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Micropolluants : un coût à intégrer

Micropolluants : quels impacts sur les techniques d'assainissement ? Actu-Environnement.com - Publié le 08/09/2014

Le coût de traitement des micropolluants jouera certainement pour une bonne part dans notre capacité à les éliminer. L'exemple de la Suisse sera difficile à suivre.

Micropolluants : quels impacts sur les...  |    |  Chapitre 2 / 5
Environnement & Technique N°339 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°339
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Si l'impact financier des micropolluants s'avère difficile à appréhender, leurs caractères diffus et les actions entreprises laissent toutefois envisager une somme non négligeable à prendre en charge (coût des traitements, de la réduction de leur utilisation, d'atténuation des effets de la pollution engendrée, de suivi et d'information, ou encore résiduels : impacts sur des biens et services écosystémiques).

Pour ce qui concerne plus spécifiquement le coût des traitements, la situation s'avère différente selon que cette question soit abordée à travers le prisme des stations d'épuration ou des industries.

En 2010, l'agence de l'eau Rhône méditerranée corse (RMC) a tenté d'estimer les coûts unitaires des actions à mener pour réduire les rejets de substances toxiques industriels.

Traitement : une facture de 10 à 35.000 k euros pour l'industrie

Selon les secteurs d'activités et les traitements préconisés (charbon actif, résines échangeuses d'ions, osmose inverse, traitements physico-chimiques, ultrafiltration, etc.), ces derniers représentent une fourchette pouvant aller de 10 à 35.000 k euros.

Toutefois l'agence considère que ces coûts seraient surévalués car leur estimation repose sur un niveau à atteindre plus ambitieux que celui prévu par l'action nationale de recherche et de réduction des rejets de substances dangereuses dans l'eau (RSDE).

En effet en 2010, la France n'avait pas encore de valeurs réglementaires limites à respecter.

L'agence a opté pour un objectif de rejet fixé à une valeur limite en concentration correspondant à dix fois la norme de qualité environnementale (NQE). "Nous sommes partis sur 10*NQE car c'est une valeur limite qui était discutée en 2010. D'autres pays (par exemple la Belgique) utilisait cette valeur limite", explique l'agence de l'eau.

Dans ses conclusions, le rapport met également en avant des difficultés dans l'obtention des données. Notamment " le manque d'information concernant les conditions de mesure nous fait craindre que parfois des eaux pluviales ou des eaux de refroidissement aient été prises en compte", pointe-t-il.

Parmi les secteurs pour lesquels la facture sera la plus élevée, le rapport relève les centrales thermiques de production d'électricité, la chimie organique, la fabrication de papier/carton, la fabrication de pâte à papier chimique, la production et/ou transformation de métaux non ferreux, la sidérurgie, les unités d'incinération d'ordures ménagères, l'industrie des polymères ou encore la fabrication industrielle d'acide.

De 2 à 20 €/EH/an, selon les technologies dans les STEP

Le projet d'amélioration de la réduction des micropolluants dans les stations de traitement des eaux usées domestiques (Armistiq) s'est également penché sur la question des coûts de la dépollution pour des équipements correspondant à 200.000 et 60.000 équivalents-habitants (EH).

"Nous avons comparé une palette de technologie et le coût est compris entre 2 et 20 euros par équivalent-habitants par an", détaille Samuel Martin, responsable du pôle traitement & valorisation des effluents au Centre international de recherche sur l'eau et l'environnement de Suez environnement (Cirsee).

Les scientifiques ont ainsi montré qu'avec des traitements des micropolluants de type ozonation, oxydation avancée, et adsorption sur charbon actif en grain, le coût additionnel seraient compris entre 1,5 et 17,6 centimes d'euros par m3 traité selon les technologies, les objectifs et les tailles de station d'épuration (STEP).

