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Actu-Environnement

Budgets carbone individuels : de la théorie à la pratique

Le cabinet TEC a simulé auprès d'un échantillon de ménages le passage vers un mode de vie plus sobre en carbone et analysé les arbitrages micro-économiques et les facteurs socio-culturels activant ou freinant la transition.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com

Quelles dynamiques sont à l'oeuvre dans le processus de construction des choix ? Quels efforts sont consentis par les ménages ? Quelles réductions d'émissions sont obtenues ? A partir d'outils d'évaluation des émissions et d'un catalogue de solutions personnalisées permettant de réduire l'empreinte carbone, une trentaine de simulations ont été réalisées sous la houlette du cabinet TEC (Tourisme Environnement Consultants), bureau d'étude sur l'énergie et le climat spécialisé dans les études socio-économiques, dans le cadre d'un programme sur les politiques d'atténuation du changement climatique financé par le Ministère de l'Ecologie.

Il en ressort une approche originale et encore inédite en France. L'objectif est de déterminer un budget carbone fixe par individu, comme le propose le Tyndall Center en Angleterre, à partir de droits d'émissions individualisés et échangeables. En projet outre-Manche, ces TEQ (Tradable Energy Quotas) proposent un système électronique de rationnement de l'énergie (essence, fuel, gaz, électricité), destiné à être mis en œuvre à l'échelle nationale sous la forme d'une carte individuelle de crédit carbone.

Les Anglais sont en avance dans ce domaine grâce à une approche pragmatique et 'bottom-up" qui leur permet d'imaginer des "villes en transition", des quotas énergiques négociables, et une prospérité sans croissance destinée explicitement à améliorer des indicateurs de bien être (well-being index). Une de leurs idées est de permettre à chaque citoyen de construire son scénario énergétique. Il s'agit d'un logiciel mis en ligne permettant de jouer sur des dizaines de facteurs concernant la demande et l'offre énergétique, de comparer, partager les résultats, de visualiser les émissions de CO2, le diagramme de flux, les coûts, les surfaces, les investissements.

Le cabinet TEC s'inspire de ces démarches en proposant un outil d'audit des comportements, carbon@home, "dont on peut imaginer qu'une commune pourrait l'offrir à ses habitants", expose Roman de Rafael, du cabinet TEC. C'est le cas de la ville de Lambesc dans les Bouches-du-Rhône, qui mène une opération pilote auprès d'un panel de ménages. Il s'agit d'abord d'impliquer les familles volontaires, en les sensibilisant à leur empreinte écologique, "un peu comme dans un régime alimentaire : nous sommes en train de mettre au point un guide sur le modèle d'un livre de recettes". En parallèle, un volet recherche est lancé pour identifier les verrous qui empêchent la généralisation des modes de vie durables et identifier les arbitrages des individus dès lors qu'ils sont confrontés à un budget carbone restreint.

Point de départ : l'audit carbone personnalisé

L'expérience menée par le cabinet TEC se veut à la croisée de l'économie expérimentale et de la socio-anthropologie, sur la base d'un travail de simulation. Comment un échantillon de 30 ménages, recrutés par le volontariat dans deux régions, PACA et Ile-de-France, issus de classes moyennes ayant des leviers de choix comportementaux, se projettent dans la simulation de la réduction de leur empreinte carbone ? Retraités ruraux, familles monoparentales péri-urbaines, écolos anti-gaspi, geeks... l'échantillon reflète des disparités comportementales fortes.

Première étape : l'audit carbone individuel, à partir d'un questionnaire à domicile. Il en ressort, dans la majorité des cas, que transport et logement représentent les deux tiers du budget carbone des ménages. Parmi eux, des profils de gros consommateurs de transport aérien, tel que Claude, qui émet 17 tonnes de CO2 par an, contre 6,3 pour un Français moyen. A l'opposé, certaines familles urbaines n'utilisant pas la voiture et l'avion n'émettent que 2,1 tonnes de CO2 par an.

Simuler un objectif de réduction

Deuxième étape : la simulation d'un objectif de réduction de 20% et de 50% des émissions de CO2 sur la base d'un catalogue de 80 solutions personnalisées et chiffrées permet de calculer combien coûterait – et rapporterait en économies d'énergie – le fait d'isoler les combles ou de ne pas prendre l'avion par exemple. "On constate une réelle appropriation et réception des résultats par les audités qui prennent conscience de leur impact et commencent à identifier leurs potentielles sources d'action tout en exprimant leur volonté ou leur réticence fasse à une perspective de réduction", souligne le rapport de TEC.

Au bout du compte, les personnes interrogées parviennent-elles à vivre et penser bas carbone ? En moyenne, les solutions consenties confirment que les ménages sont prêts à consentir une réduction de 37% de leurs émissions annuelles : "Ils parviennent à se projeter dans un imaginaire bas carbone, mais choisissent prioritairement des mesures associées au logement et à l'alimentation, alors que les transports arrivent en dernier : le renoncement au transport aérien reste difficile, l'avion étant encore un vrai marqueur social", commente Romain de Raphaël. "Les ménages préfèrent picorer en éteignant les appareils électroniques ou en utilisant moins d'emballage, bref ils consentent à de nombreux petits choix plutôt qu'ils ne renoncent aux comportements les plus émetteurs".

Carte carbone individuelle

Le renoncement à l'avion et à l'automobile restent des "domaines de conquête" qui pourraient cependant être motivés par une réduction des dépenses dans le budget familial. L'avantage des modes de vie bas carbone est en effet qu'ils sont moins coûteux, et que les comportements vertueux peuvent donner lieu à un enrichissement des relations sociales : "Une certaine austérité est compensée par l'amélioration de la qualité de la vie : meilleure alimentation par l'achat de produits locaux, entraide, troc, AMAP", selon les rapporteurs de TEC.

Alors, comment rendre désirable la vie bas carbone ? Pour le cabinet TEC, il faut que l'action individuelle soit publiquement légitimée et reconnue. Etre éco-acteur n'est pas motivant si l'Etat ne fait rien. Celui-ci, tout comme les collectivités locales et les entreprises doivent se rendre exemplaires. Quant aux outils, ils sont déjà expérimentés en Angleterre et pourraient l'être en France : à l'échelle individuelle, une carte carbone permettant d'échanger des permis individuels négociables serait une piste alternative à la taxe carbone.

Réactions2 réactions à cet article

 

Franchement, se prendre le chou à faire des enquêtes complexes alors que chacun sait que le levier unique utilisable pour réduire les émissions CO2 des ménages est le porte-monnaie... donc en instituant la taxe carbone.
Après il me semble utile de réfléchir à comment redistribuer la manne de la taxe carbone aux plus pauvres pour qu'ils ne voient pas leur pouvoir d'achat diminuer.

zedlim | 19 septembre 2012 à 13h57
 
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Qu'est-ce qu'on attend ? Serait-ce si difficile de copier ce qui est intéressant chez nos voisins européens ? Nous, pauvres consom'acteurs, nous désespérons de voir une avancée au niveau collectif.A part des commissions, des observatoires, des plans et que sais-je encore, on est comme soeur Anne : on ne voit rien venir surtout dans nos campagnes.

barti | 20 septembre 2012 à 17h33
 
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