
Les programmes électoraux face aux défis d’avenir
Pour ce second tour des élections législatives, Dominique Bidou nous livre ici sa vision de la mise en œuvre d’une véritable politique de développement durable, visant le consensus grâce à un double dividende immédiat et de long terme.
Les programmes des formations politiques sont ancrés dans le passé. Bien sûr, ils traitent du présent, de la vie quotidienne des Français, mais les références restent passéistes. Améliorer la qualité de vie des Français d'aujourd'hui sans s'engager sur une voie de progrès, celui de demain et pas celui d'hier, conduirait à une impasse. Le double dividende caractéristique du développement durable se conjugue dans le temps, un dividende immédiat et le second à plus long terme. Oublier ce dernier, c'est reporter à plus tard des décisions qui seront plus dures et plus coûteuses à mettre en place, et prendre le risque d'un déclassement de notre pays par rapport à ceux qui auront su anticiper.
Le monde a changé, les références politiques sont en retard. Ce n’est pas étonnant, puisque celles des électeurs qu'il faut convaincre s’ancrent dans un monde actuel, mais hérité du passé. Leurs rêves et leurs espérances renvoient à la possession d'une grosse voiture ou du dernier smartphone, ou encore les vacances dans les îles au soleil.
Projections d’une politique à long terme pour la voiture ou l’énergie
Un exemple illustre bien ce décalage : la question de la fin des voitures thermiques. Elles ne pourront plus être vendues à partir de 2035, mais leur disparition totale ne se fera pas avant 2045, compte tenu de la durée de vie des voitures. Les voitures électriques en Europe sont beaucoup plus chères que les thermiques, et cette mesure semble antisociale, peu d'entre nous ayant les moyens de s'en offrir une. C’est juger une situation du futur, en 2035, avec les critères d’aujourd’hui, en 2024. La baisse des prix des véhicules électriques est très rapide, comme celle du prix du kilowattheure photovoltaïque par exemple. En Chine, pays qui a une longueur d'avance sur ce sujet, les véhicules électriques récents sont déjà moins chers que leurs homologues thermiques. Il en sera évidemment de même en Europe, dès que les constructeurs élargiront leurs gammes, pour l'instant orientées vers des gros modèles. L’interdiction de la vente de véhicules thermiques après 2035 n’est que le signal attendu par les constructeurs européens pour ajuster leur politique industrielle. Ce sont les sociétés pétrolières, qui voudraient bien prolonger l'ère du pétrole, qui tentent de s'opposer à cette mesure. Le dividende de demain se situe dans la maîtrise de la fabrication des véhicules électriques et de leurs composants.
Pour le volet satisfaction immédiate des attentes, le dividende « ici et maintenant », il faut regarder du côté des usages des voitures. Comment réduire le coût de la mobilité dans une politique de pouvoir d'achat ? Plusieurs réponses selon le contexte, ville ou campagne par exemple. Ici, ce sera la location ou le partage, plutôt que la propriété. Ça coûte bien moins cher de payer l’usage d’une voiture pour quelques heures, que d’en posséder une qui sera au repos 90 % du temps. Là, ce sera la densification des transports collectifs, ou la mise en place de service de véhicule à la demande. Ailleurs, le covoiturage permettra de mieux remplir les voitures et de partager les coûts. Ce sera souvent la deuxième voiture qui pourra être évitée, une économie de 5 à 6 000 €. Des solutions combinables entre elles, avec en outre une organisation du travail différente, comme le télétravail, pour les professions qui le permettent.
Au total, deux dividendes pour une même politique, nous sommes bien sur la voie du développement durable.
Concernant le secteur de l’énergie, le renforcement de la production d’électricité s’impose pour la substituer aux énergies fossiles. L’autoconsommation répond à ces deux impératifs, créant un allègement immédiat de la facture, avec en corrolaire le développement des énergies renouvelables, locales par nature. Autoconsommation personnelle ou collective, en fonction des situations. Le monde agricole bénéficie déjà de cette possibilité, avec des capteurs solaires sur les bâtiments ou du biogaz.
Le retour régulier devant les électeurs pousse naturellement à privilégier le court terme, les mesures valorisables dans les urnes. Il serait coupable de ne pas en profiter pour inscrire la recherche d’avantages immédiats dans une perspective à plus long terme. Une occasion aussi, dans le discours, de donner du sens au mode de développement proposé. À défaut, le décalage entre les besoins immédiats et les exigences du futur ne peuvent que provoquer un malaise ou un désarroi qui déstabiliseront la vie politique, au risque d’aventures sans retour.
Dominique Bidou
Article proposé par :
Dominique Bidou
Ancien directeur au ministère de l’Environnement
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