En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

''Le développement durable ne constitue pas une couche de plus, il consiste à accomplir différemment ce que l'on faisait jusqu'ici.''

À la tête de la délégation interministérielle au développement durable créée en juin dernier, Christian Brodhag, ancien directeur de recherches à l'Ecole nationale supérieure des Mines de Saint-Etienne, a la charge d'animer et de coordonner l'action de l'ensemble des administrations de l'Etat et de ses établissements publics en faveur du développement durable. Il dresse pour Actu-environnement.com, un premier bilan d'avancement.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Françoise Ascher  |  Actu-Environnement.com
   
''Le développement durable ne constitue pas une couche de plus, il consiste à accomplir différemment ce que l'on faisait jusqu'ici.''

   
AE : Le poste de délégué interministériel traduit une approche transversale totalement nouvelle. À quel constat répond sa création ?
CB : Le développement durable, c'est finalement l'intégration de la problématique des limites de la planète au développement en général. Il suppose de repenser le développement économique et social pour tenir compte d'un certain nombre de problèmes de type effets de serre ou d'impacts locaux sur l'environnement. Donc, le développement durable conduit à reconsidérer la vision même que l'on a de l'environnement - où l'on accorde souvent plus d'importance aux aspects globaux qu'à la problématique locale. Cette approche nécessite de se poser la question de l'environnement dans toutes les décisions stratégiques. Ainsi, l'entreprise doit s'interroger sur : quel produit, pourquoi, quel service, quel impact en amont même de la conception mais aussi à toutes les étapes de la gestion ! Là est la nouveauté, car les acteurs qui jusqu'ici ne se préoccupaient pas des impacts de leurs activités sur l'environnement, sont obligés de s'y intéresser. Et ce changement assez profond multiplie les partenaires !

AE : Votre mission va de pair avec un décloisonnement. Quels sont vos moyens ?
CB : La stratégie nationale de développement durable (SNDD) arrêtée le 3 juin 2003, a défini un programme avec plus de 600 mesures visant à intégrer cette démarche à l'action quotidienne du Gouvernement, pour devenir exemplaire. À l'instar des entreprises, l'Etat vient de publier un premier tableau de bord de l'avancement de chacune de ces mesures. Cette idée de rendre compte est assez nouvelle. Pour gérer la coordination interministérielle, chaque ministère a désigné un haut fonctionnaire en charge du développement durable. Il s'agit d'hommes d'expérience déjà en place, avec une mission partielle ou à temps plein en fonction des ministères. Soit une vingtaine de HFDE que j'ai la tâche de coordonner et d'animer en réseau de façon à faire progresser un certain nombre de thèmes. C'est l'aspect mobilisateur ! À l'heure actuelle, les questions en débat portent sur l'éco-responsabilité de l'administration en matière d'achat de produits, de consommation d'eau et d'énergie, de recours à des véhicules propres, de construction Haute Qualité Environnement, etc. Chacune des administrations doit répondre à des objectifs. Ce processus implique de mettre en place des systèmes de suivi, des programmes de mobilisation et des référentiels d'achats. Du reste, le site Internet ''administration éco-responsable'' sera prochainement remis à jour pour permettre à toutes les administrations d'intégrer correctement ces critères.

AE : Quelles sont les incidences d'un tel dispositif ?
CB : Au-delà de l'avancement des mesures, une réflexion sur les indicateurs de caractérisation du développement durable s'avère nécessaire pour évaluer si la stratégie réussit ou pas. Les propositions ont été publiées. Elles doivent être affinées au niveau de la pertinence des indicateurs et des informations à capter pour apprécier leur évolution. Viennent se greffer d'autres questions prospectives, notamment à travers le dossier ''Changement climatique''. La signature du protocole de Kyoto implique désormais pour la France, de réduire de 3 % ses émissions de gaz à effets de serre chaque année. Ce changement de vitesse* pose des problèmes de fond sur l'évolution des technologies et des territoires. Ainsi, les déchets, les transports et le bâtiment, qui représentent plus de la moitié des gaz à effets de serre émis, sont en expansion rapide. Il va falloir mobiliser les collectivités pour qu'elles assument au mieux leur éco-responsabilité, par exemple en évitant l'étalement urbain, en coordonnant mieux les transports collectifs et individuels, etc. Des pratiques nouvelles dites d'écologie industrielle et de gestion plus systémique s'imposent déjà aux professionnels en relation avec le territoire. Au niveau d'une zone d'activités par exemple, on fera en sorte que les déchets d'une entreprise soient les matières premières d'une autre, etc. On a devant nous un vaste champ de coopération entre les collectivités locales et les entreprises. L'autre enjeu consiste à mettre en place les procédures qui vont permettre à l'Etat et aux collectivités locales de cogérer ces questions d'environnement ensemble. Et donc, d'intégrer cette notion de développement durable dans les contrats de plan en cours de préparation !

AE : Quelles seraient vos suggestions ?
CB : On ne peut pas demander aux acteurs d'avoir des comportements respectueux sans qu'ils disposent de données fiables. Or, les bonnes informations sont générées par ceux qui les utilisent au quotidien. Je pense qu'il va falloir trouver des méthodes de coopération également entre les détenteurs d'informations, qui favorisent la coproduction des données et le suivi. Peut-être y a-t-il aussi des déplacements de l'emploi public à envisager sur le développement durable. Il ne faut pas forcément penser en moyens additionnels, mais en requalifiant des moyens existants. En fait, le développement ne constitue pas une couche de plus, il consiste à accomplir différemment ce que l'on faisait jusqu'ici. Avec l'application de la stratégie nationale, la problématique se pose aujourd'hui, en termes d'organisation et de mobilisation. C'est un peu ma tâche !

*Pour limiter le réchauffement climatique, il convient de diviser par deux les émissions mondiales de gaz à effet de serre d'ici 2050. Ce qui implique pour les pays industrialisés une division par 5 et pour la France, une diminution d'un facteur 4, soit - 3 % par an.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager