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Déchets municipaux : l'eldorado polonais consacre les grands prestataires sur fond de hausse des prix

Le marché de la gestion des déchets municipaux se structure en Pologne. Une nouvelle loi sur les pratiques commerciales fait émerger de nouveaux acteurs. Mariusz Karpinski, de HSM Polska, dévoile les conclusions d'une étude à sortir à l'automne 2015.

Avis d'expert  |  Déchets  |    |  Actu-Environnement.com

La loi sur la propreté dans les communes en Pologne a été modifiée en 2013. Désormais, ce sont les communes qui sont responsables du ramassage et de la gestion des déchets sur leur territoire. Elles doivent sélectionner leurs fournisseurs par voie d'appel d'offres.

Préalablement, c'était aux habitants, individuellement, qu'il incombait de signer des contrats avec les prestataires, décidant eux-mêmes de la fréquence de ramassage.

Une étude exhaustive des contrats "déchets" en Pologne

Dans ce contexte de transition, HSM - en qualité d'équipementier - s'est posé la question de la valeur et de la structure du marché des déchets municipaux en Pologne.

Les informations sur les appels d'offres des 2.640 secteurs géographiques du pays ont été collectées puis traitées. L'heure des conclusions arrive avec un rapport définitif qui sera publié à l'automne 2015, pour le deuxième anniversaire de la loi.

Il ressort de cette étude que le système de gestion des déchets municipaux, en Pologne, est actuellement en train de se stabiliser. Dans plus de 70% des communes, les appels d'offres ont été annoncés deux ou trois fois. Les entreprises ont su s'adapter et acquérir une certaine expérience des nouvelles règles de fonctionnement.

L'attention des acteurs du secteur porte désormais sur le retour d'expérience, l'analyse de rentabilité, des coûts et du potentiel de ces nouvelles pratiques.

Le marché de la gestion des déchets est à la hausse

Grâce à une actualisation permanente des résultats des appels d'offres, HSM parvient à estimer, quasiment en temps réel, la valeur du marché des déchets municipaux.

Sans surprise, nous avons constaté que c'est dans les trois voïévodies (départements) les plus riches que cette valeur est la plus élevée : Mazowieckie (Varsovie), Śląskie (Haute Silésie avec Katowice) et Dolnośląskie (Basse Silésie avec Wroclaw). Le marché des déchets municipaux dépasse les 400 millions de zlotys (100 millions d'euros) dans chacun de ces trois départements.

En Pologne, la valeur totale des contrats en cours s'élève à présent à 7,2 milliards de zlotys (1,725 milliards d'euros). Elle a augmenté de 12% par rapport à septembre 2014, date à laquelle est sortie notre première étude. La valeur annuelle est aussi en hausse de 3,8%, s'élevant à 3,4 milliards de zlotys (815 millions d'euros).

Pour affiner nos calculs, nous avons pris en compte le fait que 22% des appels d'offres ne concernent que le ramassage des déchets. Cela signifie donc que le poste "traitement des déchets" constitue une valeur additionnelle, non comprise dans la valeur des appels d'offres.

Par ailleurs, la nouvelle loi polonaise laisse le choix aux communes d'inclure ou non les entreprises dans leur système de gestion centralisée des déchets. À ce jour, seuls 39% des appels d'offres incluent les acteurs économiques et institutionnels. Pour évaluer le marché des déchets municipaux dans son ensemble, il faut donc ajouter la part non négligeable des acteurs qui ont recours directement à leurs prestataires.

Ainsi, il est possible d'estimer la valeur annuelle globale du marché polonais à 4,5 milliards de zlotys (1,1 milliards d'euros), tous modes de fonctionnement confondus.

Les multinationales tirent profit de la nouvelle loi

L'étude menée cette année montre clairement que le marché polonais des déchets municipaux est dominé par les entreprises étrangères.

La plus grande part de marché revient au groupe Remondis (9,2% du marché, 246 secteurs géographiques), dont l'acquisition récente du groupe Van Gensewinkel permet d'accroître encore ses positions (1,6% du marché). Juste derrière se placent le groupe SITA Suez Environnement (7,2%) et Alba (5,9%). Les dix premières entreprises du classement détiennent 43% de la valeur du marché.

