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Les industries à risque étaient-elles vraiment prêtes à affronter la crue de la Seine ?

Les installations industrielles d'Ile-de-France ont plutôt bien géré la crue de la Seine. Toutefois les enjeux en termes d'accident et de pollution sont importants et la marge de progression est réelle, en particulier dans les petites installations.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

Le bassin de la Seine a connu un épisode de crue majeure fin mai-début juin. La question de la gestion des sites industriels à risque durant un tel épisode n'apparaît pas en tête des priorités du grand public. Pourtant, les enjeux sont importants en termes de risques de pollution et d'accident. Et si cet épisode semble avoir été plutôt bien géré, le retour d'expérience devra être pris en compte pour améliorer la réponse lors des prochaines crues. C'est ce qui ressort du bilan de l'état de l'environnement industriel présenté ce mardi 21 juin 2016 par la direction régionale de l'environnement d'Ile-de-France (Driee).

Mise en sécurité satisfaisante des substances dangereuses

"Le ministère de l'Environnement n'a pas identifié de sites Seveso qui aient occasionné des impacts du fait de ces inondations", a déclaré Nicolas Chantrenne, sous-directeur des risques industriels, le 15 juin devant les députés de la commission du développement durable. "La mise en sécurité des substances dangereuses a été faite avant l'arrivée de la crue de façon satisfaisante. C'est à souligner sur cet épisode particulier", précise le fonctionnaire.

"Nous avons averti l'ensemble des sites industriels soumis à autorisation ou enregistrement", explique Benoît Jourjon, chef du service de la prévention des risques et des nuisances à la Driee. "Les plans d'urgence interne ont été déclenchés de manière préventive dans les sites industriels les plus sensibles et leur mise en sécurité a été globalement satisfaisante", ajoute l'ingénieur des mines.

La situation était particulièrement tendue dans la vallée du Loing (Seine-et-Marne) qui compte 40 installations classées (ICPE) relevant du régime de l'autorisation ou de l'enregistrement, et alors que le niveau de vigilance crue était au rouge écarlate. La mise en sécurité des substances dangereuses dans les verreries Corning et Keraglass à Bagneaux-sur-Loing  a été satisfaisante, souligne la Driee. "Il y avait pourtant de vrais enjeux de sécurité, cette dernière installation, stockant de l'arsenic est classée Seveso", précise Jérôme Goellner, directeur régional de l'environnement. Le transformateur EDF alimentant l'une des verreries étant submergé, l'exploitant a dû s'assurer que le groupe électrogène de l'installation fonctionnait et que la sécurité d'approvisionnement en fioul était assurée. Or, l'épisode de crue s'est conjugué avec… les grèves dans les raffineries qui rendaient aléatoires les approvisionnements en hydrocarbures.

Du côté des dépôts pétroliers en Seine-et-Marne, Essonne et Hauts-de-Seine, "ils étaient préparés à se mettre en sécurité. Aucun n'a été inondé", précise Benoît Jourjon. Au final, aucune pollution importante n'a été déplorée durant cet épisode de crue, à l'exception d'un cas lourd de pollution aux hydrocarbures à Nemours (Seine-et-Marne) et de fuites de cuves chez les particuliers.

Faible niveau de sensibilisation aux risques

Mais si la crue avait continué à s'aggraver ? "Nous étions plutôt rassurés par les dispositions qu'avaient prises les exploitants", explique Benoît Jourjon.

Le bilan n'est pas tout rose pour autant. Les installations qui ont le mieux réagi sont logiquement les établissements Seveso car ils disposent d'un plan d'opération interne (POI) et de services de sécurité dédiés. C'est aussi le cas des installations qui sans être classées Seveso disposent d'un responsable HSE.

Mais les établissements qui ne relèvent pas de la directive Seveso ne disposent pas de plan d'urgence interne et le risque inondation n'est pas toujours pris en compte dans les prescriptions qui régissent leur exploitation. La crue peut donc aussi occasionner des pollutions ayant pour origine des installations mettant en œuvre des produits dangereux dans de plus faibles quantités. "Il existe aussi des enjeux de protection des biens en plus des enjeux environnementaux", pointe Jérôme Goellner.

"Dans les installations de moindre importance, la sensibilisation au risque est beaucoup plus faible, reconnaît Benoît Jourjon, certains exploitants ignorant même les alertes diffusées". Des exploitants se sont retrouvés face à la difficulté de gérer les eaux pluviales ou les débordements de cours d'eau avec des conséquences matérielles importantes, comme la submersion de stocks de bois.

Des inspections ciblées sur la thématique "inondation" sont pourtant réalisées depuis 2013 sur certaines installations comme les incinérateurs, les stations d'épuration ou les usines chimiques, indique M. Jourjon. "En tout état de cause, nous allons intégrer le retour d'expérience de ces crues, en particulier sur les petites installations", assure le représentant de la Driee. Ces événements peuvent en effet être considérés comme une répétition générale avant la survenance de l'épisode de crue centennale tant redouté….

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