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Optimisation des véhicules : quels gains environnementaux ?

Quels outils pour optimiser la collecte des déchets ? Actu-Environnement.com - Publié le 01/04/2014

Bennes bicompartimentées et tri mécanique,véhicules hybrides… Autant de modes de collectes alternatifs au service des collectivités. S'ils représentent un surcoût par rapport aux bennes classiques, ils génèrent des gains environnementaux concrets.

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Optimisation des véhicules : quels gains environnementaux ?
Environnement & Technique N°335 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°335
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L'optimisation de la collecte des déchets passe par le type de véhicules utilisés et une meilleure gestion des tournées. Dans une étude datée de mai 2013 de plus 150 pages, l'association d'élus Amorce et l'Ademe ont rassemblé les retours d'expériences de collectivités qui ont testé différentes voies d'"innovation" en matière de transports "plus propres" des déchets et les freins à lever pour leur déploiement. Objectifs : réduire les impacts financiers et environnementaux, tout en améliorant la qualité du service auprès des riverains et leconfort de travail des agents de collecte.

Bennes à ordures ménagères (BOM) compartimentées, véhicules hybrides (électrique, gaz naturel pour véhicules (GNV), diesel, biométhane) sont autant de solutions expérimentées par les communes. L'étude chiffre les gains générés en matière de coûts de collecte, de diminution des kilomètres parcourus et par conséquent d'économies de carburant etdes émissions de CO2 mais aussi de baisse de la pollution sonore par rapport aux bennes à ordures "classiques".

Les bennes compartimentées permettent la collecte en simultané de plusieurs flux de déchets : ordures ménagères résiduelles (OMR) et biodéchets, emballages recyclables et verre, OMR et cartons… "L'avantage incontestable de cette typologie de véhicules est de permettre l'optimisation des tournées avec une collecte d'au minimum 2 flux de déchets en un seul passage" qui s'accompagne d'une baisse des trajets desservis et des coûts de fonctionnement du service associés (carburant et personnel de collecte), soulignent Amorce et l'Ademe.

Collecte séparée mécanisée

Parmi les initiatives pour pouvoir développer le tri sur les plages Pavillon bleu du Canet en Roussillon, la Communauté d'agglomération Perpignan Méditerranée (Pyrénées orientales) et la société Veolia Propreté expérimentent une benne à ordures ménagères bi-compartimentée de type 4x4 (Renault Trucks de poids total autorisé en charge (PTAC) de 14 tonnes) pour collecter les bacs installés sur le sable. Ce véhicule, en service depuis 2006, est "adapté à la conduite sur sable", indique Perpignan Méditerranée, et permet de collecter mécaniquement les conteneurs à déchets des deux flux simultanément (ordures ménagères résiduelles et emballages ménagers recyclables + papiers en mélange). En haute saison (de mai à fin septembre), la benne collecte ces déchets 7 jours sur 7.

Ce type de véhicule de collecte séparée génère une consommation "moins élevée de gasoil", souligne la Communauté d'agglomération. Ainsi, l'ancienne solution pratiquée pour collecter les déchets sur la plage (tracteur + remorque avec flux en sacs) consommait 84 L/100 km de gasoil en "préhension manuelle". Avec la nouvelle BOM 4x4, cette consommation est passée à 68 L/100 km "en collecte mécanisée". Si la collectivité n'a pas précisé le montant du véhicule, elle indique un surcoût par rapport à une BOM classique de +25% en investissement et de +20% en maintenance. Selon elle, les freins restent "la conduite spécifique sur sable générant des risques d'enlisement" mais également la rareté du véhicule (seul prototype disponible sur le parc de Veolia).

Le syndicat intercommunal des eaux de Rochefort Samson (Drôme) s'est également doté en 2006 de sa première benne bi-compartimentée puis en 2009 et en 2012 de deux autres pour "optimiser les coûts sur les secteurs éloignés de Noth, où la benne parcourait plus de 100 kilomètres par jour". Le coût total d'investissement des trois bennes (2 châssis RVI et un châssis Volvo de PTAC de 26 T) est de 534.833 euros. Le syndicat souligne une réduction des "impacts environnementaux" liés à la circulation des véhicules de collecte sans toutefois les quantifier. "Sur les bennes bicompartimentées, la capacité du petit compartiment pour le sélectif a nécessité un réaménagement des tournées et les bennes à ordures ménagères rentrent parfois à 2/3 de remplissage en ordures ménagères : le compartiment des recyclables est trop petit et sa vitesse de remplissage peut pénaliser l'optimisation des tournées", pointe le syndicat. Il recommande, avant toute mise en oeuvre, une étude globale préalable de faisabilité ainsi que d'opter pour "une répartition 50-50 pour les compartiments ordures ménagères et déchets recyclables."

Les véhicules hybrides "nouvelle génération"

Des choix "techniques ambitieux" pris par certaines collectivités, notamment en matière de motorisation des véhicules de collecte "confirment la volonté de s'orienter vers un transport plus propre des déchets", estiment Amorce et l'Ademe. Ces orientations techniques sont toutefois "à étudier de près" au regard des "enjeux financiers", des conditions d'approvisionnement en carburant (qui peut provenir de la transformation même de déchets), "de l'adéquation à la typologie de l'habitat croisés avec la performance et l'autonomie des véhicules", analysent l'association et l'Agence.