Disposant de ressources financières conséquentes et d'un savoir-faire technique et organisationnel, ces groupes satisfont plus facilement aux cahiers des charges des appels d'offres.

Parmi les entreprises polonaises présentes sur le marché, il faut nommer MPO Warszawa, PPH-U Lekaro, PHK Trans-Formers Wrocław et Chemeko-System Wrocław. Ensemble, elles détiennent 13% du marché seulement.

Pour leur part, les PME locales captent davantage le marché des communes rurales ou ruro-urbaines, moins intéressantes et moins rentables que les villes, qui sont, elles, la cible principale des prestataires étrangers.

Le secteur des déchets se concentre en Pologne

Le cahier des charges des appels d'offre, dont le niveau d'exigence progresse, et la taille des marchés à satisfaire, conséquente, participent à une stricte sélection des entreprises.

Par nécessité, on voit apparaître des consortiums d'entreprises qui associent leurs ressources et leurs forces pour gagner des marchés. Au point où il est fréquent qu'une seule offre, ou une seule offre valable, soit déposée. Cela concerne 40% des secteurs géographiques et signifie que 50% de la valeur du marché est distribuée sans concurrence.

L'étude menée par HSM montre bien que la loi, qui avait pour intention de promouvoir la libre concurrence via le mécanisme des appels d'offres, a produit un effet contraire : elle limite la concurrence et incite à la concentration des entreprises. D'autres données confirment cette tendance : dans 78% des cas, l'appel d'offres a été remporté par l'entreprise qui avait déjà signé un contrat avec la commune au moment de l'annonce...

Autre conséquence de la réforme du marché polonais des déchets ménagers : la plus grande influence sur les prix des installations de traitement. De fait, les mécanismes de libre concurrence ont été entravés, sans que les prix pratiqués n'aient été régulés. Les opérateurs, en quasi situation de monopole localement, peuvent désormais dicter les prix à leur convenance. Sur le terrain nous constatons des hausses : + 10% par an en moyenne et même + 30% dans certains secteurs !

Nous pouvons admettre que les prix des premiers appels d'offres ont été sous-évalués pour des raisons objectives - une mauvaise estimation de la masse des déchets - ou intentionnellement - pour gagner le marché et éliminer la concurrence...

Des hausses déguisées pour les ménages

Alors que la loi prévoit que le coût du ramassage et du traitement des déchets soit assumé à 100% par les ménages, peu de communes ont osé augmenter les prix pour accompagner la hausse des coûts.

Pour éviter la critique sociale du nouveau système, les élus préfèrent souvent payer la différence sur les budgets municipaux. Selon les pratiques locales, nous observons de très grandes différences de coûts : ils varient de 141 PLN par habitant en Basse Silésie à 56 PLN à Świętokrzyskie.

Performance environnementale : on verra plus tard !

Malheureusement, l'envolée des prix en Pologne contribue très peu à la modernisation du système de gestion des déchets municipaux, particulièrement au regard des objectifs fixés par l'Europe en matière de recyclage.

À l'échelle européenne, la réglementation vise une limitation drastique de la mise en décharge des déchets d'ici à 2025, et l'augmentation du taux de réutilisation et de recyclage des déchets municipaux - jusqu'à 50% - avant 2020.

La Pologne recycle aujourd'hui 10% de ses déchets communaux. Nous avons donc besoin de faire 3 à 4 fois mieux ! Avec ces perspectives, pourquoi voyons-nous fleurir des installations de traitement biomécanique et des grands incinérateurs en Pologne ? Autant d'équipements constitutifs d'un système bientôt obsolète. Manifestement, les investissements d'aujourd'hui ne préparent pas l'avenir !

Si le système de gestion des déchets ménagers a bien besoin d'être repensé en Pologne, l'attention de la filière porte avant tout sur l'acquisition de parts de marché... La quête d'optimisations environnementales attendra visiblement.

Avis d'expert proposé par Mariusz Karpiński, directeur adjoint de HSM Polska, adapté du site polonais www.teraz-srodowisko.pl.

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