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Covid19 : Plus jamais ça ?

Ce jeudi 29 octobre, la France engageait son second confinement. Le même jour, l’IPBES (le GIEC de la biodiversité) dévoilait son rapport faisant le lien entre la COVID19 et la dégradation grave de la biodiversité.

Publié le 03/11/2020

Le message est clair. Il émane des scientifiques mandatés par l’ONU. Nous ne sommes pas dans des élucubrations d’extrémistes écolos. On est dans le réel : ce que nous faisons à la planète depuis des décennies, nous le payons cher, très cher. La destruction des habitats naturels, notamment la déforestation, est à l’origine de l’apparition de plus de 30 % des nouvelles maladies observées depuis 1960.

Donc non, ce n’est pas parce qu’il y a toujours eu des zoonoses comme la peste, que la COVID19 serait une fatalité dont la survenue n’a pas l’homme pour responsable. Merci aux scientifiques de l’IPBES de dire objectivement ce qu’il faut en penser. Ouvrons les yeux, et ne nous laissons pas entrainer, comme souvent quand il s’agit d’environnement, dans les mêmes refrains : l’environnement se dégrade, ce n’est pas si grave, l’humanité n’y est pour rien, … et donc, ne remettons pas en cause le business as usual.

Bien sûr, pour l’heure, nous sommes dans la gestion de crise : éviter les contaminations et les morts. Soutenir à bout de bras une économie mise à mal par des confinements à répétition. Mais sans tarder, il va nous falloir collectivement penser aux causes. Il est de notre responsabilité de chercher à répondre à l’injonction du « plus jamais ça ».

Préserver la biodiversité, avant même la crise de la COVID, était une nécessité

Une nécessité éthique. De quel droit massacrons-nous méthodiquement toute parcelle de « sauvage » et de nature ? Cette guerre ancestrale livrée par l’humanité à la nature, hostile et dure à notre égard pendant des siècles, nous l’avons gagnée depuis longtemps. Il est temps de faire la paix. Pourrions nous vivre sans nature ? le concevons-nous réellement ? plus d’oiseaux qui chantent ? plus d’insectes, de papillons, de scarabées, de libellules qui écarquillent les yeux des enfants ? plus de dauphins et de baleines qui surgissent des mers ? plus de forêts dans lesquelles se ressourcer ? plus d’émerveillements en croisant un animal sauvage ici ou là ? Une nécessité économique. A force de nous distancer de la nature, les enfants ont oublié qu’un poisson a des nageoires et le dessinent en forme de rectangle jaune (un morceau de poisson pané !). Nous avons oublié ce qu’est la nature : un réservoir colossal de biens et de services gratuits : productivité des cultures, pollinisation des fruits et des légumes, pêche, médicaments, remparts aux inondations, purification et stockage de l’eau, puits de carbone, approvisionnement en oxygène, etc. Et dorénavant, une nécessité sanitaire. 

Relisons un instant, en résumé, ce que les scientifiques onusiens de l’IPBES nous disent :

1,7 million de virus non découverts sont présents dans la faune sauvage. Plus de la moitié pourrait finir par nous infecter. La destruction et la perturbation des milieux naturels par les activités humaines augmentent les contacts entre cette faune sauvage, nos bétails et nous-mêmes. Le changement climatique pousse des espèces à migrer, et avec elles, leurs microbes. d’autres pandémies comme la COVID19 surviendront dans les années à venir si nous ne réagissons pas. Peut-être plus meurtrières, plus couteuses aussi ! les solutions préventives les plus efficaces pour réduire les contacts humains/bétail/faune sauvage résident dans la protection des milieux naturels en offrant à la faune et à la flore un refuge, un espace de tranquillité. En consacrant 30% de la surface terrestre à des aires protégées, nous pourrions répondre à ce besoin. Cela aura un coût. Il est estimé par certains experts à une dépense annuelle et mondiale de 58[1] à 140 milliards de dollars[2]. Mais comparons cela à ce que nous coute d’ores et déjà la COVID19. Pour l’heure, on est dans une fourchette de 8000 à 16000 milliards de dollars. 

Les préconisations des scientifiques seront-elles suffisantes ?

Personne ne le sait. Mais nous devons urgemment les étudier. Deux d’entre elles par exemple, méritent toute notre attention :

Adopter un accord international – tel que proposé par l’IPBES - portant sur la prévention des pandémies avec pour bras armé une plateforme intergouvernementale dont l’objectif sera de prévenir l’émergence des pandémies, surveiller les zones et pratiques à risques, avertir en amont les décideurs, proposer et mettre en œuvre des solutions préventives efficaces. Enjoindre aux conventions et organismes internationaux existants, notamment la CITES, l’OIE, et l’OMS, quitte à les renforcer, de réduire les risques de zoonoses liés au commerce international d’espèces sauvages qui porte sur près d’un quart des vertébrés terrestres.

L’année prochaine, la COP15 dédiée à la biodiversité et la COP26 sur le climat se dérouleront quasiment conjointement à quelques semaines d’intervalle. Profitons-en pour décider à la COP 15 biodiversité de préserver réellement 30% de la planète dont 10% en protection forte. Et à la COP26 climat, renforçons le lien entre l’action climatique et l’action en faveur de la biodiversité. 30% des financements « climat » pourraient aller vers la conservation de la nature. D’autres rendez-vous internationaux majeurs seront des occasions à ne pas manquer : l’Assemblée Générale des Nations Unies pour l’Environnement en 2021, le sommet de la Terre de 2022.

Nous aurons quelques mois avant ces évènements internationaux majeurs pour réfléchir aux solutions à adopter. L’IPBES nous donne une panoplie de réponses possibles.

La question des mois à venir sera donc avant tout celle de la prise de conscience des Etats et des décideurs sur ce lien direct entre la COVID et les atteintes à la biodiversité. Feront-ils, dès lors, des prochains rendez-vous internationaux des lieux pour décider et se mobiliser sur le seul objectif qui compte : « plus jamais ça » ?

[1] Estimation IPBES

[2] Rapport de l’ONG Campaign for nature du 8 juillet 2020

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1 Commentaire

Landfranck

Le 07/11/2020 à 10h07

Je pense que le moteur de "Cette guerre ancestrale livrée par l'humanité à la nature" est l'appât du gain. Je bataille depuis des années,au sein d'une association de riverains pour empêcher localement un projet éolien qui va détruire le bocage de ma région et on voit bien que le projet est soutenu par l'Etat qui mène une politique absurde de promotion de l'éolien aux mains d'intérêts privés, subventionnés lourdement (Julien Aubert a parlé de 90Milliard d'Euro sur les 10 prochaines années) avec de l'argent public (la CSPE sur votre facture d'électricité) Pourrions nous par votre action vraiment défendre déja la nature en France ?

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