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Parkings perméables et urbanisme durable : un point de convergence ?

Carmen Carboneras, ingénieur, responsable technique chez Ecovegetal, développe, dans le contexte réglementaire « Loi sur l'eau », l'intérêt des parkings perméables dans la gestion des eaux pluviales à la parcelle ainsi que leur rôle dans la lutte contre l'effet « îlot de chaleur ».

Avis d'expert  |  Aménagement  |    |  Actu-Environnement.com

L'urbanisation et l'expansion des infrastructures provoquent une imperméabilisation des sols, généralement irréversible. En ville, les débits de pointe sont fortement augmentés après de fortes pluies, les réseaux de collecte s'engorgent rapidement et les eaux de ruissellement non infiltrées se déversent dans les cours d'eau. La situation provoque nombres d'inondations, de concentration de polluants et d'atteintes aux espèces vivantes.

L'effet « îlot de chaleur » dû à la minéralité des villes et à la densité du bâti provoque inconfort et dégradation de la qualité  de l'air. Ce phénomène représente un véritable problème de santé publique. Il est amplifié par la perte d'évaporation des sols et de l'évapotranspiration de la végétation qui se raréfie.

Un allié possible, les aires de stationnement perméables

C'est dans ce contexte que le développement des parkings perméables sur modules alvéolaires trouve sa place. Ils sont capables d'infiltrer, d'évaporer, de retenir des quantités d'eau non négligeables et ont un rôle important dans la gestion des eaux pluviales. Les aires de stationnement représentent un potentiel surfacique énorme et sont donc une alternative intéressante à l'imperméabilisation.

Les techniques de « perméabilité »progressent

A partir des années soixante, des pavés cellulaires en béton ont été déployés pour faire des parkings engazonnés. L'idée était de répondre aux besoins de surfaces d'espaces verts d'un projet de construction. Puis les dalles alvéolaires en polyéthylène sont venues améliorer le volume disponible pour le racinaire des graminées.

Cependant, ces techniques ont été mises en œuvre sans se soucier vraiment de l'horizon fertile nécessaire au bon développement racinaire et de l'aptitude du gazon à supporter une circulation intense ou des durées de stationnement longues. Dans bien des cas, les résultats furent peu satisfaisants.

Pour répondre aux contraintes des projets d'urbanisme, les industriels ont développés différents systèmes pour parkings perméables sur modules alvéolaires, les uns pouvant être engazonnés, les autres végétalisés avec des végétaux de milieux arides ou encore lorsqu'une végétalisation est incompatible avec l'usage du parking, être conçu en « 100% minéral »

Un contexte réglementaire qui évolue

Aujourd'hui, la réflexion sur la perméabilité des villes évolue et l'intérêt d'exploiter les capacités d'infiltration des parkings s'accroît. Notamment en raison de la loi sur l'eau (LEMA) et des règles d'urbanisme qui imposent de gérer l'eau à la parcelle. L'enjeu d'un aménagement est désormais de tenir compte du bassin versant de son lieu d'implantation. Aussi, les agences de bassins et de rivières définissent des débits de fuite pour l'ensemble des zones constructibles.

Le décret n°2011-815 du 6 juillet 2011, qui prendra effet en 2012, prévoit de créer un service public de gestion des eaux pluviales urbaines et d'instaurer une taxe facultative pour contribuer à son financement.

Le tarif de la taxe est fixé par les communes ou les groupements compétents dans la limite de 1€ par mètre carré par an, pour des surfaces supérieures à 600 m². Des abattements allant de 20 à 90% sont prévus suivant la mise en place ou non de dispositifs évitant ou limitant le rejet des eaux pluviales hors du terrain, ces taux pouvant être majorés de 10% suivant l'efficacité du dispositif.

Des aménageurs très intéressés

Le contexte réglementaire incite donc au déploiement des techniques alternatives de gestion des eaux pluviales dès le début d'un projet. Ces techniques visent le respect du cycle de l'eau. Cependant il conviendra de faire les meilleurs choix possibles pour prendre en compte l'amont et l'aval et ne pas déplacer les problèmes dans l'espace.

Basées sur le stockage et l'infiltration des eaux pluviales au plus près de la source, ces techniques dont les parkings perméables évitent le raccordement systématique et direct au réseau d'assainissement. Elles permettent ensuite une restitution progressive dans le milieu naturel et le réseau de collecte existant tout en limitant la concentration des polluants lors du ruissellement.

