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Nucléaire et sécheresse : EDF va demander un assouplissement des règles de rejets d'eau

EDF souhaite que les textes réglementaires encadrant les rejets d'eau chaude des centrales nucléaires soient assouplis. Par ailleurs, elle juge très difficile d'équiper toutes les centrales d'aéroréfrigérants, comme l'a évoqué Emmanuel Macron.

Eau  |    |  P. Collet
Nucléaire et sécheresse : EDF va demander un assouplissement des règles de rejets d'eau

Il va devenir de plus en plus difficile de respecter les limites de température à l'aval des rejets des centrales nucléaires, estime EDF. En outre, ces limites ne correspondent plus aux conditions environnementales actuelles, selon l'entreprise qui plaide pour une réforme. La suppression de cette limite pour certaines centrales constitue « l'orientation principale » des modifications réglementaires demandées par EDF, explique Cécile Laugier. La directrice environnement et prospective de la direction de la production nucléaire de l'électricien précise que l'entreprise « s'en est ouvert à l'Autorité de sûreté nucléaire ». Par ailleurs, la demande d'Emmanuel Macron d'implanter des tours aéroréfrigérantes ne reçoit pas un accueil très favorable (lire encart).

Une réglementation à trois étages

Concrètement, les rejets d'eau chaude de chaque centrale nucléaire sont encadrés par des arrêtés ou des décisions de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Pour chaque site, ces textes plafonnent ces rejets en condition climatique normale et en condition climatique exceptionnelle : une limite pour la température en aval après mélange (souvent de l'ordre de 28 °C en condition normale) et une autre pour l'échauffement de l'eau entre la prise à l'amont et le rejet à l'aval (de l'ordre de + 3 à + 5 °C pour les centrales sans tour aéroréfrigérante et de quelques dixièmes pour celles dotées de tours).

Ajouter des aéroréfrigérants : mission quasi impossible

Une des façons de limiter l'impact thermique des centrales consiste à les équiper de tours aéroréfrigérantes. L'eau rendue au milieu est en plus faible quantité (23 % sont évaporés), mais quasiment à la température initiale. Emmanuel Macron, à l'occasion de la présentation du Plan eau, a laissé entendre que cette solution devait être généralisée. Aujourd'hui, huit réacteurs, sur les 38 en bord de cours d'eau, n'en disposent pas.
EDF étudie le sujet et constate d'abord que la mesure ne figure pas explicitement dans le Plan eau. Logique, estime l'entreprise, puisqu'il s'agit d'une mesure à moyen terme, alors que le plan vise le court terme.
Surtout, « c'est très difficile à envisager, car c'est très cher et très complexe, et ça nécessite un long arrêt des réacteurs ». Le plus souvent, « c'est à la limite du faisable ». Une exception toutefois : Saint-Alban, puisque c'était envisagé à l'origine. Mais le territoire s'y est opposé pour des raisons de paysage, rappelle EDF.
En moyenne, depuis 2000, l'application de ces règles environnementales n'a entrainé qu'une perte de 0,3 % de la production annuelle du parc nucléaire, soit environ 1,2 térawattheure (TWh). Une exception toutefois, la canicule de 2003 qui a causé une perte de 6 TWh. Mais les projections d'EDF montrent que l'exception de 2003 pourrait devenir la règle en 2050. L'entreprise estime qu'au milieu du siècle, elle perdra environ 1,5 % de sa production.

Surtout, l'an dernier, la situation a pris un tournure nouvelle. EDF a dû demander l'application d'un régime dérogatoire pour « situations exceptionnelles » afin de maintenir en fonctionnement les centrales de Saint-Alban (Isère), Tricastin (Drôme), Bugey (Ain), Blayais (Gironde) et Golfech (Tarn-et-Garonne).

Un signal important

Finalement, ces dérogations ont été relativement peu utilisées (elles s'appliquaient de mi-juillet à mi-septembre). Le Blayais a fonctionné en condition climatique normale tout l'été. Saint-Alban et Tricastin en condition climatique exceptionnelle (donc sans régime dérogatoire) pendant respectivement un et neuf jours. Restent le Bugey, qui a fonctionné six jours en régime dérogatoire, et Golfech, qui y a eu recours pendant sept jours. À la clé : un gain de 0,2 TWh.

