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La Suisse généralise le traitement des micropolluants dans ses stations d'épuration

Micropolluants : la lutte s'intensifie Actu-Environnement.com - Publié le 28/11/2016

Après dix ans de réflexion, la Suisse s'attaque aux micropolluants dans ses stations d'épuration. Cent vingt stations vont ainsi être équipées d'ici 2035 pour abattre 80% des micropolluants. Elles seront financées grâce à une nouvelle taxe nationale.

Micropolluants : la lutte s'intensifie  |    |  Chapitre 3 / 11
La Suisse généralise le traitement des micropolluants dans ses stations d'épuration
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Contrairement à la France qui privilégie la réduction des émissions de micropolluants à la source, la Suisse a choisi une autre voie : la réduction en aval dans les stations d'épuration (Step). Château d'eau de l'Europe avec les sources du Rhin et du Rhône, notre voisin estime qu'il a une "responsabilité internationale" en matière de qualité de l'eau. Le Rhin et le lac Léman sont en effet une source d'eau potable pour respectivement 20 millions et 850.000 personnes.

Une mise aux normes globale des stations

 
Cette nouvelle taxe [pour financer la mise aux normes des Step, incluant le traitement des micropolluants] semble pour le moment plutôt bien accueillie par la population qui a une sensibilité environnementale marquée.  
Christophe Mechouk, LAUSANNE
 
Au cours des dix dernières années, la Suisse a élaboré sa stratégie grâce à plusieurs projets de recherche et d'essais pilotes. Elle a mis au point un catalogue d'actions allant de l'information des utilisateurs de substances à la restriction de certains usages en passant par la mesure au niveau des principaux émetteurs. Mais l'action la plus centralisée et la plus marquante est la mise en place de traitements complémentaires au niveau des stations d'épuration pour éliminer un grand nombre des substances rejetées dans les eaux usées.

"Le parc de stations d'épuration suisse est vieillissant. Il date majoritairement des années 70", explique Christophe Mechouk, chef de la division Etudes et construction au service de l'eau de la ville de Lausanne. Les études de faisabilité technique et économique ont démontré qu'à l'occasion de la mise aux normes des stations, ça ne coûterait pas beaucoup plus cher d'aller jusqu'au traitement des micropolluants : +10%. Un surcoût que la fédération suisse a jugé "raisonnable" au regard des bénéfices attendus pour l'environnement. Un grand plan de travaux a donc été lancé pour la période 2015-2035 sur 120 stations d'épuration.

Une taxe nationale pour tout financer

En Suisse, 97% de la population est raccordée au réseau de collecte des eaux usées et les stations d'épuration sont nombreuses. Dans certains cas, elles influencent beaucoup la qualité des cours d'eau dans lesquels leurs effluents sont rejetés. Le plan de travaux se concentre par conséquent sur les Step situées sur des cours d'eau à haute sensibilité écologique et/ou celles dont le volume représente une part importante des débits. Le plan vise aussi les stations situées dans les bassins versants des lacs, en zone karstique et sur les cours d'eau servant à produire de l'eau potable.

Les 120 stations concernées représentent 3,7 millions d'habitants soit près de la moitié de la population suisse. Le coût de ces travaux a été chiffré à 1,2 milliard d'euros environ. Alors qui va payer ? La population, répond la Suisse. Depuis le 1er janvier 2016, les habitants paient une nouvelle taxe de 9 euros par an. Elle alimente un fonds national qui finance 75% des travaux de chaque station. Une fois les travaux réalisés sur leur station, les habitants n'acquitteront plus cette taxe. Les frais d'exploitation supplémentaires liés aux nouveaux traitements (estimés à 10% du coût actuel) resteront à la charge des stations d'épuration qui l'imputeront via la facture d'eau à leurs abonnés. "Cette nouvelle taxe semble pour le moment plutôt bien accueillie par la population qui a une sensibilité environnementale marquée. Elle a fait l'objet également d'une longue réflexion", analyse Christophe Mechouk.

Un objectif d'abattement de 80%

Côté traitement, la Suisse a été convaincue par l'ozonation et l'adsorption sur charbon actif. Déjà utilisée pour le traitement de l'eau potable, l'ozonation consiste à utiliser les capacités d'oxydation de l'ozone pour détruire les molécules. Associé au charbon actif qui piège les molécules réfractaires à l'ozone, ce traitement permet un abattement global de 80%. C'est donc à ce niveau d'exigence que toutes les Step suisses devront répondre alors qu'aujourd'hui elles n'éliminent qu'entre 20 et 40% des micropolluants.

Chaque station va décider des traitements nécessaires en fonction des caractéristiques de ses eaux usées et des traitements déjà existants. Afin de suivre l'efficacité des traitements, la Suisse a établi une liste de molécules à mesurer. Une douzaine de substances d'origine médicamenteuse ou leur métabolite sont visées. Six seront suivies dans toutes les stations concernées. Six autres seront surveillées en fonction du contexte local. Cette liste sera remise à jour tous les cinq ans.

"A Lausanne par exemple, la mise en service des nouveaux traitements des micropolluants est prévue pour fin 2021. Les laboratoires du canton de Vaud et du service de l'eau assureront le suivi des performances au travers d'analyses ciblées", explique Christophe Mechouk. La ville teste également un suivi biologique de ces effluents grâce à des larves de têtards. Développés par le laboratoire français Watchfrog, ces organismes deviennent fluorescents lorsque leur physiologie est perturbée. "Les micropolluants ne peuvent pas se résumer à une liste précise de substances. Ce sont des contaminants de l'eau dont le terme englobe des substances qui peuvent avoir des effets de pollution à de faible concentration", explique Grégory Lemkine, co-fondateur de Watchfrog. "Les outils biologiques mesurent un impact global, combinatoire. L'effet cocktail est ainsi pris en compte. On ne cherche pas la cause de la perturbation mais on cherche à savoir si « c'est grave docteur »", ajoute-t-il.

Réflexions en cours sur l'eau potable

La Suisse s'interroge également sur la présence des micropolluants dans l'eau utilisée pour la production d'eau potable. Depuis deux ans, Lausanne réalise des essais pilotes visant à estimer les performances des technologies de traitement actuelles.

La réglementation Suisse en matière d'eau potable demande un suivi de la présence des composés organiques à caractère ou potentiellement génotoxique. Leur concentration dans l'eau potable ne doit pas excéder 0,1 μg/L pour chaque substance contre 10 μg/L pour les substances non génotoxiques. "Depuis 2010, notre laboratoire interne suit 140 micropolluants en routine en entrée et en sortie de nos usines et de nos sources, explique Christophe Mechouk. Nous retrouvons dans les eaux brutes à l'entrée de l'usine de Saint Sulpice située en aval de la station d'épuration de Lausanne une vingtaine de molécules en permanence. Les concentrations varient de quelques dizaines de nanogrammes par litre à 500 ng/L pour la metformine, un antidiabétique, qui n'est pas une molécule génotoxique, sa limite de qualité est de 10.000 ng/l".

Les mesures effectuées témoignent également que la chaîne de traitement actuelle est inefficace en ce qui concerne les micropolluants. La ville a décidé de faire appel aux essais biologiques afin de suivre le potentiel toxique des eaux en amont et en aval des nouveaux traitements envisagés. Ce qui permettra dans un second temps d'évaluer en continu la présence/absence de perturbations thyroïdienne et/ou oestrogénique. Résultats d'ici quelques mois.

Florence Roussel

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