Enfin, les parkings perméables permettent également d'augmenter les surfaces d'évaporation et de lutter contre l'effet « îlot de chaleur » des zones urbanisées. La qualité de l'air est améliorée.

La nécessaire adaptation des professionnels du BTP

De nos jours, les techniques constructives évoluent, les entreprises doivent s'adapter pour répondre à la demande, former leurs équipes pour leur permettre d'acquérir de nouvelles compétences. Les entrepreneurs des travaux publics et du paysage sont de plus en plus sollicités pour réaliser des parkings perméables végétalisés ou minéraux.

Cependant les clés de la réussite du projet passent bien souvent par une prescription techniquement précise, une relation de confiance entre l'entrepreneur et le fournisseur, un suivi rigoureux du chantier et le respect de la prescription par les équipes qui en font la mise en œuvre.

Si la transition des professionnels est notable aujourd'hui, il va falloir désormais s'engager à mettre en application le dernier décret de la loi sur l'eau et offrir des solutions avec des caractéristiques hydrologiques adaptées.

Des techniques environnementales améliorées… une démarche de bonne augure pour dépasser le stade des bonnes idées !

Avis d'expert proposé par Carmen Carboneras, ingénieur, responsable technique et marketing chez Ecovegetal

Réactions5 réactions à cet article

 

Une simple question concernant cette problématique : quid du traitement des eaux pluviales susceptibles d'être chargées en matières en suspension et présentant des traces d'hydrocarbures, si elles sont infiltrées directement dans le sol ?

Marie | 03 juillet 2012 à 09h24
 
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excellente idée. Elle apporte un intérêt pour la gestion quantitative des eaux. Il reste le problème de la gestion qualitative et du traitement des eaux infiltrées (qui ne sera peut être pas plus difficile que celui des eaux ruisselées)
LC hydrogéologue retraité.

loiulou | 03 juillet 2012 à 14h07
 
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L’infiltration entraîne-t-elle une pollution des sols et de la nappe phréatique ? C’est en effet une question qui nous est régulièrement posée. Des éléments de réponse sont apportés par l’étude Dechesne et al. 2002. L’étude porte sur l’accumulation de polluants dans le sol de 2 bassins d’infiltration qui reçoivent des eaux de temps de pluie d’origine urbaine depuis respectivement 15 ans (site parking routier) et 30 ans (site industriel). Les résultats des mesures réalisées en plusieurs points, à diverses profondeurs permettent d’identifier les zones et les profondeurs atteintes par la pollution ainsi que leur évolution dans le temps. Les concentrations en hydrocarbures totaux (HCT) sont comparées aux seuils des normes hollandaises. L’étude Dechesne montre que toutes les concentrations deviennent acceptables à 60 cm de profondeur. Même au bout de 15 années de fonctionnement, le sol agit comme un filtre efficace. La pollution est surtout présente en surface (< 1 m) et laisse penser que le sol joue un rôle significatif de rétention des hydrocarbures totaux.
Par ailleurs, il me semble important de souligner que la pollution des milieux superficiels est liée à la concentration des flux par ruissellement sur les sols imperméabilisés. Un moyen de lutter contre ce phénomène consiste à infiltrer les eaux de pluie le plus en amont possible pour favoriser la dispersion des flux et limiter la contamination en aval qui détériore la qualité des milieux récepteurs.
Merci de vos réactions.

Carmen CARBONERAS | 04 juillet 2012 à 00h06
 
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Pas sûr que ces techniques permettent efficacement l'infiltration des eaux. En effet, la terre est trop compactée dans les alvéoles. Ce que j'observe sur le terrain, c'est que les eaux ruissellent et finissent dans le collecteur complètement chargée en MES. Du coup, dans les dossiers réglementaires, je ne préconise rien du tout. Et quand un client me pose la question de l'efficacité de cette mesure, je lui répond toujours que c'est mieux que du goudron mais que c'est sans effet sur le volume de rétention à mettre en oeuvre. Y-a-t-il des tests qui ont été effectués ?

Guillaume | 10 octobre 2012 à 14h02
 
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Guillaume,
Ces techniques peuvent en effet ne pas remplir leur mission si la conception et la mise en oeuvre ne sont pas faites dans les règles de l'art.
N'hésitez pas à me contacter directement pour que l'on puisse en discuter. Je serais égélement disposée à vous faire visiter des sites où cela fonctionne très bien.
Cordialement

Carmen CARBONERAS | 18 octobre 2012 à 13h21
 
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