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Canalisations d'adduction d'eau potable : quel impact sanitaire du plomb ?

Peut-on améliorer l'efficacité des réseaux d'eau potable ? Actu-Environnement.com - Publié le 02/06/2014

Le vieillissement des réseaux peut menacer la qualité de l'eau potable et présenter un risque de toxicité concernant les anciens branchements en plomb. La réglementation fixe le taux de plomb à 10 µg/L imposant le remplacement des canalisations.

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Environnement & Technique N°337 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°337
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Depuis le 25 décembre 2013, l'eau destinée à la consommation humaine ne doit pas contenir plus de 10 microgrammes (µg) de plomb par litre, contre 25 µg/L fixé en 2003, conformément à la Directive européenne 98/83 du 3 novembre 1998 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine et transposée dans le code de la santé publique (articles R1321-2 et suivants).

L'installation de canalisations en plomb est interdite depuis avril 1995 en France. Si le logement a été construit après 1955, la probabilité que les canalisations des réseaux intérieurs soient constituées de plomb est "faible", précisela Direction générale de la Santé. Cette source d'intoxication au plomb représente "le plus souvent une faible part mais contribue à l'imprégnation de l'organisme", ajoute-t-elle.Cependant cette substance peut se retrouver à des concentrations supérieures dans l'eau au robinet du consommateur. Cette présence éventuelle est alors due à la dissolution dans l'eau du plomb contenu dans ces canalisations (réseaux intérieurs et éventuellement branchements publics), les vannes et les éléments de robinetterie des réseaux intérieurs du bâtiment. La dissolution des métaux dans l'eau peut être augmentée par la stagnation de manière prolongée de l'eau dans les canalisations internes et la présence éventuelle d'un dispositif collectif ou individuel d'adoucissement de l'eau, explique la Direction.

Toxicité du métal

Une limite inférieure ou égale à 10μg/L pour les concentrations du plomb dans l'eau potable fait l'objet d'un consensus de la communauté scientifique. Cette valeur guide a été recommandée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1993. Le plomb est actuellement reconnu comme un toxique sans seuil, notamment pour les enfants âgés de moins de 6 ans et les femmes enceintes. Des effets tels que la baisse des capacités cognitives, un retard du développement psychomoteur et des troubles du comportement sont connus pour des mesures de plomb dans le sang (plombémie) supérieures ou égales à 100 µg/L, mais des effets sur le développement neurologique et une perte de QI sont constatés à des niveaux d'imprégnation plus faibles.

Dans un avis scientifique "Plomb dans l'alimentation" publié en avril 2010, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) faisait état d'effets neurotoxiques, sur le développement, cardiovasculaires et rénaux associés à des plombémies inférieures à 100 µg/L, valeur de surveillance communément admise au niveau international. Cette valeur de 100µg/L est celle retenue par ailleurs pour la surveillance du dépistage et de la déclaration obligatoire des cas de saturnisme en France. Pour des concentrations de plomb dans l'eau comprises entre 10 et 25 μg/L, les conséquences sanitaires portent essentiellement sur le développement neurologique des enfants. Dans son avis du 23 janvier 2013, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a considéré comme "effet critique" les effets rénaux chez l'adulte et a retenu une plombémie critique de 15 µg /L proposée par l'Efsa, valeur jugée protectrice pour l'ensemble de la population générale. L'Anses a appelé à "revoir l'ensemble des valeurs de référence s'appuyant sur la plombémie".

95% des branchements publics déjà remplacés

 
D'autres matériaux à l'origine de la présence de plomb dans l'eau Dans les réseaux intérieurs de distribution, outre les canalisations en plomb, d'autres matériaux peuvent être à l'origine de la présence de plomb dans l'eau : les alliages de cuivre et de laiton (qui peuvent comporter jusqu'à 5% de plomb), l'acier galvanisé (dont le zinc de galvanisation peut comporter jusqu'à 1% de plomb), les soudures dites à l'étain, utilisées pour assembler les réseaux en cuivre et qui peuvent contenir jusqu'à 60% de plomb, et même certains polychlorure de vinyle (PVC) d'origine étrangère stabilisés avec des sels de plomb, prévient la Direction générale de la Santé.
 
