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Désinvestir les fossiles : quand l'Agence internationale de l'énergie rejoint le discours des ONG

Pour limiter le changement climatique, il faut cesser dès maintenant les investissements dans les énergies fossiles, indique l'AIE. Une voie que défendent les ONG depuis des années...

Energie  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com

Cela fait des années que les associations de défense de l'environnement appellent à un désinvestissement des énergies fossiles pour limiter la hausse des températures. C'était notamment leur mot d'ordre lors du sommet de Paris sur le climat (COP 21) en 2015. Aujourd'hui, ce discours est repris par l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Dans un nouveau rapport, cette dernière plaide pour un arrêt immédiat des investissements dans les fossiles pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

Intitulé Zéro émissions nettes en 2050, ce rapport étudie « comment passer à un système énergétique à zéro émission nette d'ici 2050 tout en garantissant un approvisionnement énergétique stable et abordable, garantissant un accès universel à l'énergie et une croissance économique robuste ».

Le rapport, jugé historique, sera présenté lors de la COP 26 qui aura lieu en novembre prochain à Glasgow (Écosse). « Je salue ce rapport, qui définit une feuille de route claire pour la neutralité carbone et qui partage bon nombre des priorités que nous avons fixées en tant que prochaine présidence de la COP. Notamment l'idée que nous devons agir maintenant pour développer les technologies propres dans tous les secteurs et éliminer le charbon et les véhicules polluants au cours de la prochaine décennie », a réagi le président de la COP 26, Alok Sharma.

 
Le monde en 2050, selon l'AIE En 2050, la demande mondiale d'énergie sera environ 8 % inférieure à celle d'aujourd'hui, mais elle servira une économie deux fois plus grande et une population ayant grossi de 2 milliards d'habitants. Pour atteindre la neutralité carbone, 90 % de la production d'électricité devra être renouvelable, près de 70 % provenant de l'éolien et du photovoltaïque. Le nucléaire et l'hydroélectricité compléteront ce mix. La consommation de combustibles fossiles aura été divisée par 4 ou 5. Ils resteront utilisés dans la fabrication du plastique, dans des installations équipées de captage du carbone ou encore dans des secteurs où les options technologiques à faibles émissions sont rares.
 

2021-2030 : l'urgence de passer à l'action

Parmi les jalons indispensables à passer pour atteindre la neutralité carbone, le premier est l'arrêt, dès 2021, de tout nouvel investissement dans des projets d'exploitation de gisements de gaz, de pétrole et de charbon ainsi que dans de nouvelles centrales à charbon. En parallèle, l'AIE appelle « au déploiement immédiat et massif de toutes les technologies énergétiques propres et efficaces disponibles, combiné à une impulsion mondiale majeure pour accélérer l'innovation ». Ainsi, à l'échelle mondiale, elle estime qu'il faudra atteindre, d'ici 2030, 630 gigawatts (GW) annuels de photovoltaïque et 390 GW annuels d'éolien, soit quatre fois plus qu'en 2020. « Pour le photovoltaïque, cela équivaut à installer le plus grand parc solaire actuel du monde à peu près tous les jours », illustre l'agence.

L'efficacité énergétique ne devra pas être oubliée : elle devra être améliorée de 4 % par an en moyenne d'ici 2030, « soit environ trois fois la moyenne des deux dernières décennies ».

La vente de chaudières à combustibles fossiles devra cesser en 2025, celle de véhicules à combustion en 2035. À partir de 2030, les nouveaux bâtiments devront être neutres en carbone et 60 % des véhicules vendus seront électriques. En 2040, la moitié du parc de bâtiments existant devra être rénové aux normes bas carbone.

Pour passer le deuxième cap, menant à 2050, l'AIE compte sur des technologies de rupture, actuellement en phase de démonstration ou à l'état de prototype : batteries avancées, électrolyseurs pour l'hydrogène, captage et stockage de CO2... « Cela exige que les gouvernements augmentent et redéfinissent rapidement les priorités de leurs dépenses de recherche et développement - ainsi que de démonstration et de déploiement de technologies énergétiques propres - en les plaçant au cœur de la politique énergétique et climatique », prévient-elle. Des défis devront également être relevés concernant notamment l'approvisionnement en métaux critiques et la cybersécurité.

Des conséquences géopolitiques à prendre en compte

L'investissement énergétique annuel est estimé à 5 000 milliards de dollars d'ici 2030. « La transition doit être juste et inclusive, ne laissant personne de côté. Nous devons veiller à ce que les économies en développement reçoivent le financement et le savoir-faire technologique dont elles ont besoin pour développer leurs systèmes énergétiques afin de répondre aux besoins de leurs populations et économies en expansion de manière durable », souligne le Dr Fatih Birol, président de l'AIE.

De même, la contraction de la production de pétrole et de gaz naturel aura des impacts profonds sur les pays producteurs, avec de fortes chutes de revenus. Une situation à ne pas négliger dans le contexte géopolitique de demain.

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