Mais, pour EDF, il s'agit d'« un signal important », explique Cécile Laugier. En particulier parce qu'il s'agit d'une première depuis 2006 et la création de ce régime dérogatoire. Cette alerte conduit EDF à « réinterroger le cadre réglementaire » pour tenir compte des évolutions des températures des fleuves et des régimes hydrologiques. En l'occurrence, un récent rapport de la Cour des comptes recommandait déjà de « mettre à jour les fondements scientifiques justifiant les limites réglementaires applicables aux rejets thermiques ».

Supprimer les limites de température à l'aval

Concrètement, EDF compte demander une révision des textes visant les centrales les plus sensibles. L'entreprise ne remet pas en cause la limite concernant l'écart de température entre l'eau puisée en amont et celle rejetée en aval. En revanche, le respect de la limite de température de l'eau à l'aval présente des inconvénients. Aujourd'hui, explique Cécile Laugier, il arrive que l'eau puisée en amont soit très proche ou dépasse cette limite, ce qui rend impossible son respect. L'entreprise défend donc une suppression de ce plafond pour les centrales équipées de tours aéroréfrigérantes.

En substance, EDF estime que l'impact environnemental du site se mesure par l'écart de température entre l'amont et l'aval, mais pas par la température de l'eau à l'aval qui dépend aussi de celle du fleuve.

Il n'y a pas encore eu de demande officielle, mais les discussions sont engagées, notamment avec l'ASN. Les modifications se feront au fil des demandes déposées par EDF pour réviser les arrêtés encadrant les rejets d'effluents des centrales. La procédure est longue et nécessite une consultation du public. « On essaie de faire remonter dans la file les dossiers prioritaires concernant les cinq centrales qui ont fait l'objet d'arrêtés dérogatoires », explique Cécile Laugier.

Pas d'impact notable à court terme

Et pour convaincre les pouvoirs publics, EDF avance deux arguments. Le premier concerne les évolutions climatiques enregistrées depuis la mise en service des réacteurs. Les données collectées par EDF depuis quarrante ans et les projections pour les années à venir montrent que les conditions environnementales jugées exceptionnelles dans les années 1970 deviennent (où vont devenir) plus fréquentes. Conséquence : les valeurs des textes réglementaires ne correspondent plus au fonctionnement actuel des écosystèmes.

Le second argument concerne le suivi environnemental des sites ayant bénéficié de dérogations. Les dépassements des limites réglementaires n'ont eu « aucun impact notable sur les paramètres à temps de réponse court : physico-chimie, microbiologie, plancton, diatomées », explique EDF. Même constat concernant la mortalité piscicole et la structure du peuplement. Seule « une densité et une proportion de juvéniles en baisse [ont été mesurées] à l'aval de Saint-Alban jusqu'à l'automne, mais dans des gammes de valeurs déjà rencontrées à cette station ». Reste toutefois à connaître le résultat de la surveillance des peuplements piscicoles et de leur état sanitaire, deux données qui se mesurent sur un temps plus long.

Réactions3 réactions à cet article

devraient être pris en compte au moins :
- le réchauffement des eaux avales qui modifie totalement le peuplement piscicole
- l'évaporation due au refroidissement provoquant une perte d'eau peu compatible en regard des plans sécheresse

babucologne | 19 mai 2023 à 09h48 Signaler un contenu inapproprié

et en plus le bilan énergétique des centrales nucléaires à fission est négatif ...

laurent | 21 mai 2023 à 04h50 Signaler un contenu inapproprié

On pourrait arroser des milliers d' hectares avec de l'eau à 28°c, le seul problème c'est le tritium qu'on dilue dans les rivières et ça personne ne veut en parler ...

laurent | 17 juillet 2023 à 09h20 Signaler un contenu inapproprié

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