Aux pressions qui pèsent déjà sur la qualité de ses masses d'eau, le bassin Adour-Garonne doit faire face de manière encore plus prononcée que les autres, aux effets du changement climatique : c'est l'une des alertes qui ressort de l'état des lieux 2025 (1) du territoire. Le dérèglement peut en effet aggraver certaines tendances, par exemple la baisse des débits des cours d'eau à l'étiage réduit les possibilités de dilution des pollutions et dégrade l'état écologique. « Le bassin Adour-Garonne se distingue au niveau national par une combinaison unique de facteurs climatiques et hydrologiques qui en fait un territoire particulièrement sensible au changement climatique, pointe l'état des lieux réalisé pzar l'Agence de l'eau. La gestion de l'eau d'hier et celle de demain seront nécessairement différentes pour s'adapter au changement des régimes hydrologiques ». Autre grand enjeu pour le bassin : muscler sa surveillance.
Tous les 6 ans, une photographie de la situation est réalisée afin d'évaluer la distance à parcourir avant d'atteindre les objectifs de la Directive cadre sur l'eau. Le texte européen ambitionnait le bon état de l'ensemble des masses d'eau en 2015, avec toutefois des possibilités de dérogations jusqu'en 2027.
L'état des lieux permet d'identifier les points noirs et priorités d'actions pour y parvenir.
55 % des rivières en bon état écologique
Concernant l'état écologique des rivières du bassin, une petite amélioration est à noter par rapport au précédent état des lieux : 55 % sont en bon ou très bon état contre 51 % en 2019. « Il convient de préciser que 20 % des masses d'eau superficielles ont changé d'état écologique, 13 % basculant en bon état et 8 % basculant en état moins que bon », complète l'état des lieux. Toutefois si la connaissance a progressé, elle doit encore s'améliorer : 52 % seulement des cours d'eau sont réellement surveillés (contre 48 % en 2019), pour les autres, leur état a été extrapolé grâce à un outil (2) développé par l'agence de l'eau.Un bassin rural sous pression du changement climatique
Le bassin Adour-Garonne couvre 23% du territoire national. Il compte 8,1 millions d'habitants concentrée sur l'axe Garonne, entre les deux métropoles toulousaine et bordelaise (21% de la population du bassin). La dynamique démographique que le bassin a connu devrait se poursuivre à un rythme plus modéré à l'horizon 2033 (augmentation d'environ 5%). A cette population s'ajoute un fort flux de touristes en saison.
Il dispose 630 km de littoral, trois estuaires (Adour, Charente et Gironde), une surface importante de forêts et des milieux semi-naturels (46,7% du bassin), plus de 290 000 ha de zones humides (61% de la surface du bassin) et plus de 30 % de zones de montagne (Pyrénées, Massif central et Montagne noire).
Le bassin se distingue par un fort caractère rural. Les surfaces agricoles se concentrent sur les départements du Gers, de Charente-Maritime, du Lot-et-Garonne, de l'Aveyron et de la Haute-Garonne. Autre particularité : une sensibilité plus forte que les autres bassins aux effets du changement climatique.
Coté industrie, 16 filières sont présentes dans le bassin avec un fort poids de l'agro-alimentaire (35% des établissements). Adour-Garonne s'avère le second bassin en termes de production hydroélectrique (11,5 TWh en moyenne annuelle) avec 20% de la production hydroélectrique nationale. Il compte également un grand port maritime : Bordeaux et deux ports de commerce : Rochefort et Bayonne.
De façon plus criante encore, la surveillance de l'état chimique des cours d'eau doit évoluer. « 74 % des rivières ne disposent pas de données mesurées permettant d'évaluer un état chimique, et aucun outil ne permet aujourd'hui d'extrapoler ou de modéliser leur qualité chimique », constate l'état des lieux. Pour y pallier, l'agence de l'eau applique le raisonnement suivant : comme historiquement les suivis sont mis en place sur des secteurs où les contaminations étaient connues, par exemple à l'aval d'industries émettrices, leur absence est considérée comme un indicateur indirect d'absence de pression. « Ainsi, toutes les masses d'eau rivières non suivies sont considérées en bon état chimique », indique l'état des lieux.
Autre donnée importante à garder en tête : la règlementation donne la possibilité d'exclure les substances dites ubiquistes pour éviter de masquer les progrès dans les suivis. Un prisme intéressant pour évaluer l'efficacité des actions engagées sur certaines substances mais qui ne représente pas l'état réel des masses d'eau. Un choix assumé par le bassin Adour-Garonne qui ne présente, dans son état des lieux, que les résultats excluant les substances ubiquistes.
Ainsi en effaçant la présence potentielle par exemple de diphényléthers bromés, du mercure et de ses composés, d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), de composés du tributylétain, de l'acide perfluorooctanesulfonique (PFOS), de dioxines, de l'hexabromocyclododécane (HBCDD) ou encore de l'heptachlore… et en y associant le raisonnement « suivi historique », 98 % des cours d'eau s'avèrent en bon état.
De la même manière, les plans d'eau, sans les contaminants ubiquistes, présentent à 99 % un bon état. Ils sont à 46 % en bon état écologique. À noter 84 % des plans d'eau sont désignées comme masses d'eau fortement modifiées. Avec ce statut, seulement l'objectif de « bon potentiel » est à atteindre, autrement dit « le meilleur état atteignable tout en maintenant les usages responsables du caractère artificiel ou fortement modifié de la masse d'eau ».
