans les tours de refroidissement ou les chaudières, comme eau de lavage, de nettoyage, eau de process… Cela permet aux entreprises un approvisionnement continu en eau et une certaine indépendance lors de périodes de sécheresse par exemple, une réduction de la consommation d'eau, mais aussi une réduction des rejets. Pour l'instant, cette pratique n'est pas réglementée en France, les projets existants sont donc expérimentaux.

Idem pour la REUT en zone urbaine où les utilisations pourraient être variées : réservoirs anti-incendies, climatisation d'immeubles, chasses d'eau, lavage des rues…

Sophie Fabrégat

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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