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Fuites d'eau : des solutions existent

Peut-on améliorer l'efficacité des réseaux d'eau potable ? Actu-Environnement.com - Publié le 02/06/2014

Chaque année, 20% de l'eau potable transportée par les réseaux de distribution est perdue. Pourtant, certaines villes ont mis en place des stratégies de lutte contre les fuites et affichent des rendements proches de 90%.

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Environnement & Technique N°337 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°337
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Si Rennes, Le Mans, Créteil affichent des taux de fuites inférieurs à 5% (respectivement 4,30%, 4,22% et 4,70%), d'autres font office de mauvais élèves avec près de 50% de fuites (Digne-les-Bains 53,73%, Bar le Duc 48,24%, Saint Denis 44,73%). C'est ce que révèle une enquête publiée par l'association 60 millions de consommateurs et la Fondation Danielle Mitterrand, en mars 2014. Menée auprès des 150 plus grandes villes françaises, l'étude conclut que deux préfectures sur trois ne respectent pas l'obligation de rendement de 85%, inscrite dans la loi Grenelle 2.

Plusieurs facteurs expliquent ces disparités. L'abondance de la ressource en eau et les faibles coûts d'approvisionnement peuvent freiner la volonté des communes à investir dans le réseau. De même, certains services de l'eau doivent faire face à un contexte difficile : réseau étendu avec de nombreux branchements en zone rurale, densité des réseaux en milieu urbain avec de nombreux raccordements, affaissements de terrains qui augmentent les casses de réseau dans les bassins miniers…

Le poids de l'investissement nécessaire pour rénover les réseaux peut également peser : 60 millions de consommateurs l'a évalué entre 1,5 et 2 Mds€ par an à l'échelle du pays, "soit plus du double du rythme actuel". Alors que le réseau français est renouvelé à un rythme de 1% par an, l'association prévient : "Plus on tarde, plus la facture sera lourde". Plusieurs villes ont mis en place des stratégies pour limiter les fuites d'eau et identifier les priorités d'action.

Sectoriser le réseau, pour mieux le surveiller

Ainsi, Rennes fait partie des meilleurs élèves, avec un taux de fuites de 4,3%. Des sécheresses successives conjuguées à une démographie à la hausse ont poussé la ville à mettre en place en 2009 un programme pluri-annuel d'économie d'eau "ECODO-juste l'eau qu'il faut". Objectif : économiser 2 millions de m3 d'ici 2020 à tous les stades du cycle de l'eau (production, distribution et consommation d'eau potable).

Outre une sensibilisation des différents publics menée avec les associations de défense de l'environnement, la ville a engagé un travail de modernisation de ses installations. Des objectifs de renouvellement du réseau ont été fixés à 4,5 km par an d'ici 2015, avec une enveloppe annuelle dédiée de 3 M€. Depuis 2005, 37,4 km de canalisations ont été renouvelés. Parallèlement, pour mieux détecter les fuites, elle a divisé son réseau de distribution en 12 sous-secteurs, avec une remontée d'informations mensuelle.

Ce que préconise l'Institut de recherche en sciences et technologies pour l'environnement (Irstea) dans son guide pour lutter contre les fuites d'eau. Diviser le réseau d'alimentation en "sous-réseaux homogènes" permet, selon l'institut, d'avoir une connaissance plus fine des débits mis en distribution, grâce à des dispositifs de comptage des débits entrants et sortants pour chaque sous-réseau. "Les systèmes récents sont entièrement télé-gérés et permettent un rapatriement et un stockage des mesures en continu avec des pas de temps horaires voire infra horaires", souligne l'Irstea.

Repérer les fuites et intervenir rapidement

De son côté, la ville de Paris a atteint, en 2012, un rendement de 92,3%. Selon Eric Bréjoux, directeur de l'observatoire des services publics d'eau et d'assainissement, ces bons résultats sont liés à "une gestion patrimoniale très affûtée, à une très bonne connaissance des réseaux et à la mise en place de plans d'actions très fins : chaque euro investi dans le réseau doit être efficace".

Dans son rapport annuel, Eau de Paris confirme cette stratégie : "Le gain d'un point de rendement correspond à une économie de l'ordre de deux millions d'euros par la diminution des pertes. Plus le rendement sera élevé, plus les moyens seront importants pour agir sur les dernières petites fuites difficiles à détecter. Il vaut mieux alors tabler sur l'entretien régulier du réseau et la rapidité d'intervention en cas de défaillance". Les 2.000 km de conduites d'eau potable, qui couvrent Paris intramuros mais aussi les bois de Vincennes et de Boulogne, sont surveillés à distance par un centre de « contrôle commande ».

Selon l'Irstea, les campagnes de recherche active des fuites sont nécessaires pour détecter au plus vite les fuites non visibles et réduire ainsi leur durée d'écoulement."Il s'agit de pousser plus loin de façon ponctuelle la sectorisation du réseau pendant la période nocturne, lorsque l'essentiel du débit transitant dans le réseau correspond à des fuites (en général entre 2 h et 5 h)".

Une fois quantifiées, les fuites doivent être localisées grâce à des techniques acoustiques (amplificateurs, corrélateurs acoustiques). "Ces techniques, très efficaces pour les conduites métalliques donnent de moins bon résultats pour les conduites plastiques. D'autres techniques telles que les gaz traceurs existent, leurs domaines d'application restent aujourd'hui assez limités". Il s'agit alors d'injecter un gaz (hélium ou hydrogène) à un point de la conduite et de mesurer ensuite les concentrations. Le contrôle de la pression (réduction, modulation) permet également de limiter le nombre de fuites et leurs volumes.

Enfin, le renouvellement de certaines parties du réseau est souvent inévitable : "Certains tronçons de canalisation connaissent une fréquence importante d'apparition des fuites". Il faut cependant cibler les tronçons à renouveler, grâce à des outils de prévisions de casse par exemple.

Sophie Fabrégat

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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