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"L'objectif est que les TPE et PME se sentent un peu moins seules lorsqu'elles souhaitent se lancer dans l'écoconception"

L'écoconception promise à un bel avenir Actu-Environnement.com - Publié le 08/04/2013

Afnor Normalisation a publié fin février 2013 une norme sur l'écoconception destinée en priorité aux petites et moyennes entreprises. Explications de Rim Chaouy, chef de projet normalisation à l'Afnor.

L'écoconception promise à un bel avenir  |    |  Chapitre 4 / 5
"L'objectif est que les TPE et PME se sentent un peu moins seules lorsqu'elles souhaitent se lancer dans l'écoconception"
Environnement & Technique N°324 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°324
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Actu-environnement : Afnor Normalisation a présenté fin février une nouvelle norme pour la mise en place de l'écoconception. Qu'apporte-t-elle de nouveau par rapport aux normes déjà existantes ?

Rim Chaouy : En termes d'outils normatifs, les organisations souhaitant s'engager dans une démarche d'écoconception ont à leur disposition un rapport technique international baptisé ISO TR 14062. Publié en 2003, c'est le référentiel le plus connu en la matière. Il donne les grands principes et enjeux de l'intégration des impacts environnementaux d'un produit tout au long de son processus de développement. Il rappelle en outre l'intérêt de l'écoconception même si le terme "écoconception" n'apparaît pas dans le document.

La norme ISO 14006, publiée en décembre 2010, permet également d'accompagner les entreprises en vue d'intégrer l'écoconception dans leur système de management environnemental (SME). Cependant, l'écoconception n'y est présentée que comme l'un des processus du SME. Cette norme ne guide pas de façon pragmatique la mise en place d'une démarche et ne précise rien sur les outils à utiliser.

La NF X30-264 "Aide à la mise en place d'une démarche d'éco-conception" entre dans le vif du sujet et vient ainsi compléter de façon utile les outils existants en tenant compte des expériences et des bonnes pratiques des entreprises présentes autour de la table.

AE : Pourquoi Afnor Normalisation a décidé d'accompagner les entreprises pour élaborer une nouvelle norme ?

RC : La réalisation, en 2007, d'un panorama des démarches d'écoconception engagées au niveau national, a mis en évidence un certain nombre de lacunes et d'attentes de la part des structures désireuses de pratiquer l'écoconception. Les conclusions mettaient en avant que les plus actives étaient celles soumises à un contexte réglementaire bien précis au niveau européen notamment le règlement Reach, ou encore la directive VHU (Véhicules Hors d'Usage)  et celles qui avaient une conscience environnementale mais qui ne savaient pas comment faire. Plusieurs outils existent pourtant comme ceux qui simulent des scénarios de fin de vie de produit ou encore les Analyses de Cycle de Vie (ACV). Mais ces outils interviennent à certaines étapes de la démarche écoconception et ne concernent pas tous les acteurs de la chaîne de valeur d'un produit. L'étude a donc mis en évidence un besoin de capitalisation ainsi qu'un besoin d'aide à la mise en place d'une démarche capable de répondre aux questions suivantes : qui fait quoi ? A quel moment ? Avec quels outils ?

Le sujet a ainsi été inscrit au programme de travail de la commission de normalisation fin 2009. Le groupe de travail a axé sa réflexion sur les TPE et PME en partant du principe que les grosses entreprises pourraient plus facilement s'emparer de l'outil alors que le contraire est plus compliqué. Plusieurs TPE et PME étaient d'ailleurs autour de la table pour faire part de leurs besoins.

AE : Comment s'applique cette norme ?

RC : Cette nouvelle norme propose aux TPE et PME une méthode de mise en place d'une démarche d'écoconception autour de cinq étapes. La première consiste à planifier la démarche : état des lieux, choix du produit, création de l'équipe du projet, bilan environnemental du produit, plan de travail.

La deuxième phase consiste à réaliser le projet : identification de l'analyse fonctionnelle, rédaction du cahier des charges, modélisation des solutions retenues. Puis vient la phase d'industrialisation du produit, de fabrication du prototype et de sa validation avant d'entamer la phase de commercialisation, d'homologation et de communication/marketing. La dernière phase est consacrée au retour d'expérience pour capitaliser au maximum.

Cette norme apporte également des informations sur les supports pour la mise en œuvre de la démarche (catégories et critères de choix des outils, acteurs concernés…).L'objectif étant que les entreprises se sentent un peu moins seules lorsqu'elles souhaitent lancer cette démarche.

AE : Cette norme a-t-elle été testée ?

RC : Aucune entreprise ne l'a testée pour l'instant. On espère qu'elles vont s'approprier le document et que l'on aura des retours d'expérience aboutis de façon à le réviser si nécessaire. Une norme se révise tous les cinq ans en moyenne mais si les entreprises nous font part de besoins précis on la révisera sans attendre. Une norme se doit avant tout d'être utile. On se laisse un an.

AE : Un délai d'un an est-il suffisant pour mettre en place la démarche ?

RC : Tout dépend du niveau de maturité de l'entreprise. Pour celles qui ont déjà une conscience environnementale, le message passera facilement. Certaines ont également déjà initié des démarches et ont juste besoin de vérifier la correspondance avec la norme.

AE : Prévoyez-vous une phase de labélisation ou de certification ?

RC : Au cours des travaux du groupe de travail, il est ressorti un besoin de reconnaissance. Mais nous nous sommes heurtés à des débats complexes qui ont mis à jour l'éternel opposition entre "approche système" et "approche produit". L'approche "produit" ne traduit pas les efforts effectués pour mettre en place la démarche. L'approche "système" valorise la démarche mais expose au risque de greenwashing. Car une démarche d'écoconception n'abouti pas forcément à une modification du produit. Parfois son bilan environnemental à la fin de la démarche ne sera pas forcément meilleur que le produit de départ. L'écoconception est une approche mixte donc pour l'instant on a choisi d'écarter cette question en attendant d'avoir un plus haut niveau de maturité.

AE : La norme conseille-t-elle sur les indicateurs à prendre en compte pour évaluer l'impact environnemental du produit ?

RC : Il n'y a aucune obligation en matière de critères à prendre en compte, d'autant plus que ceux-ci dépendent surtout du produit. En termes d'outils, là encore il n' y a aucune obligation, d'autant plus que certains outils telles que les ACV (Analyse de Cycle de Vie) sont des analyses assez longues et toutes les entreprises n'ont pas les moyens de faire une analyse sur de nombreux indicateurs.

AE : Pourtant l'harmonisation des informations environnementales des produits est une tendance forte.

RM : En France, le ministère de l'Ecologie a en effet une forte volonté d'harmoniser la communication environnementale des entreprises afin de transmettre un message cohérent aux consommateurs. C'est l'objectif des travaux nationaux menés sur l'affichage environnemental. Et cette volonté peut constituer un levier pour développer l'écoconception. Deux entreprises qui fabriquent les mêmes produits pourront ainsi comparer leur impacts et envisager de ce démarquer en allant plus loin.

Propos recueillis par Florence Roussel

© Tous droits réservés Actu-Environnement
Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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