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La ville et son "capital nature"

Transition écologique : l'avenir des villes en question Actu-Environnement.com - Publié le 04/11/2013

La végétalisation des villes est un enjeu majeur aujourd'hui et demain pour le bien-être humain, la conservation de la biodiversité mais aussi pour le climat et l'énergie.

Transition écologique : l'avenir des...  |    |  Chapitre 4 / 8
La ville et son "capital nature"
Environnement & Technique N°330 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°330
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Alors que la densité reste élevée dans les villes, un rêve devient réalité : la verdure gagne les zones urbaines françaises. Espaces verts, corridors écologiques, toits et murs végétalisés et autres jardins partagés, sont appelés à se multiplier d'ici 2050. Les citadins aimant l'idée d'un "biotope urbain" où demain, il ferait bon vivre et respirer dans la cité ! Ce qui permettrait d'éviter l'"effet barbecue", c'est-à-dire les déplacements énergivores le week-end pour assouvir ce besoin de nature et d'air pur à la campagne… La vision d'une ville compacte et écologique permettant une plus grande proximité à la nature s'y prêterait alors. Pour les chercheurs des laboratoires du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), "il vaut mieux adapter la ville à la nature plutôt que d'adapter la nature à la ville".

Le potentiel du végétal

Gestion des eaux de pluie, réduction des îlots de chaleur, biodiversité, isolation thermique du bâti.... La végétation présente en effet un potentiel majeur pour améliorer le cadre de vie des urbains. Elle est "multifonctionnelle" : elle a une incidence sur le bien-être urbain, sur les systèmes écologiques, sur la production alimentaire. La végétation "contribue et peut contribuer davantage à l'adaptation urbaine aux changements climatiques", souligne Nathalie Blanc, directrice de recherches au laboratoire de dynamiques sociales et recomposition des espaces du CNRS.

"Souvent, les gens associent la présence d'arbres en ville au respect de l'environnement", poursuit Christiane Weber, directrice du laboratoire "Image et ville" (CNRS / Université Strasbourg I). Or, il ne faut pas s'arrêter à l'évidence. "La localisation et le type de végétation influencent l'écoulement de l'air". Les arbres sont donc une source d'ombre et d'air frais. Et pas seulement… Les murs et les toitures couverts de verdure, isolent aussi les bâtiments contre le froid et la chaleur. Ce qui aide à réaliser des économies d'énergie et réduit ainsi l'empreinte écologique des villes.

Biodiversité et approches urbanistiques

Ne pas favoriser l'étalement urbain "sans générer une ville écologiquement et socialement fracturée est sûrement l'enjeu principal" de la ville durable de demain, souligne Lise Bourdeau-Lepage, géographe à l'Université Jean Moulin Lyon 3.

Le "principal ennemi de la biodiversité" pourrait être la croissance "toujours plus rapide" de l'urbanisation, ajoute Jacques Moret, directeur de l'unité CNRS/ Museum national d'histoire naturelle "Inventaire et suivi de la biodiversité". En cause, la transformation de l'habitat : les constructions modernes, plus lisses, sont défavorables à la nidification. Selon le chercheur, "les mesures réglementaires ne suffisent plus au maintien de cette biodiversité. Il faudrait négocier avec les aménageurs et associer les habitants". Un avis partagé par Philippe Clergeau, professeur d'écologie au Museum : "D'ici 20 à 30 ans, il faudrait enfin définir des approches urbanistes différentes permettant la prise en compte globale de l'écologie. Or, aujourd'hui on est encore loin. L'écologie n'est pas en amont des discussions des travaux d'urbanisme".

Le chercheur pointe également les techniques de végétalisation qui, selon lui, "ne sont pas encore au point" en matière de services écosystémiques rendus. Autre enjeu : accélérer la mise en place de trames vertes et bleues intégrées dans les plans locaux d'urbanisme (PLU) depuis 2011. Issues du Grenelle, les trames "commencent à se faire mais lentement" au niveau des agglomérations et des schémas de cohérence territoriale (Scots), indique M. Clergeau, auteur du guide "trames vertes urbaines", coécrit avec Nathalie Blanc du CNRS. Reste à lever les problèmes de financement des corridors écologiques et "de recentralisation de l'Etat" parmi les freins, analyse Mme Blanc. La mise en place d'aménagements et d'équipements augmentent les coûts (dépollution de friches industrielles par exemple) et peuvent décourager une collectivité si elle omet de rapporter ces coûts aux bénéfices rendus aux citadins.

Le défi réside donc à verdir l'existant. Ces villes-nature, ces villes "du vivant" sont "un peu utopiques mais pas irréalistes", affirme l'architecte bruxellois Luc Schuiten, inventeur de "la cité végétale" à l'horizon 2100.

Rachida Boughriet

Une serre volante pour étudier les plantes aux vertus énergétiques

Et si demain, les plantes allaient plus loin en produisant de l'énergie électrique ? C'est le projet expérimenté par des scientifiques et la compagnie nantaise La Machine, à bord de la serre volante "l'Aéroflorale II". La serre, ornée de ballons et d'hélices, fonctionne en toute autonomie et exclusivement à l'énergie végétale : "Les ballons sont gonflés par le gaz péthane G3 et les moteurs thermiques des hélices sont alimentés par le fluide issu du compostage des végétaux embarqués. L'électricité nécessaire à la vie à bord, est fournie par l'énergie « phytovoltaïque » des plantes élevées dans les serres intégrées", explique François Delarozière, chef de l'expédition.

C'est cette recherche d'énergie propre aux plantes qui guide les déplacements de l'équipage : Turin en mai 2013, Hambourg en août avant d'atterrir à Nantes fin septembre, les destinations ont été sélectionnées en fonction du potentiel pressenti des espèces locales. "Le phormium et le papyrus servent non seulement à produire de l'énergie électrique mais aussi à utiliser leur fibre pour tisser les ballons. L'alocasia produit également beaucoup d'énergie électrique. La canne à sucre permet aussi d'avoir un potentiel électrique et de distiller des carburants qui viennent compléter la fermentation pour fabriquer du péthane G3", précise M. Delarozière. Pas question en revanche d'utiliser ces plantes pour produire des biocarburants.

"Demain, on peut imaginer installer aux balcons d'immeubles situés en centre ville, un potager mobile qui produit à la fois l'énergie électrique et la nourriture. Cela est tout à fait envisageable", espère M. Delarozière. Le végétal permettrait ainsi au citadin d'être à la fois autosuffisant en énergie et en nourriture. La prochaine destination de l'équipe est Santiago au Chili en janvier 2014. "Nous avons encore cinq à six tours du monde à réaliser". D'ici 20 ans, l'expédition publiera ses résultats d'étude.


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