Certaines collectivités, à l'instar de Mulhouse Alsace Agglomération (M2A), testent des bennes à ordures ménagères hybrides diesel/électriques. Depuis février 2012, M2A expérimente un prototype développé par Renault Trucks (Distribution Hybrys Tech de PTAC de 26 tonnes) qui circule dans seize communes de l'agglomération. Le constructeur l'avait déjà mis à l'essai dans les rues du Grand Lyon en 2009. Avec environ 500 heures d'exploitation, ce véhicule avait parcouru à Lyon plus de 5.000 kilomètres et collecté 550 tonnes de déchets. "La BOM hybride livrée à M2A est la première de ce genre à être exploitée en régie. La technologie hybride est particulièrement adaptée à la distribution ou à la collecte de déchets en milieu urbain ou périurbain", souligne l'agglomération. Le gain de consommation gasoil, estimé par le constructeur peut aller jusqu'à -25%. Soit une consommation moyenne de 52 L/100 km représentant une baisse de 16 litres par rapport "à une benne diesel classique de même gabarit". Cette réduction de la consommation de gasoil "laisse envisager un gain de 5.000€ par an sur le poste carburant par BOM", table l'agglomération.

Le gain chiffré du bilan carbone est estimé à 8 tonnes de CO2 par an. Le moteur électrique du véhicule est doté d'une puissance de 120 kW (kilowatt) en pic et de 70 kW en continu. L'agglomération conclut à une "technologie fiable avec un fonctionnement abouti". Les batteries de traction "n'ont pas besoin d'être rechargées". A partir d'environ 20 km/h, le moteur diesel prend le relais. "Il n'est alors utilisé que dans les phases où il consomme le moins, c'est-à-dire en dehors de la phase de démarrage." Le véhicule est en location full service sur 5 ans dans le cadre du test. Il coûte toutefois près du double d'une location équivalente d'un véhicule diesel. L'agglomération ne prévoit pas "d'extension du test à d'autres secteurs ou d'achat de BOM hybrides pour le moment". Du fait de la présence des lèves-conteneurs électriques automatiques (trémie haute), "la collecte des sacs est rendue pénible pour les agents de collecte. La conteneurisation de l'agglomération est effective depuis de nombreuses années dans la moitié des communes, elle est en cours dans d'autres. D'ici peu, cette contrainte n'en sera plus une", indique-t-elle parmi les freins.

En 2012, le parc du syndicatmixte des ordures ménagères (SIOM) de la vallée de Chevreuse (Essonne et Yvelines) était pour sa part composé de vingt-six bennes à ordures ménagères hybrides GNV (gaz naturel pour véhicules) et électriques de PTAC de 26T. Les investissements du prestataire de collecte (Veolia Propreté Otus) sont de 248.000€ par benne hybride contre 160.000€ pour un véhicule classique diesel. Le syndicat mixte a installé 26 bornes électriques pour un coût de 130.000€ permettant la recharge des véhicules. Il dispose depuis 2003 d'une station de livraison de GNV et de 10 bornes d'approvisionnement (investissement de 777.000 euros).

Le choix du GNV "permet de réduire entre 2 à 5 fois les émissions d'oxyde d'azote par rapport au diesel à 20 km/h et n'émet presque pas de particules", indique le SIOM. Une benne hybride GNV/électrique permet également une "réduction supplémentaire de 20% de la consommation de GNV". L'optimisation des circuits de collecte grâce au système de trémie modulable polyvalente réduit "le parc de 10 camions". Les nouveaux véhicules hybrides "garantissent en outre un niveau sonore moindre" par rapport à un véhicule diesel muni d'une benne à compaction non électrique, ajoute le SIOM. Soit une diminution de 40% de la pollution sonore(passage de 107 à 72 décibels). Ses freins ? Des points techniques sont toutefois "à régler en amont du service mis en place" : les bennes hybridesprésentent un porte-à-faux de 50 cm supérieur aux anciennes bennes, qui nécessite une refonte de certains circuits. "Pour les rues étroites ou en pente et pour les impasses, des mini-bennes assurent les collectes d'ordures ménagères résiduelles, des emballages ménagers recyclables/papiers en mélange et de déchets verts".

De son côté, la communauté urbaine Lille Métropole (Nord) a choisi de développer du biométhane-carburant produit à partir de déchets organiques pour alimenter ses bennes à ordures ménagères, en partenariat avec le prestataire de collecte Esterra et le fournisseur de bennes GNV Mercedes. Esterra dispose d'un parc de 10 BOM roulant au mélange GNV/biométhane : 9 bennes de PTAC de 19T et 1 BOM de 26 T, acquises entre 2005 et 2008. Lille Métropole relève "jusqu'à 95% de réduction des émissions de particules et 85% de réduction des oxydes d'azote" par rapport aux bennes roulant au gasoil ! Elle constate également 23% de réduction des émissions de CO2 par rapport à l'essence et jusqu'à 5% par rapport au diesel. Jusqu'à 50% de réduction de la pollution sonore par rapport à un véhicule diesel est constaté. Les BOM s'alimentent en GNV/biométhane sur le dépôt de bus géré par Transpole. Elles consomment entre 80 et 100 normaux mètre cube (NM3)au 100 km.

Le surcoût des bennes GNV par rapport aux classiques est de 45 k€ à l'investissement pour les BOM de 19T et 54 k€ pour celles de 26T, précise Lille Métropole. "Un changement de motorisation du parc de véhicules de collecte nécessite une étude, pour un schéma économiquement viable, des points suivants : consommation/autonomie du véhicule, fiabilité et performance, suivi des coûts de maintenance et acceptabilité du personnel", recommande la communauté urbaine.

Rachida Boughriet

© Tous droits réservés Actu-Environnement
Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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Réactions1 réaction à cet article

 

Voilà qui va dans le bon sens. Dans l'agitation actuelle il est peut-être utile de rappeler que toutes ces initiatives relèvent de la politique locale (municipalités ou groupement d'agglomérations), loin de l'inertie du gouvernement central.
A encourager. Partout.

Jean-Claude Herrenschmidt | 31 mars 2014 à 11h23
 
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