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Biogaz : le développement de la filière passera par les stations d'épuration

La filière biogaz a un bon potentiel en France. La digestion anaérobie dans les stations d'épuration est très prometteuse. Emmanuel Adler, président du Réseau interprofessionnel des sous-produits organiques (Rispo) détaille pour Actu-environnement, les moyens de conforter cette filière.

Avis d'expert  |  Déchets  |    |  Actu-Environnement.com

Si, à l'issue du dernier salon Biogaz Europe, organisé fin janvier 2016 à Nantes, les professionnels du secteur agricole ont manifesté leur déception face aux difficultés de développement de la filière, comme l'a illustré la position commune arrêtée par la Fnsea, l'APCA, Coop de France, l'Association des Agriculteurs Méthaniseurs et le Club Biogaz, certains créneaux apparaissent très porteurs. C'est tout particulièrement le cas de la digestion anaérobie en station d'épuration, qui supprime tout risque d'opposition des riverains, car l'usine existe en général de longue date !

L'objet de la présente analyse vise précisément à souligner le grand intérêt de la digestion anaérobie des boues, dont le potentiel méthanogène théorique maximal a été estimé à 2,13 TWh/an, alors que seule la moitié est actuellement valorisée. Pourtant, si avec la station d'épuration de Lille Marquette en 1994, la France était précurseur pour la production de biogaz carburant valorisé dans des bus, il a fallu attendre 2015 pour que Strasbourg, dans le cadre du projet Biosalvan grâce à des financements LIFE+, devienne la première station en France à injecter du biométhane produit à partir de boues d'épuration. Depuis, d'autres trop rares projets sont en cours, à l'instar de Grenoble (38), Angers (49), Elancourt (78), La Roche sur Foron (74) ou Valenton (94), unité qui pour sa part dispose d'un démonstrateur nommé Biognval appuyé financièrement par l'Ademe pour la production de biométhane liquide (BioGNL) et de BioCO2 par cryogénie. Avec un parc d'une centaine de stations d'épuration équipées de digesteurs en 2015, la France a de la marge au regard de la situation observée dans d'autres pays développés.

La France, en hutième position au niveau mondial

Ainsi, une récente publication de l'Agence Internationale de l'Energie sur la méthanisation place l'Hexagone en 8ème position pour la production de biogaz en station d'épuration rapportée au total de la production totale nationale de biogaz. Si la Suisse se place sur la première marche de ce podium, la toute puissante Allemagne, dans cet échantillon de 10 pays et en dépit de la plus forte production en biogaz obtenu en station d'épuration (41,6 TWh par an), se place pourtant en dernière position. Car Outre-Rhin, c'est l'activité agricole, avec des cultures dédiées, qui constitue la part prépondérante de cette activité biogaz. Pour la Grande-Bretagne, seconde derrière l'Allemagne en termes de production de biogaz sur station d'épuration, ce sont en revanche les fermentations d'ordures en décharges qui influencent le bilan.

Quant à la France, son mauvais classement est la conséquence des obstacles administratifs et financiers qui nuisent au développement de la filière, en particulier sur les stations d'épuration, qui ne rencontrent en général pas d'opposition de riverains ou de zadistes, comme c'est très souvent le cas pour les projets territoriaux, agricoles ou à base de déchets ménagers. Au niveau d'un benchmark international, avec un peu plus de 1,2 TWh par an produit sur ses stations d'épuration, la France produit trois fois moins que la Grande Bretagne, qui dispose pourtant d'une population équivalente.

Faible part de biogaz dans les Step

En complément à ce décevant constat, la réalité du marché hexagonal confirme la faiblesse de la digestion anaérobie sur les stations d'épuration, et souligne le besoin de former les professionnels, et en particulier les élus en charge de l'assainissement. C'est précisément dans ce contexte que le Réseau Interprofessionnel des Sous-Produits Organiques (Rispo), nouvelle dénomination du Réseau Qualité Compost, a organisé une journée technique le 31 mars 2016 sur la codigestion sur l'exceptionnelle station d'épuration du SIVOM de Morillon (Haute Savoie). Cette unité se distingue en effet par une unité de cogénération alimentée par les boues de la station, complétées par des biodéchets issus de la restauration et du lisier bovin. Alors, au-delà d'une sensibilisation des collectivités en charge de l'assainissement et de la gestion des boues d'épuration, quelles solutions envisager pour développer cette activité ?

Plusieurs idées sont ainsi à considérer et tout particulièrement celles qui facilitent l'admission de déchets exogènes sur les stations d'épuration. L'inspiration peut en particulier venir d'expériences originales à l'étranger, à l'instar de villes aussi variées que Pékin et Shanghai en Chine, Boston, Milwaukee, Philadelphie ou Tacoma aux Etats Unis, ou encore Göteborg et Stockholm en Suède, qui ont mis en place des broyeurs sous éviers pour envoyer par les égouts les restes alimentaires des foyers pour produire du biogaz !

Mais en France, de fortes réticences, souvent de nature dogmatique, font obstacle à l'expérimentation de ce type de solution, qui simplifie pourtant la délicate question de la collecte des biodéchets des particuliers en porte à porte. Signe positif, l'article L541-1 du Code de l'environnement, modifié par la Loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, stipule que "le développement d'installations de broyeurs d'évier de déchets ménagers organiques peut faire partie de ces expérimentations. A ce titre, au plus tard au 1er janvier 2017, le Gouvernement remet au Parlement un rapport étudiant ses avantages et ses inconvénients sur la base, notamment, d'une comparaison avec les systèmes existant à l'étranger".

Une autre solution consiste à développer le biodéconditionnement des invendus de supermarchés et autres grandes surfaces, comme le réalise par exemple l'unité territoriale Agrivalor en Alsace, qui produit de l'électricité et fournit de l'énergie pour chauffer les activités thermales d'un casino voisin. Equipement sensible, le désemballeur permet ainsi de produire une soupe organique à partir des aliments empaquetés qui ne peuvent plus être consommés. Une journée technique du Rispo, en partenariat avec Biogaz Vallée a d'ailleurs été organisée à Troyes le 10 mai dernier sur ce dernier sujet.

En guise de conclusion, il apparait que la France dispose d'un fort potentiel qui reste très sous-exploité, à charge des maîtres d'ouvrage publics, mais également des industriels de développer cette activité. Signe positif, la Loi Notre, qui réorganise les collectivités territoriales dans le sens d'une mutualisation, devrait favoriser l'émergence de projets associant les services de l'assainissement avec ceux en charge de la gestion des déchets ménagers.

Avis d'expert proposé par Emmanuel Adler, président du Réseau interprofessionnel des sous-produits organiques

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