« Sans action pour limiter la croissance de l'impact environnemental des usages audiovisuels, leur empreinte carbone pourrait augmenter de 30 % d'ici à 2030 », affirme un nouveau rapport (1) . Rendue le 7 octobre, l'étude a été réalisée par le cabinet de conseil I Care by Bearingpoint pour les comptes de l'Agence de la transition écologique (Ademe), les autorités de régulation des communications électroniques, des postes et de la presse (Arcep) et de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Un travail qui, avec un an de retard, répond à un impératif de la loi Climat de 2021, laquelle en fixe la publication tous les deux ans. Et ce, pour « renforcer l'information des consommateurs sur la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation de contenus audiovisuels, à la fabrication des terminaux et périphériques de connexion ainsi qu'à l'exploitation des équipements de réseaux et des centres de données nécessaires à cette consommation ».
Écouter la radio ou regarder YouTube sur son smartphone ?
Pour y répondre, le document s'est appuyé, d'une part, sur des données scientifiques, environnementales mais aussi d'usage (référencées par Médiamétrie) et, d'autre part, sur deux précédents travaux de l'Ademe : une étude de 2022 sur l'impact de la numérisation des services culturels et une autre, de 2023, sur l'empreinte globale du numérique en France. Avec ce nouveau rapport, les trois entités se sont astreintes à évaluer l'empreinte carbone, énergétique et matière de cinq types d'usages audiovisuels : la télévision en direct ou en différé (via la TNT ou le câble), la radio en direct ou en différé (sur la bande FM), la vidéo à la demande (par les replays sur décodeur ou « smart TV » ou avec des plateformes comme Netflix), le streaming audio (via des plateformes comme Spotify) et la vidéo sur des plateformes de partage comme YouTube. Ils ont ainsi choisi d'en écarter d'autres comme les jeux vidéos, les contenus sur les réseaux sociaux ou les visioconférences, qui pèsent pourtant sur l'impact de l'audiovisuel numérique. Les auteurs du rapport ont ensuite évalué les impacts de chacun de ces usages (pour une heure d'activité) en fonction du terminal employé (une TV, un poste de radio, un téléphone portable), du réseau utilisé (fixe ou mobile, fréquence hertzienne) et de la sollicitation, ou non, d'un centre de données.

En règle générale, c'est-à-dire peu importe l'utilisation, les terminaux, en particulier les téléviseurs, sont responsables de 72 à 90 % des impacts (carbone, énergétique ou matière), contre 9 à 26 % pour les réseaux et 1 à 3 % pour les centres de données. En outre, regarder « la télévision linéaire (quel que soit le réseau sollicité) représente 52 % de l'empreinte carbone de l'audiovisuel, car c'est l'usage le plus important et il a lieu principalement sur le téléviseur, précise le rapport. Mais à usage égal [c'est-à-dire, pour une utilisation d'une même durée, ndlr], la TV linéaire (tous réseaux) a un impact environnemental plus faible que la vidéo à la demande ».
En effet, en y regardant plus finement, user de son téléphone portable, connecté au réseau mobile, pour regarder une vidéo sur YouTube ou de sa « smart TV » en Wi-Fi pour regarder Netflix émet en moyenne plus de carbone (52 gCO2e/h) et consomme plus d'énergie (entre 188 et 262 Wh/h) que de rester scotché à une chaîne de la TNT sur son téléviseur (40 gCO2e/h et 139 Wh/h). Dans la même veine, écouter une chanson ou un podcast sur Spotify sur son smartphone demeure beaucoup plus dommageable que de se brancher à la radio sur un poste traditionnel – si tant est que celui-ci ne soit pas un autoradio dans un véhicule thermique en mouvement. Par ailleurs, la part de la radio dans l'empreinte du numérique est bien plus faible que sa part dans les usages audiovisuels des Français (et inversement pour la TV). Cependant, un point commun demeure : quel que soit l'usage, son impact s'avère bien plus élevé par l'ajout d'une publicité. « La publicité peut augmenter jusqu'à 25 % l'impact carbone du visionnage de contenus vidéos, en particulier pour les usages sollicitant de la publicité programmatique (plateformes de partage de vidéos, TV de rattrapage, etc.) », soulignent les auteurs de l'étude.
Associer écoconception et sobriété
Selon ces derniers, il reste néanmoins possible de diminuer l'empreinte des usages audiovisuels « d'un tiers » par « une combinaison de mesures d'écoconception et de sobriété ». L'écoconception d'abord, avec l'allongement de la durée de vie des terminaux, en accentuant leur efficacité énergétique, en assurant leur réparabilité et en soutenant leur reconditionnement, mais aussi avec une élaboration plus vertueuse des services numériques. La sobriété ensuite, en limitant les recours au réseau mobile (qui dépend d'infrastructures plus énergivores), mais aussi en proposant des paramétrages vidéos plus « sobres » (éviter la lecture automatique, réduire la résolution de l'image et du son, réduire la publicité). Le tout pourrait diminuer de 33 % l'impact carbone de ces usages, de 45 % leur besoins en ressources minérales et métalliques et de 57 % leur consommation d'énergie d'ici à 2030, alors même que ces usages auront augmenter de 45 % dans le même temps.






