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Feu vert pour un nouveau site d'extraction de sables coquilliers en Bretagne

Le ministère de l'Economie a publié le décret autorisant l'ouverture d'un nouveau site d'exploitation de sables coquilliers au large de Lannion. L'autorisation de travaux à venir doit préciser le suivi environnemental prévu.

Biodiversité  |    |  Florence RousselActu-Environnement.com

Le décret autorisant l'exploitation d'un nouveau site de sables coquilliers en Bretagne a été publié le 16 septembre. En signant ce texte, le ministre de l'Economie traduit concrètement l'autorisation informelle donnée en avril dernier à la Compagnie armoricaine de navigation (CAN) porteuse du projet. Cette filiale du fabricant de fertilisants Roullier, a décidé d'accentuer le recours aux sables marins coquilliers. Ces accumulations de débris de coquilles, présentes sous forme de dunes sous-marines au large des côtes, sont une source d'amendements calcaires utiles aux agriculteurs de la région pour contrer l'acidité de leur sol. C'est un produit de substitution au maërl, ces débris d'algues riches en calcaire dont l'exploitation est désormais interdite dans le respect de la directive Habitat.

Selon le décret, la CAN pourra exploiter pendant 15 ans une zone de 4 km2 dans la baie de Lannion (22), soit "moins de 5% de l'ensemble de la dune concernée", selon le ministère de l'Economie. La superficie d'exploitation annuelle sera limitée à 1,5 km2. Le volume d'extraction ne pourra excéder 250.000 m3 par an alors que la CAN en demandait 400.000 m3 sur une durée de 20 ans. Au final, l'exploitant pourrait extraire 3 millions de m3 de sables sur toute la période d'exploitation. Le gisement de la dune est estimé à 186 millions de m3.

Gisements de granulats marins calcaires dont l'exploitation est autorisée ou en cours d'autorisation © DEB/MEDDE
 
Un impact écologique jugé non significatif

Située à moins d'un kilomètre de deux zones classées Natura 2000 dont celle de la Réserve des Sept-Iles, la plus importante réserve ornithologique de France, ce projet a suscité l'inquiétude des associations de protection de l'environnement locales. La LPO, gestionnaire de la réserve naturelle, craint notamment que le nuage turbide soulevé par l'extraction et porté par les courants atteigne la réserve naturelle. Un rapport conjoint d'experts du ministère de l'Ecologie et de l'Economie se veut rassurant à ce sujet : "Il apparaît que le risque lié à la turbidité est a priori faible et que l'administration se donne les moyens de le maîtriser." Le décret prévoit que l'autorisation d'ouverture de travaux miniers (AOTM), qui sera délivrée par la préfecture du Finistère, demande un suivi environnemental de l'exploitation notamment en matière de turbidité.

"L'extraction en elle-même détruira l'habitat du lançon (petit poisson vivant dans la dune marine) et diminuera de ce fait la ressource alimentaire pour les prédateurs (poissons, phoques, cétacés et oiseaux)", s'inquiète par ailleurs la LPO. Qu'à cela ne tienne, l'AOTM devrait exiger une étude environnementale sur le lançon, étendue à l'ensemble de la dune "sous le contrôle d'une autorité scientifique indépendante".

Plus globalement, le décret prévoit de mettre en place une commission de suivi, d'information et de concertation (CSIC), destinée notamment à permettre la remontée des informations sur les conséquences dommageables. "L'administration se réserve la possibilité tous les ans de réduire le volume maximum d'extraction et d'adapter les modalités d'extraction en fonction des observations de la CSIC et des études de suivi", précise le décret.

Une mise en route progressive

"Cette décision résulte d'une application raisonnée du principe de précaution : les études concluent avec suffisamment de certitude à l'absence d'impact significatif sur l'environnement et les autres activités pour pouvoir débuter l'extraction ; mais il faut être vigilant et démarrer progressivement avec un suivi strict pour pouvoir déceler tout impact imprévu et adapter en conséquence le projet", avait déclaré le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron.

Ce démarrage progressif se traduit par un volume d'extraction de 50.000 m3 la première année, 100.000 la deuxième année, puis 150.000 pendant les trois années suivantes. L'extraction sera interdite durant la période estivale, c'est-à-dire entre mai et août inclus, pour ne pas gêner l'activité touristique.

Ces précautions ne suffisent pas à rassurer l'association locale opposée au projet. "Les mesures d'accompagnement prévues sont des attrapes-nigauds. La concertation a été une mascarade, la réduction des périodes d'extraction ne change rien aux dommages écologiques, le comité de suivi sans pouvoir de décision est un leurre", estime l'association Le Peuple des Dunes en Trégor. "L'administration qui a donné un avis favorable à ce projet sera membre du comité de suivi. Comment croire que cette même administration qui a amené le ministre à prendre une décision favorable pourrait alerter ce dernier en lui demandant de tout arrêter parce qu'elle s'est trompée !", s'interroge l'association.

Le Peuple des Dunes en Trégor et la communauté de communes Lannion Trégor Communauté envisagent de présenter le dossier devant la justice administrative. La première requête sera relative au décret ministériel qui sera déféré devant le Conseil d'Etat. L'association entend par la suite contester l'arrêté d'ouverture des travaux devant le Tribunal administratif de Rennes accompagné d'un référé-suspension.

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