Aujourd'hui, le nombre de dispositifs de consigne mixte, alliant la consigne « classique » pour réemploi et la consigne pour recyclage des emballages à usage unique, est encore limité. Mais, selon l'association Reloop, les premiers retours d'expérience montrent que ces systèmes « peuvent présenter des avantages considérables, allant d'une plus grande commodité et de taux de retour plus élevés à des gains d'efficacité opérationnelle rendus possibles par le partage de la logistique, des équipements et des flux de données ».
L'organisation, qui défend le déploiement d'une consigne mixte en France (cf. encadré), vient de publier une étude (1) qui passe en revue une douzaine de modèles qui combinent réemploi et recyclage (ces modèles, dont neuf européens, sont présentés en annexe).
Le dispositif le plus pertinent, selon Reloop
L'étude explique aussi « pourquoi un système de consigne mixte est la meilleure solution pour la France ».
Sur la base d'une étude commandée à EY, Reloop explique que la consigne mixte, au-delà de l'atteinte des objectifs de collecte français et européens, permettrait d'accélérer le déploiement des emballages réemployables. Surtout, explique Reloop, un tel dispositif permettrait « des économies estimées entre 179 et 198 millions d'euros par an : 10 à 12 millions d'euros par an d'économies sur la gestion du système et plus de 169 à 186 millions d'euros par an grâce aux gains d'efficacité liés à l'infrastructure et à la collecte automatisée ».
Toutefois, pour que ces économies se concrétisent il aurait fallu commencer dès le départ avec une consigne mixte, plutôt que de lancer une consigne pour réemploi pour y ajouter ensuite une consigne pour recyclage…
Deux grandes familles peuvent être formées. Une première regroupe les dispositifs qui font coexister une consigne pour réemploi volontaire et une consigne pour recyclage obligatoire. C'est le cas en Allemagne, en Autriche, en Oregon (USA), aux Pays-Bas, en Roumanie, en Slovaquie et en Suède. Une seconde configuration combine deux dispositifs obligatoires. C'est le cas au Danemark, en Estonie, en Finlande, en Lettonie, en Lituanie, au Québec (Canada), en Ontario (Canada), ou encore, à partir de 2028, en Pologne. Dans certains cas, le caractère « obligatoire » de la consigne pour réemploi tient à des accords sectoriels contraignants (c'est le cas en Ontario et au Québec) plutôt qu'à la législation.
Leur principal avantage ? Ces dispositifs mixtes permettent aux consommateurs de retourner à la fois les bouteilles jetables et réutilisables grâce à une infrastructure de collecte partagée, même lorsque les responsabilités légales ou les opérateurs diffèrent. Selon Reloop, ce parcours unique de retour des emballages consignés favorise « des taux de retour élevés ». L'étude met notamment en avant l'exemple de la Lettonie : le taux de collecte des emballages jetables est passé de 45 % à 83 %, tandis que le taux de retour des bouteilles réutilisables est passé de 50 % à 90 % après le lancement du système de consigne mixte.
Concurrence à armes égales
Reloop y voit aussi un moyen de faciliter l'adoption des contenants réutilisables, puisque les décisions d'achat sont moins susceptibles d'être influencées par la commodité. Les emballages consignés, qu'ils soient réemployables ou à usage unique, se font concurrence « à armes égales » : même effort, même comportement et même parcours de retour. En l'occurrence, l'étude note qu'avec l'introduction d'un dispositif mixte le recul de la consigne pour réemploi peut être stoppé (comme en Allemagne), voire inversé (comme en Lituanie).
Sur le plan financier, l'étude met en avant les économies liées au partage de l'infrastructure. La réduction des doublons diminue les coûts globaux du système, particulièrement au niveau du point de collecte lorsqu'une même machine peut collecter les emballages réemployables et jetables. Un tel équipement, permettant trois collectes (les bouteilles jetables en plastique, celles en verre réemployables et les canettes en aluminium), « peut réduire les coûts de location de 14 à 18 % » par rapport à l'exploitation de machines distinctes. Dans le même esprit, des gains peuvent être réalisés en rationnalisant la logistique et en partageant l'infrastructure aval.
Enfin, l'étude avance deux autres avantages. Les producteurs peuvent accéder plus simplement au marché en profitant de la mutualisation des coûts d'investissement et d'exploitation. Tout comme les cafés, hôtels et restaurants peuvent tirer profit de la consigne mixte lorsqu'ils ne disposent pas d'espace de stockage.
Deux éléments clés
L'étude présente aussi différentes organisations de consignes mixtes et distingue deux éléments clés en matière d'organisation. Le premier critère déterminent est l'organisation institutionnelle, c'est-à-dire la gouvernance, la gestion des données et, bien sûr, l'aspect financier. Dans les dispositifs les plus centralisés, un seul opérateur gère la traçabilité, le suivi des performances, la compensation financière et la supervision des flux d'emballages. Mais d'autres modèles répartissent ces responsabilités entre plusieurs opérateurs, groupements de producteurs ou consortiums industriels (c'est souvent le cas pour les contenants réutilisables).
Le second point concerne les flux physiques, c'est-à-dire la logistique inverse (le transport, le tri, le traitement, le lavage des contenants réutilisables et la redistribution ou l'acheminement vers le site de recyclage). Le plus souvent, un opérateur central est chargé de contractualiser pour chacun des flux. Globalement, l'étude note aussi que plus les modèles d'emballages réemployables sont standardisés, plus il est possible de déployer une logistique et une infrastructure partagées. Inversement, la responsabilité de la logistique des emballages non standardisés incombe aux producteurs de ces emballages.







