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L'AMU globale, une ingénierie d'avenir face à la complexité sociale du bâtiment et du territoire

Le bâtiment et ses multiples enjeux nécessitent de développer une nouvelle approche basée sur l'usage. Cette Assistance à Maitrise d'Usage (AMU) est aussi déclinable aux quartiers et aux territoires. Détails avec Alexis Durand Jeanson de Prima Terra.

Avis d'expert  |  Aménagement  |    |  Actu-Environnement.com

Face à la complexité des enjeux énergétiques, sociaux, économiques ou encore sociétaux, les professionnels du bâtiment, de l'aménagement comme du patrimoine et de l'immobilier doivent trouver des solutions novatrices capables de maîtriser les coûts globaux, de prendre en compte l'ensemble des parties prenantes tout en assurant un modèle économique vertueux.

Le lancement mi-2017 par Prima Terra, l'Ecole de l'Entrepreneuriat territorial, d'un observatoire a permis de révéler une réponse transversale à ces questions. Facilitant l'appropriation des usagers aux enjeux du bâtiment, des pratiques professionnelles réinventent l'art de faire le projet d'espace, qu'il soit public ou privé, bâti ou verdoyants. Son nom ? L'Assistance à Maîtrise d'Usage globale (AMU), véritable catalyseur d'innovation territoriale.

Un observatoire de l'AMU dévoile les possibles

Cet observatoire, laboratoire vivant sur le sujet, dénommé "AMU Occitanie" en réponse à l'engouement régional pour le sujet, a permis de constituer une première cartographie de l'écosystème des acteurs économiques pratiquant l'AMU en France métropolitaine.

Près d'une cinquantaine de structures ont été analysées, dont près d'une vingtaine en Occitanie. Ils interviennent sur des phases différentes dans l'art d'habiter, en ville comme en campagne. Certains y sont très en amont, pour le "dessiner" (planifier, promouvoir… comme l'association De l'Aire ou Habitat et Partage), d'autres pour le "pratiquer" (construire, accueillir, recycler… avec des acteurs comme le POLAU ou la démarche HQAC), certains pour "l'habiter" (consommer, se déplacer, mutualiser un service… avec les communautés de tiers-lieux ou la coopérative Oasis) et d'autres enfin pour la "réinventer" (requalifier, transformer, rêver…, comme Plateau Urbain).

Ecosystème de l'AMU en France © PRIMA TERRA 2017
 

Imaginer dès aujourd'hui "l'art de vivre le quotidien de demain au profit des générations présentes et futures" pourrait être la définition grand public de cette compétence atypique.

L'AMU, préfiguration d'une nouvelle génération des métiers de l'habité

En effet, l'Assistance à Maîtrise d'Usage est une ingénierie que l'on retrouve dans les domaines de la construction (Eco-Quartier de Strasbourg, programme ilînk à Nantes, Confluence Habitat Participatif à Lyon …), de l'aménagement (Place d'Italie à Paris, La Friche Saint Sauveur à Lille…), du développement local (Les Groues à Nanterre, La Distillerie à Lodève, Le Château Partagé à Dullin…) ou encore du recyclage des friches (Les Grands Voisins à Paris, Bata ville en Moselle, la Cité créative à Montpellier…).

L'AMU a pour principe actif de "favoriser l'appropriation, l'acceptation des enjeux d'un Espace et la co-construction de solutions par ces usagers, existants et futurs".

A ce jour, l'AMU globale peut se décomposer en quatre familles "d'Assistance à…", pour quatre échelles d'interventions spatiales différentes, du bâtiment au territoire :

  • L'AMU Bâtiment, accompagnant la définition, la préfiguration et la conception du projet bâti ou aménagé.
  • L'AMU Collectif habitant, favorisant la constitution d'une organisation et d'une dynamique convergente d'un groupe "d'habitats", au sens de producteurs, gestionnaires responsables et d'usagers futurs de l'espace.
  • L'AMU Communauté, participant de la fabrication d'une culture et d'un état d'esprit communautaire, au sens d'un ensemble d'individus développant un sentiment d'appartenance commun à un même destin de vie et cherchant à pérenniser celui-ci par un système relationnel d'interdépendance.
  • L'AMU Territoriale, faisant prendre conscience d'un patrimoine territorial partageable au profit d'un futur projet partagé.

Cette révolution de l'usage, comprise par des collectivités, des Régions et certains promoteurs, génère déjà de nombreux impacts et externalités positives sur les territoires. C'est ce que nous tentons d'explorer actuellement grâce à l'Observatoire "AMU Occitanie".

Une révolution de l'usage

A ce jour, nous avons pu identifier de nombreux intérêts à investir dans l'Assistance à Maîtrise d'Usage Globale. En voici quelques-uns.

