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Fukushima : l'augmentation de la radioactivité sur le site ralentit les opérations

La dispersion d'éléments radioactifs progresse et entraîne un élargissement de la zone contaminée ainsi qu'une élévation de la radioactivité enregistrée. Cette situation complique encore la tâche des personnels au chevet de la centrale.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
   
Fukushima : l'augmentation de la radioactivité sur le site ralentit les opérations
   

Le week-end dernier illustre toute la complexité de la situation autour des réacteurs accidentés. Tepco, l'opérateur de la centrale de Fukushima, a annoncé un taux de radioactivité 10 millions de fois supérieur à la normale dans de l'eau retrouvée à proximité du réacteur numéro 2. L'information a été rapidement démentie par le gouvernement qui a indiqué que Tepco avait commis une erreur dans l'analyse de données. Toujours est-il que la radioactivité de cette eau dépasse les 1.000 millisieverts par heure (mSvt/h) et les sous-sols des salles des machines des réacteurs 1, 2 et 3, ainsi que des tunnels techniques, sont maintenant inondés avec cette eau.

Au-delà de la communication alambiquée et des informations contradictoires, la présence de cette eau soulève d'épineuses questions : quelle est son origine ? Se déverse-t-elle dans l'océan Pacifique ? Comment l'évacuer ?

Lessivage lié à l'arrosage ou contact direct avec le combustible ?

S'agissant de l'origine de l'eau, une hypothèse est avancée. Elle résulterait de l'arrosage visant à refroidir les réacteurs et piscines de stockage accidentés. Cette opération aurait lessivé des éléments radioactifs qui sont maintenant concentrés dans l'eau ruisselant jusqu'au sous-sol de la centrale.

L'autre hypothèse fait état d'une perte d'étanchéité de certaines enceintes de confinement ou de fuites sur les circuits de refroidissement. Le taux de radioactivité extrêmement élevé vient étayer cette hypothèse d'un contact direct entre l'eau et le combustible. De telles fuites sont "hautement probables" a indiqué l'Agence de sûreté nucléaire japonaise (NISA) et justifie que le Japon soit "en alerte maximum" selon les termes employés par Naoto Kan, le Premier ministre nippon.

L'océan contaminé

Quant au risque de déversement dans l'océan, un représentant de Tepco, cité par l'AFP, a indiqué que l'entreprise est "en train de vérifier si l'eau peut avoir été directement en contact avec la mer." Une hypothèse hautement probable puisque de l'eau a été trouvée dans trois tunnels situés à 60 mètres de l'océan. Dans ce contexte, "l'exploitant a mis en place des blocs de béton ainsi que des sacs de sable pour prévenir un écoulement vers la mer en cas de débordement sur le réacteur n°1 car le niveau de l'eau est situé à seulement 10 cm du seuil de débordement (les puits ont plus de 15 mètres de profondeur)", annonçait l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) à l'occasion de son dernier point, mardi 29 mars.

Par ailleurs, le niveau de radioactivité semble croître progressivement dans l'océan aux abords de la centrale. Dimanche l'opérateur de la centrale avait enregistré dans l'eau de mer prélevée à proximité des réacteurs un taux d'iode radioactif 1.850 fois supérieur à la norme légale. Ce mercredi, le taux est passé à 3.355 fois la norme réglementaire, c'est-à-dire le plus fort taux enregistré depuis le début de la catastrophe. Des données à prendre avec précaution cependant, car il semble que Tepco annonce des chiffres provenant de points plus ou moins éloignés du site ce qui rend hasardeux un suivi précis. Il n'en est pas moins vrai que des niveaux élevés sont enregistrés dans l'océan à des distances allant de 300 m à 1,5 km des réacteurs.

Tepco étudie différentes solutions pour évacuer l'eau

L'évacuation de l'eau radioactive pose un réel problème car, si les premières informations faisaient état de "flaques d'eau", il apparaît aujourd'hui que Tepco doit gérer une grande quantité. En effet, ce sont des milliers de mètres cubes d'eau qui ont été déversés sur les installations depuis deux semaines. L'IRSN indique que "pour les réacteurs 2 et 3, l'exploitant envisage de pomper l'eau très fortement contaminée vers un réservoir puis de la transférer à l'intérieur des bâtiments réacteurs (suppression pool)", ajoutant toutefois que "cette action n'est pas engagée du fait de l'absence de capacité suffisante dans le réservoir."

Une autre solution consisterait à transférer l'eau pompée vers un bateau-citerne, potentiellement un de ceux utilisés pour acheminer l'eau douce actuellement utilisée pour refroidir les installations, pour ensuite la traiter. "Cette option est techniquement faisable, mais elle entraîne de nombreux problèmes", a indiqué un expert interrogé par la télévision NHK et dont les propos sont rapportés par l'AFP. Un des problèmes est que ces navires ne sont pas adaptés à une cargaison radioactive.

En attendant, il semblerait que, selon Greenpeace, Tepco ait réduit de 17 tonnes par heure à 7 tonnes par heure la quantité d'eau injectée dans le réacteur 2. En conséquence, "la température a augmenté à 152°C le 29 mars", indique l'ONG. Tepco chercherait le juste équilibre entre la quantité d'eau nécessaire au refroidissement des réacteurs et les capacités d'évacuation de l'eau radioactive.

Des éléments radioactifs dispersés au-delà de la zone évacuée

Lundi, un autre problème est venu témoigner des rejets radioactifs liées à la catastrophe. Selon Tepco, du plutonium a été détecté dans cinq échantillons prélevés sur le sol à proximité des réacteurs. "Les échantillons ont mis en évidence la présence de plutonium 238, 239 et 240", a-t-il expliqué, selon l'AFP, ajoutant que "la faible concentration ne présentait pas de danger pour la santé." Il est "fort probable" que pour deux des cinq échantillons, le plutonium provient des réacteurs endommagés, soit du fait de l'usage de mélange d'oxydes (le MOX qui contient du plutonium) soit du fait du plutonium généré lors de la production d'énergie à partir de l'uranium. Les trois autres échantillons ne témoigneraient que des taux habituels (c'est-à-fire liés aux essais nucléaires atmosphériques passés).

Quant à la propagation des éléments radioactifs au-delà du site, les autorités japonaises ont pris des mesures afin d'en limiter l'impact. Ainsi, le site devrait être recouvert, à partir de jeudi, d'une résine réduisant cette propagation. Cette résine est habituellement utilisée pour limiter la dispersion des poussières sur certains chantiers. De même, il est envisagé de recouvrir d'une bâche spéciale les installations accidentées. Le ministère de la Santé a pour sa part demandé aux usines de distribution d'eau de cesser de recueillir l'eau de pluie. Le but est d'éviter une contamination du fait des éléments radioactifs qui pourraient être contenus dans cette eau.

Désaccord entre Greenpeace et le gouvernement japonais

Par ailleurs, Greenpeace a ouvert une campagne de mesure de la radioactivité à l'extérieur de la zone de 20 km évacuée. L'ONG annonce ainsi avoir mesuré "des niveaux de rayonnement de dix micro Sievert par heure dans le village de Iitate, à 40km au nord-ouest de la centrale de Fukushima Daiichi et à 20 km au-delà de la zone d'évacuation officielle." "Ces niveaux sont suffisamment élevés pour exiger l'évacuation" explique Greenpeace précisant que cela vaut "tout particulièrement pour des personnes 'à risques' comme les enfants et les femmes enceintes, qui pourraient recevoir, en quelques jours la dose annuelle maximale de rayonnements." Pour le porte-parole de la NISA, ces mesures ne "peuvent être considérées comme fiables." À cela l'ONG réplique que s'il y a un différent avec les autorités nippones sur les mesures à prendre, il n'y en a pas quant aux résultats des mesures qui confirment les chiffres officiels.

À ce sujet, Claude-André Lacoste, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), a indiqué lors du point presse de lundi qu'"il y a l'évidence une contamination, qui va s'étendre sur des zones considérables", ajoutant qu'"il n'est pas du tout étonnant qu'on trouve ici ou là des contaminations bien au-delà d'un rayon de 100km." Il a estimé que "la gestion de ces zones prendra des années, voire des décennies."

Les employés pourraient manquer

Enfin, la hausse de la radioactivité sur le site commence à poser de sérieux problèmes de contamination des employés. Devant l'Assemblée nationale, Claude-André Lacoste a expliqué ce mercredi que les travailleurs ne pouvaient travailler plus de 20 minutes de suite afin de limiter les doses reçues. Selon l'AFP, 19 personnes au moins ont été exposées à des niveaux importants de radioactivité. Par ailleurs, il semblerait que de nombreux techniciens s'approchent du niveau annuel de radiation de 250 mSvt, le maximum autorisé en cas de catastrophe. Lorsqu'ils atteindront ce seuil, il faudra les remplacer ce qui inquiète le gouvernement japonais.

Pour le porte-parole du gouvernement, la rotation des travailleurs n'est "pas suffisante." "Il est difficile de trouver des remplaçants ayant des compétences pointues", confirme un responsable de l'entreprise Hitachi, qui a envoyé 170 personnes à Fukushima Daiichi. De même un sous-traitant, interrogé par le journal Asahi et cité par l'AFP, juge que "les conditions de travail étant de plus en plus dangereuses, je ne pense pas pouvoir trouver d'autres salariés qui accepteraient d'y aller."

Quatre robots américains, fabriqué par iRobots une société issue du Massachusetts Institute of Technology (MIT), vont aider les travailleurs en intervenant dans les zones les plus contaminées, et en particulier dans les bâtiments des réacteurs. Ces robots seraient notamment chargés d'amener des tuyaux dans les piscines contenant le combustible usagé, une opération qui est irréalisable pour des employés.

Réactions2 réactions à cet article

 

TEPCO tente de maîtriser la communication et l’arithmétique :
1000 mSv / h = 1000 x 24 x 365 = 8 760 000 mSv / an.
En France, l’irradiation artificielle ne doit pas dépasser 1 mSv / an d’après le code de la santé publique.
Ainsi, les flaques d’eau à Fukushima ne sont que huit millions sept cent soixante mille fois plus radioactives que la limite légale autorisée.
Alors pourquoi affoler les badauds avec des chiffres fantaisistes ?

Doudou | 30 mars 2011 à 19h50
 
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Avec l'éolienne à droite de la photo on dirait une version trash de la pub Areva ! Il ne manque que la musique...

Daaaavid | 30 mars 2011 à 22h09
 
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