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Captage et stockage du CO2 : la CRE plaide pour la mise en place rapide d'un cadre national

Pour atteindre les objectifs de neutralité carbone en 2050, le recours au CCUS parait indispensable, notamment dans l'industrie. La CRE estime qu'il est nécessaire d'établir un cadre national pour accompagner la filière afin qu'elle émerge à temps.

Energie  |    |  S. Fabrégat
Captage et stockage du CO2 : la CRE plaide pour la mise en place rapide d'un cadre national
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« Le renforcement des objectifs de réduction des émissions de [gaz à effet de serre (GES)] pour atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050 a constitué un changement de paradigme pour les projets de [capture, stockage, transport et valorisation (CCUS) du dioxyde de carbone] », note la Commission de régulation de l'énergie (CRE), qui a réalisé un travail prospectif sur cette solution qui semble connaître un regain d'intérêt.

En effet, si dans un premier temps, le CCUS était envisagé pour décarboner la production d'énergie, aujourd'hui, il est aussi considéré comme une voie pertinente dans l'industrie. « En particulier pour les industries aux émissions dites "hard-to-abate" (comme les cimenteries ou les aciéries), et pour le parc installé d'unités de production fonctionnant au charbon, au pétrole ou au gaz naturel, le CCUS apparait comme un moyen de décarbonation capable d'adapter les infrastructures industrielles et énergétiques existantes tout en maîtrisant les investissements et les éventuels coûts échoués ». D'ailleurs, que ce soit à l'échelle européenne ou française, le stockage du CO2 est désormais considéré dans les objectifs de réduction des émissions. La France a même présenté une première stratégie de déploiement du CCUS en 2023.

Une solution de dernier recours

L'impact environnemental du CCUS est régulièrement débattu. Outre les risques de fuite à court et long termes liés au stockage, son bilan carbone total pose question, puisque des pertes auraient lieu tout au long de la chaîne. Dans son rapport de 2022, le Giec reconnait que le CCUS peut jouer un rôle dans la réduction des émissions de CO2, mais seulement lorsque toutes les autres solutions ont été épuisées. La stratégie française indique que ce doit être une solution de dernier recours, pour les émissions résiduelles incompressibles. D'autant que, souligne la CRE, les capacités de stockage ne sont pas infinies : « Les capacités de stockage en mer du Nord n'excèderaient pas quatre décennies d'émissions. »

L'industrie, pour abattre ses émissions de 35 % d'ici à 2030, puis de 81 % d'ici à 2050 par rapport à 2015 (objectifs fixés par la SNBC), devrait en effet avoir besoin de cette solution. « Sur les cinquante premiers sites émetteurs en France, vingt sont des cimenteries émettant du dioxyde de carbone fatal, dit "de procédés" et pour lesquelles, en l'état actuel de la technique, il sera nécessaire de recourir durablement à son stockage ou sa valorisation, ce qui représente 1,2 million de tonnes à abattre à l'horizon 2030 », précise la CRE. Cette dernière analyse donc comment accompagner le déploiement de cette filière, notamment d'un point de vue économique, puisqu'aujourd'hui son manque de compétitivité freine son émergence.

Pas plus cher d'émettre que de capturer et stocker

Fin 2023, 45 entreprises commerciales avaient recours au CCUS, couvrant 0,1 % des émissions mondiales (45 millions de tonnes), selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). « Pour atteindre l'objectif de neutralité carbone, ce sont 1,3 milliard de tonnes d'émissions par an d'ici à 2030 qui devraient être évitées », souligne la CRE. En France, les besoins se situeraient autour de 8 millions de tonnes en 2030 et 20 millions en 2050. Mais pour atteindre ces chiffres, la filière doit devenir attractive.

« Les technologies de captage du dioxyde de carbone sont très coûteuses et nécessitent des développements technologiques pour s'adapter à certains procédés industriels », rappelle la CRE. Or, les niveaux de prix actuels sur les marchés carbone peinent à rendre attractifs le captage et le stockage face à l'achat de quotas d'émission de carbone… « Les estimations actuelles de coût global de la chaine CSC se situent entre 70 et 150 €2019/tCO2 pour du dioxyde de carbone provenant de grands émetteurs industriels, soit un niveau relativement proche des prix européens du marché du carbone (entre 80 et 100 €2022/tCO2 depuis deux ans) », indique la CRE.

“ Pour atteindre l'objectif de neutralité carbone, ce sont 1,3 milliard de tonnes d'émissions par an d'ici à 2030 qui devraient être évitées ” CRE
Le captage représente les deux tiers de ces coûts. Des améliorations technologiques et la massification de la filière dans l'industrie pourraient permettre de les réduire. En structurant les infrastructures de transport et de stockage, voire en confiant à un seul acteur leur responsabilité, il est également possible de réduire les coûts, estime la CRE. Autre piste : la valorisation de la chaleur contenue dans les gaz captés et/ou la valorisation du carbone vers d'autres usages, comme les carburants de synthèse.

L'évolution des marchés carbone, notamment du système européen qui va bientôt mettre fin aux allocations gratuites de quotas dans certains secteurs, pourrait enfin jouer en faveur du CCUS en augmentant le prix du carbone.

Des décisions d'investissement à prendre « sans tarder »

« Il demeure que, même dans ce contexte plus favorable au déploiement du CCUS, le développement d'une filière dédiée comme sa contribution effective à la transition énergétique sont soumis à de nombreuses conditions, parmi lesquelles deux paraissent d'emblée dirimantes », analyse la CRE : les capacités de stockage disponibles et la durée de réalisation des projets (de six à dix ans). « Compte tenu du rythme imprimé par les réglementations européenne et française à cette décarbonation, les décisions d'investissement doivent être prises sans tarder », prévient la CRE, qui propose la mise en place d'un cadre national pour accélérer le déploiement et structurer la chaîne de valeur. La France dispose d'un atout, selon elle : son écosystème qui rassemble des acteurs de la recherche, de la liquéfaction, des hydrocarbures, du stockage, du transport…

Les pouvoirs publics devraient, quant à eux, jouer les chefs d'orchestre en planifiant à long terme, en synchronisant et en coordonnant les différents maillons de la chaîne pour éviter tout retard. La mutualisation doit également être recherchée pour limiter les coûts, mais des aides, sous forme de subventions ou de contrats pour différence, sont également nécessaires.

Autre question, et de taille : le partage des risques. « Compte tenu de la nature particulière du dioxyde de carbone et des finalités assignées au CCUS, le groupe de travail constate la nécessité de concevoir une allocation des risques liés au déploiement de la chaîne de valeur en sorte d'éviter que la charge correspondante aux risques repose exclusivement ou principalement sur un seul des acteurs de la chaîne », souligne la CRE. Selon elle, il est nécessaire de poser un cadre de partage équilibré.

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