Pour les politiques et financeurs de projets, c'est la possibilité d'optimiser l'attractivité et la résilience des espaces, de favoriser l'innovation sociale et territoriale pour faire émerger de nouveaux modèles socio-économiques territoriales tout en favorisant une culture citoyenne de proximité.

Pour les professionnels du Bâtiment, les métiers de l'Assistance à Maîtrise d'Usage globale permettent de s'adosser à une ingénierie sociale de l'Espace, de déployer une organisation à modalité collaborative et coopérative s'appuyant notamment sur la technologie BIM ou encore l'appropriation rapide des équipements énergétiques par les usagers au service de leur performance globale.

Enfin, il s'agirait également de percevoir les intérêts grandissants de cette nouvelle forme d'engagement pour penser l'économie locale, par l'émergence de nouveaux modèles basés sur l'entrepreneuriat territorial (A. Durand Jeanson 2018), les politiques publiques, par de nouvelles formes de solidarités associatives, l'éducation, par le partage d'une culture de la complexité, du développement durable et de l'émancipation.

Cette révolution de l'usage va semble-t-il générer des impacts considérables ces prochaines années sur la façon de penser (et bâtir) l'Espace.

De nombreuses Régions investissent dans l'avenir

Forts de ce constat, plusieurs territoires régionaux ont décidé d'investir massivement dans la révolution de l'Usage. Parmi les territoires leaders, l'Occitanie est en tête, soutenant la présence de trois familles d'AMU sur quatre sur leur territoire avec des dispositifs financiers comme le recyclage des friches, les bourgs-centres ou encore No Watt. Elle est suivie par l'Auvergne-Rhône-Alpes, avec les friches et la mutualisation des réflexions professionnelles sur l'AMU Bâtiment, la Nouvelle-Aquitaine, avec les tiers-lieux, ou encore l'Ile-de-France, avec la réinvention des espaces publics.

Tous ces territoires ont en commun de soutenir la créativité citoyenne et entrepreneuriale au service de la réinvention de la Ville, sous des formes variées : intégration de l'usager dans le projet de construction, appel à la réinvention du territoire, accompagnement des porteurs de projets de recyclage de friches, financement de tiers-lieux … tous ces dispositifs participent de l'émergence d'une "maîtrise d'usage globale", constitutive d'une école des "habitants paysagistes".

Vers de nouveaux paysages de la transition

Il semblerait que cette culture méthodologique transversale de "faire culture usagère et expérience d'usage" est partagée par des acteurs de secteurs variés (BTP, Bureaux d'études techniques, Collectivités, Tiers-lieux …) et de disciplines différentes (Architecture, Sociologie, Design, Ingénierie énergétique, Paysage …). Pour exemple, le cas de la ville de Beauzelle en métropole toulousaine qui avait pour objectif d'homogénéiser ses équipements scolaires. L'emploi d'une AMU globale (Prima Terra) leur a permis de construire un projet politique basé sur les usagers, une stratégie à long terme et une déclinaison opérationnelle associant usages, espaces publics et pédagogie socio-environnementale.

Elle laisse penser que cet "art des relations" propre au paysage participe de la construction de nouvelles représentations sociales sur notre environnement. Celui-ci, caractéristique de l'urbanité croissante, fait apparaître des "stratégies de la vie". Un nouveau management de l'innovation territoriale est en train d'apparaître, basé sur l'incertitude omniprésente, des écosystèmes en constante disruption digitale et une économie hybride, réassociant le gratuit, le don et le monétaire et cherchant à construire de nouveaux repères par des dynamiques micro-localisées. Nous pourrions notamment citer l'exemple d'un projet de "coopérative de paysage" en Nord Gironde, initié par Grégory Epaud, paysagiste DPLG doctorant à l'ENSAP Bordeaux.

Ces nouvelles représentations sociales participent de fait de la constitution de "collectivité d'usage" que forment et formeront encore davantage demain la culture de la maîtrise d'usage globale. Elle sera favorisée par l'émergence de nouvelles formes de coopérations "de circonstances et disruptives" entre professionnels, disruptives pour le marché en place, des coopérations citoyennes, potentiellement subversives vis-à-vis des modèles en place si elles ne sont pas soutenues politiquement et des coopérations créatives, reliant de façon inhabituelle des pratiques, des disciplines et des projets sans relations apparemment évidentes.

L'art de bâtir demain sera plus complexe que jamais, et l'Assistance à Maîtrise d'Usage globale semble être un chemin de premier plan pour construire aujourd'hui des solutions novatrices aux besoins de demain.

Avis d'expert proposé par Alexis Durand Jeanson, chercheur associé de Prima Terra, l'Ecole de l'Entrepreneuriat territorial

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