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Actu-Environnement

“La certification HQE ne doit pas être une machine à empêcher de penser”

Président de l'Association HQE® depuis sa création en 1996, Dominique Bidou repositionne pour Actu-environnement.com, le concept de Haute Qualité Environnementale appliqué au bâtiment au regard de la notion de développement durable et des certifications.

Interview  |  Energie  |    |  Françoise Ascher Actu-Environnement.com
   
“La certification HQE ne doit pas être une machine à empêcher de penser”

   
AE : La démarche HQE des opérations de bâtiment est aujourd'hui largement diffusée. Toutefois, sa déclinaison en référentiels de certification semble pour certains, déformée. Qu'en pensez-vous ?
DB : La mise en place d'une démarche HQE telle que définie par l'Association et reprise par la norme NF P 01-020-1 de mars 2005, impose une approche système structurée autour de 14 cibles. Il s'agit donc d'optimiser un système, non pas de privilégier certaines entrées. Choisir de réaliser un chantier propre ou de respecter des performances énergétiques ne suffit pas à faire de la HQE ! En fait, les cibles ne vont pas sans le management et c'est précisément au niveau du management que se situe cette approche système. En pratique, à moins de disposer de moyens extensibles à l'infini, un maître d'ouvrage est amené, après analyse du contexte de l'opération, à prioriser des thèmes. C'est-à-dire que sur les 14 objectifs qu'il peut se donner, il va choisir de consacrer davantage d'effort sur les enjeux qui lui semblent les plus stratégiques et déterminants pour le succès de son projet. Par rapport au système anglo-saxon, nous avons voulu laisser au maître d'ouvrage cette liberté de définir sa politique, tout en lui demandant de justifier les objectifs qu'il assigne à son opération pour se situer de manière significative, supérieure à la moyenne et à la réglementation. Qu'elle prétende ou non à une certification, la démarche HQE oblige à garder cet esprit système !

AE : Le principe de l'évaluation n'est-il pas réducteur ?
DB : Les pays anglo-saxons ont conçu des systèmes basés sur l'évaluation, c'est-à-dire répondant à la question : À quoi reconnaît-on un bâtiment bon pour l'environnement ? En d'autres termes : Comment noter ? Nous avons préféré travailler sur la manière de concevoir et de construire un bâtiment bon pour l'environnement. C'est la démarche HQE ! Malgré tout, la manière de concevoir et de construire le bâtiment n'élude pas la question de la garantie de résultat. Et cette demande légitime de la part des utilisateurs a créé le besoin d'évaluer. Mais l'évaluation ne concerne pas la manière de construire. Elle n'implique pas forcément des systèmes de préférence sur lesquels les acteurs risquent de se focaliser, négligeant la réflexion globale. Il ne faut pas mélanger les outils d'évaluation et les outils de création ! En outre, toute démarche de progrès suppose une phase d'audit pour situer les points durs et les pistes d'amélioration ! Contrairement aux Anglo-Saxons, la démarche ne part pas de cette évaluation, mais elle requiert une certaine complicité de la part de tous les acteurs.

AE : Vous avez parlé d'un bâtiment bon pour l'environnement. Qu'en est-il du développement durable ?
DB : La HQE ne se limite pas à la prise en compte de l'environnement. Un certain nombre de paramètres concernant la santé, la qualité de vie des personnels sur le chantier ou la maîtrise des charges d'habitation par exemple, appartiennent au volet social. Pour moi, agir en faveur d'un développement durable consiste à adopter une politique favorable à toutes les portes d'entrée, quel qu'en soit l'accès ! Si le contenu du développement durable s'avère si difficile à définir, c'est précisément parce qu'il est mouvant et relatif. Et j'ai la conviction profonde que dans cette situation non idéale, des instruments comme la HQE permettent aux acteurs et notamment au maître d'ouvrage, d'alimenter ou de rentrer dans sa dynamique. Mener une démarche HQE au rabais pour décrocher une récompense sur une opération, ne peut satisfaire un tel objectif ! L'approche environnementale induit en effet, une interaction entre les divers éléments du système, les paramètres personnels et les grands enjeux collectifs - qu'il s'agisse du paysage, de l'écoulement des eaux pluviales, de l'effet de serre, etc. Et cette recherche d'équilibre dans la gestion de ces divers facteurs souvent contradictoires (plus de confort, plus de lumière naturelle et moins d'énergie consommée), fait de la HQE un véritable apprentissage du développement durable à intégrer dans sa stratégie.