Par ailleurs, 29 % des masses d'eau littorales sont en bon ou très bon état écologique et sans les substances ubiquistes 95 % sont considérées comme en bon état chimique. « Une seul masse d'eau est qualifiée en mauvais état, note l'état des lieux. Il s'agit de l'estuaire Gironde aval qui était déjà classé en mauvais état au précédent état des lieux 2019 ».
Une vigilance de mise sur les nappes d'eau souterraines
Concernant les nappes d'eau souterraines, d'une façon globale, si la qualité a progressé par rapport à l'état des lieux précédent, le bon état quantitatif cependant recule. « Les masses d'eau souterraines en état médiocre représentent une surface projetée significative à l'échelle du bassin, complète également l'état des lieux. Les phytosanitaires (et leurs métabolites) et les nitrates demeurent les paramètres principalement responsables de la dégradation de l'état des masses d'eau du bassin ».
Dans le détail, pour les 116 eaux souterraines dites libres, c'est-à-dire des aquifères superficiels en contact avec la surface, 71 % d'entre elles sont en bon état chimique et 87 % en bon état quantitatif. « 15 masses d'eau sont classées en état médiocre, principalement identifiées dans les sous-bassins de la Charente, de la Seudre et de l'Adour, et pour lesquels les relations nappes-rivières sont très importantes, précise l'état des lieux. À noter également le basculement de la masse d'eau souterraine Alluvions de la Garonne aval, entre la confluence du Lot et Langon classée en état quantitatif médiocre ».
Pour les 28 eaux souterraines dites captives, soit des aquifères profonds isolés par des surfaces peu ou pas perméables, 96 % sont considérés en bon état chimique.« Le basculement en état chimique médiocre d'une masse d'eau captive, l'aquifère multicouche calcaire captif du Turonien-Coniacien-Santonien du Nord-Ouest du Bassin aquitain, illustre la dynamique lente et l'impact à long terme des pollutions diffuses sur les nappes captives, note l'état des lieux. Ce basculement est lié à une contamination au Deséthyl-desisopropyl-atrazine détectée sur un nombre important de qualitomètres. Cette molécule de dégradation de l'Atrazine, herbicide utilisé en France pendant quarante ans, a été interdite en 2001 ».
Pour ce qui est de la quantité, 21 sur 28 s'avèrent en bon état. « Si le nombre de masses d'eau souterraines en état quantitatif médiocre reste limité, (…) cette problématique concerne néanmoins une large partie du bassin Adour-Garonne, pointe l'état des lieux. Les zones d'affleurements des nappes captives exploitées pour l'approvisionnement en eau potable ont fait l'objet d'une expertise particulière au regard de leur vulnérabilité face aux pollutions diffuses invitant à renforcer les actions de protection de ces ressources stratégiques ».
Les points noirs : pesticides, nitrates, prélèvement et altération hydromorphologique
Dans l'analyse des points noirs du bassin, certaines pressions ressortent particulièrement par leur impact significatif sur un grand nombre de masses d'eau. C'est le cas de la contamination à l'azote diffus qui touche 37 % des eaux superficielles. « Tous les types de masses d'eau superficielles sont concernés. Elles concernent principalement la vallée de la Garonne, les bassins de l'Adour et de la Charente ainsi qu'une partie des sables landais où se concentrent les grandes cultures (céréales et oléo-protéagineux) », détaille l'état des lieux. 31 % des eaux souterraines sont également concernées.
Autre pression significative : les pesticides. Ils pèsent sur 41 % des masses d'eau superficielle et 44 % des eaux souterraines. Les mêmes territoires que ceux touchés par les nitrates sont concernés.
Par ailleurs les prélèvements en eau imposent une pression significative à 18 % des eaux superficielles. Toutefois, là encore, la connaissance doit encore progresser notamment concernant la prise en compte l'anthropisation du bassin, la réalimentation des cours d'eau, les prélèvements en nappes libres qui jouent sur les rivières (une étude est en cours) et ceux en retenues. « Les volumes prélevés en retenues représentent 145 millions de m3, soit 14 % du milliard de m3 consommés annuellement sur le bassin Adour-Garonne tous usages confondus, rappelle l'état des lieux. En l'absence de la connaissance du caractère connecté ou déconnecté, ces volumes prélevés en retenues (à 95 % pour l'irrigation) n'ont pas pu être pris en compte dans les calculs. Une amélioration de la connaissance reste encore nécessaire concernant ces retenues, afin d'identifier si elles sont connectées ou pas au cours d'eau afin de pouvoir mieux les prendre en compte dans le calcul de la pression prélèvement des masses d'eau rivières ». Les prélèvements pèsent sur 21 % des nappes souterraines.
Le bassin s'avère aussi très concerné par les perturbations hydromorphologiques : 52 % des rivières subissent des altérations de leur continuité, 44 % de l'hydrologie et 63 % de leur morphologie. De façon globale, l'hydromorphologie est affectée significativement pour 71 % des masses d'eau côtières et de transition (artificialisation des berges et présence de dragage).
« Les pressions diffuses (azote et phytosanitaires), les pressions de prélèvement et les altérations de l'hydromorphologie subissent globalement une légère hausse invitant à renforcer les plans d'actions visant à répondre à ces problématiques », recommande l'état des lieux.





