« En France, moins de la moitié des espèces évaluées comme menacées sont protégées par la loi. » Telle est la conclusion d'une étude scientifique publiée dans la revue Journal for Nature Conservation (1) et réalisée par une équipe d'AXA Climate, filiale du groupe d'assurance AXA dédiée à l'adaptation climatique et environnementale, qui en a dévoilé une synthèse (2) ce mercredi 6 mai.
Les auteurs ont identifié les espèces menacées en suivant la méthodologie de l'Union internationale de conservation de la nature (UICN) et les ont rapprochées des textes protégeant les espèces. Il en ressort que seules 43 % des espèces menacées sont protégées en France, la protection augmentant toutefois avec le risque d'extinction (39 % pour les espèces vulnérables, 43 % pour les espèces en danger et 51 % pour les espèces en danger critique d'extinction). L'étude explique ce décalage par le rythme de la protection juridique, plus lent que l'évolution des connaissances scientifiques. En juin 2024, le comité français de l'UICN avait tiré des conclusions quasi-identiques puisqu'il établissait que 56 % espèces menacées de disparition en France n'étaient pas protégées.
L'étude relève également des disparités géographiques importantes. En métropole, seules 34 % des espèces menacées sont protégées. La couverture de protection est encore moindre en Guadeloupe et Martinique (29 %), mais plus importante en Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Mayotte et Guyane (45 à 70 %), pour aller jusqu'à 100 % en Terre Adélie, qui ne compte toutefois que quatre espèces menacées (contre 1 445 en métropole).
Outre la géographie, des disparités sont également constatées entre vertébrés et invertébrés. Les oiseaux, les reptiles et les mammifères menacés sont protégés à environ 95 %, et les amphibiens à 88 %, tandis que les mollusques et les anthozoaires (tels que les coraux) ne le sont qu'à 42 et 43 %, et les insectes à 6 %. Au sein des espèces végétales menacées, des disparités de protection existent également, 96 % des gymnospermes (comme les pins) étant protégés tandis que seulement 51 % de angiospermes (tels que les arbres fruitiers) le sont.
« Notre étude montre que la conformité réglementaire à elle seule ne garantit pas que les risques pesant sur la biodiversité sont gérés », concluent les auteurs (3) . Et ce, alors que « de nombreux secteurs, notamment l'agriculture, dépendent de fonctions écosystémiques soutenues par des espèces négligées par la réglementation », mettant en jeu la stabilité des systèmes alimentaires. C'est pourquoi, AXA Climate sensibilise les entreprises à l'importance de « bien mesurer les risques pesant sur la biodiversité, au-delà de la seule conformité réglementaire, afin de sécuriser pleinement leurs chaines d'approvisionnement ». Les auteurs préconisent de se concentrer sur la protection des espèces « clés de voûte », c'est-à-dire celles jouant un rôle structurant dans les écosystèmes telles que le castor, ainsi que sur les habitats et les fonctions écologiques qui les soutiennent.