AE : De façon plus institutionnelle, quelles sont les relations entre l'Association HQE et les organismes de certification ?
DB : La certification offre la possibilité aux maîtres d'ouvrage de faire reconnaître par tierce partie, la qualité environnementale de leur démarche et son expression dans la réalisation. Dans ce cadre, c'est l'Association qui fournit l'autorisation d'utiliser le titre HQE, qui étudie et approuve les référentiels de certification mis au point par des organismes certificateurs indépendants. C'est vrai aujourd'hui pour la certification NF Bâtiments Tertiaires - Démarche HQE®. Ce sera vrai pour les certifications NF Maison individuelle - Démarche HQE® et NF Logement - Démarche HQE®. Même si ces déclinaisons du référentiel de base peuvent paraître simplifiées, elles fonctionnement sous surveillance de l'Association. En fait, le point dur viendrait plutôt de la multiplication des AMO HQE qui ont tendance à exiger des solutions, alors qu'ils devraient aider à se poser les bonnes questions. D'où un sentiment de créativité bridée. Une meilleure intégration de la compétence HQE, aussi bien du côté de l'équipe de maîtrise d'œuvre que de la maîtrise d'ouvrage, éviterait de doubler les contrats. Quitte à faire appel à un spécialiste HQE, autant que l'AMO ou le programmiste s'adjoigne ce savoir-faire HQE, soit en l'acquérant lui-même, soit en allant chercher une compétence complémentaire à l'extérieur, mais sous son unique responsabilité. Il en va de même du mode de calcul des aides de l'Ademe, qui oblige à identifier la partie HQE de l'opération plutôt qu'à l'intégrer. Mais je ne maîtrise pas les forces de vente de la HQE !

AE : En définitive, à quoi sert la certification ?
DB : L'Association a pour ambition de sensibiliser l'ensemble des acteurs du bâtiment, de la maîtrise d'ouvrage jusqu'aux intervenants en entretien-maintenance. Elle constitue un lieu où peuvent se rencontrer des intérêts divergents qui constituent sa richesse. Il ne faut pas juger la HQE opération par opération. L'évaluation de l'ouvrage lui-même est bonne pour les utilisateurs. À condition d'avoir intégré dès la conception du bâtiment, la manière dont il va vivre pour créer un influx durable ! Les maîtres d'ouvrage qui exploitent eux-mêmes les bâtiments construits, se montreront plus intégrateurs et effectueront un véritable bilan en interne. En revanche, les constructeurs privés qui commercialisent, vont rechercher une reconnaissance vis-à-vis de leurs investisseurs et de leurs futurs clients pour asseoir la qualité de leurs produits. La certification n'est pas obligatoire et n'existe que pour ceux qui en ont besoin. Elle ne constitue pas une fin en soi. C'est une aide, pas une machine à empêcher de penser. Le risque serait que les intéressés s'en tiennent au certificat. Or des équipes de conception suffisamment ouvertes et un niveau d'exigences élevé doivent booster la créativité, pas l'enfermer !


* Créée à l'initiative du PUCA (Plan d'urbanisme construction et architecture), l'Association HQE est chargée de faire connaître et de développer la qualité environnementale dans les bâtiments.

En savoir plus :

* ''Tous gagnants, la dynamique du développement durable'', Dominique Bidou, Ibis Press (réédition en 2004 ). Préfacé par Michel Edouard Leclerc et postfacé par Jean-Claude Antonini, cet ouvrage donne les bases du développement durable de manière attractive avec humour et humanisme.
* www.assohqe.org

Réactions1 réaction à cet article

 
Démarche HQE ou excuse HQE

Bonjour,

J'habite Neuf-Berquin dans le Nord, petite commune rurale de 1200 habitants.

J'ai toujours eu le respect de la nature, le souci du respect de l'environnement,mais je suis outré de voir qu'une entreprise qui veut être estampillée HQE brûle des déchets, dont certains en plastique, au fond de son terrain.

Nous sommes entourés de champs de blé, de mais, de culture multiples, il y a des animaux qui vivent près de chez nous (pic-vert, coucou, grenouille, crapaud, rongeurs et chouettes...).

Comment peut-on se dire entreprise HQE et avoir une attitude foncièrement contraire à la qualité environnementale!

misot | 28 août 2009 à 14h24
 
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