Subventionnées par les agences de l'eau, les collectivités publiques ont lancé des programmes de remplacement des branchements publics en plomb (entre la canalisation publique et les canalisations privées). En 15 ans, 2,7 millions de branchements publics ont été remplacés en France pour un coût estimé par le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) à 5 milliards d'euros, dans un rapport daté de février 2013.

Fin 2013, il devait rester environ 1,2 million de branchements en plomb à remplacer soit un peu moins de 5% du parc national des branchements publics, selon le CGEDD. En revanche, en ce qui concerne l'habitat privatif, malgré les aides de l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat (Anah) aux propriétaires occupants (sous conditions des ressources et bailleurs), peu de travaux ont été entrepris. Le remplacement des canalisations privatives est estimé environ à 1.500 euros par logement (travaux de plomberie, maçonnerie et peinture), soit au total plus de 13 milliards d'euros.

En 2009, la concentration en plomb était supérieure à 10 µg/L dans 6% des prélèvements réalisés en distribution, c'est-à-dire au robinet du consommateur, par les agences régionales de santé (ARS). Les conseils dispensés par le ministère de la Santé, de ne pas boire l'eau après une stagnation prolongée dans des tuyaux en plomb, d'utiliser de l'eau froide pour la cuisson, et de prêter une attention particulière aux jeunes enfants et aux femmes enceintes "gardent leur pertinence", indique le CGEDD, après avoir évalué l'impact du remplacement de ces canalisations, avec le concours du Haut Conseil de la Santé Publique.La directive européenne et la réglementation française relatives à la qualité de l'eau destinée à la consommation humaine n'imposent pas le remplacement systématique des canalisations en plomb. Néanmoins, ces travaux "restent souhaitables dans la durée", en priorité dans les bâtiments fournissant de l'eau à certains publics sensibles (crèches, maternités,…), estime le CGEDD. Il pointe néanmoins le coût de remplacement "très élevé et sûrement inaccessible pour de nombreux propriétaires." Des traitements de l'eau "améliorés peuvent être dans certains cas, une manière plus économique de parvenir au même résultat", juge-t-il.

Lorsque la configuration et le diamètre du réseau le permettent, le chemisage intérieur des canalisations en plomb permettrait de limiter le contact entre l'eau et le plomb. Ce procédé consiste à appliquer un revêtement protecteur de type organique (résine,… ) à l'intérieur des canalisations en plomb. Cette technique alternative "peut permettre d'éviter un renouvellement. Même si le ministère de la Santé recommande le renouvellement complet, cette technique peut toujours être retenue si, au final, l'analyse d'eau traduit un respect de la norme", souligne l'association UFC-Que-Choisir.

Rachida Boughriet

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Réactions1 réaction à cet article

 

je vis dans une petite commune ..où ,les réseaux de distribution d'eau, de la mairie, sont "ancestraux"...tous sont en plomb!!!A st Florent sur Auzonet ,dans le Gard et les deux communes qui comblent cette petite vallée cévenole...Ancien pays minier..on trouve même du charbon dans l'eau du robinet..c'est pas le top ça???Quand je lis et relis ce qui précède,dans vos textes,il y a de quoi s'interroger sérieusement!!!les autres communes ,plus éloignées..appellent cette vallée la "Vallée des fous",où la "Vallée de la mort"...(?)il y a vraiment de quoi s'interroger!!
le comble est que cette petite et jolie vallée est riche de 363 sources d'eau,et que "on" nous fait boire de l'eau souillée,polluée,dangereuse!!!
j'ai contacté plusieurs organismes,dont l'ARS;j'ai pas du taper à la bonne porte.Un député,les Services Vétérinaires(DASS)..etc..pour conclure .,des réponses obtenues:que la commune est Maître sur son territoire..et que personne ne peut ou veut rien y faire..trop compliqué..Mais si "charbon",il y a dans l'eau,corrosion importante,il y a !Régulièrement et notamment lors des fortes pluies cévenoles,les canalisations explosent ;et ce dans des délais de moins en moins écartés..le château d'eau ,aussi,est atteint par ces "geysers surprise" et fuites en "cascades"..Une telle commune ne peut assumer,seule, un tel chantier..Apparemment, chacun s'échappe vers d'autres"responsabilités",et ,abandonnant la Commune la vallée,à son triste sort!la HONTE!!Honte à ceux qui tournent la tête.

pastèque30 | 01 septembre 2014 à 00h58
 
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