"L'ordre de compétitivité varie également légèrement entre les deux tailles de STEP. La technologie la moins coûteuse est l'ozone seul, suivie de ozone/H2O2 et ozone/UV, détaille Marina Coquery, responsable du laboratoire de chimie des milieux aquatiques (LAMA) et Coordinatrice du Projet Armistiq, le charbon actif est la technologie la plus coûteuse pour la plus petite STEU, tandis que c'est H2O2/UV pour la STEU de 200.000 EH".

Une réglementation suisse contraignante

Sur ces questions, nos voisins helvétiques s'avèrent en avance : ils vont imposer à près de 100 stations d'épuration suisses de prendre des mesures destinées à éliminer ces polluants. Le taux d'épuration des STEP devra en effet être en moyenne d'au minimum 80% par rapport aux eaux polluées brutes. Cette mesure devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2016.

Une liste d'environ douze substances devrait être déterminée prochainement. Le financement sera assuré par le principe du pollueur payeur.

Selon des travaux de l'Institut de recherche sur l'eau du domaine des écoles polytechniques fédérales suisse, l'extension des chaînes de traitement induirait selon les scénarios (parts relatives de l'ozonation et de l'adsorption sur charbon actif) un surcroît de consommation électrique de 35 à 90 GWh/an soit une hausse de 10 à 20% de la consommation des STEP suisses.

La Suisse présente une autre particularité concernant la problématique des micropolluants : en raison d'une interdiction de la fertilisation par des boues d'épuration, ces dernières sont incinérées.

En France, aucune obligation réglementaire n'impose aux stations d'épuration de traiter les micropolluants. Et au vu des coûts des traitements, la solution adoptée passera certainement dans la plupart des cas, par une autre stratégie.

En France : une action à la source

"Il ne faut pas croire que nous allons nous débarrasser des micropolluants juste en ajoutant des traitements aux STEP : il faut travailler à la source, assure Martin Guespereau, directeur général de l'agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse. Nous menons pour cela des opérations collectives auprès des commerces, artisans, petites entreprises, etc. et proposons des solutions financées par l'agence de l'eau".

Les primes de performance épuratoire encouragent également les communes à atteindre la conformité pour leurs boues.

"En pilotant mieux les STEP actuelles, nous pourrions atteindre 15 à 20% d'abattement des micropolluants", estime Martin Guespereau.

Selon lui, la remontée des informations de suivi des micropolluants contribuera également à progresser sur ces questions.

Pourtant la stratégie française sur ces questions pourrait être confrontée à la réglementation européenne.

"Nous finançons aujourd'hui à 50% mais il est probable que nous perdions 10 points de pourcentage : ce sont des règles européennes qui seront en application en 2015, note Martin Guespereau, les grandes industries disent que les ¾ de leur investissement sont en rapport avec l'environnement : si nous voulons garder ce niveau d'investissement, un coup de pouce public se justifie assez largement".

Dorothée Laperche

© Tous droits réservés Actu-Environnement
Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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Réactions1 réaction à cet article

 

Qqs bonnes pistes de réflexion:
1) réduire ''micro-polluants'' à la source, donc AVANT la STEP
2) l'extension des chaînes de traitement induirait selon les scénarios (parts relatives de l'ozonation et de l'adsorption sur charbon actif) un surcroît de consommation électrique de 35 à 90 GWh/an soit une hausse de 10 à 20% de la consommation des STEP suisses.--> couvrir les STEP ou proximité de PV, partout où exposition solaire ad hoc, pour produire des MWhs compensateoires.
3)Les primes de performance épuratoire encouragent également les communes à atteindre la conformité pour leurs boues.
4)"En pilotant mieux les STEP actuelles, nous pourrions atteindre 15 à 20% d'abattement des micropolluants", estime Martin Guespereau.
5) Le financement sera assuré par le principe du pollueur- payeur.
Des iDs qui devraient faire école...chez nous aussi.
A+ Salutations
Guydegif(91, 68 et 30)

Guydegif(91) | 08 septembre 2014 à 12h05
 
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