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“80% des financements de la BEI en Zambie sont allés au secteur minier pourtant controversé”

Alors que le prix de la tonne de cuivre a atteint un record historique à 9015 dollars le 9 novembre, l’expert zambien Savior Mwamba, directeur du Centre pour le commerce et le développement, estime que la Banque européenne d’investissement devrait cesser de financer les compagnies minières.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com
   
“80% des financements de la BEI en Zambie sont allés au secteur minier pourtant controversé”
Savior Mwambwa
Centre zambien pour le commerce et le développement
   

Actu Environnement : Quelle est la situation des mines de cuivre en Zambie ?

Savior Mwambwa : A partir de 1991, alors que le pays est endetté et que le prix du cuivre est bas, les mines d'Etat ont été démantelées sous l'influence de la Banque mondiale. Ce processus de privatisation intervient dans un contexte de forte corruption, sous la houlette du président Frederick Chiluba, aujourd'hui poursuivi pour détournement de fonds. Du temps où les mines étaient gérées par la compagnie nationale du cuivre, la Zambian Consolidated Copper Mines (ZZCM), il y avait encore des infrastructures pour les communautés, des adductions d'eau, de l'aide sociale, des services de santé… Aujourd'hui, les villes minières sont laissées à l'abandon. Les compagnies minières sous-traitent l'embauche des ouvriers, et les plans sociaux successifs ont fait chuter le nombre de travailleurs dans les mines.

AE : Quels sont les impacts environnementaux de ces mines ?

SM : La région de la Copperbelt est très gravement polluée par les émissions de dioxyde de soufre et par l'injection massive d'acide sulfurique dans le sol, utilisé pour dissoudre le cuivre directement dans les gisements, qui pollue les nappes phréatiques. Le Parc national de Kafue – le deuxième plus grand parc national au monde, l'un des plus riches de la planète en espèces sauvages – est menacé par la pollution rejetée dans la rivière Kafue qui le traverse. La pollution affecte également les communautés locales exposées aux rejets de produits toxiques. Les activités traditionnelles telles que l'agriculture, l'élevage ou la pêche sont compromises par la contamination de l'air, des sols et de l'eau. D'immenses dunes de résidus miniers s'accumulent à proximité des villages.

AE : Quelles sont les règles qui encadrent les impacts environnementaux des activités minières en Zambie ?

SM : En matière environnementale, les entreprises minières en Zambie bénéficient d'un droit dérogatoire. Elles sont tenues d'adopter des plans de gestion environnementale, qui prévalent sur la législation nationale, et leur permettent, par exemple, de dépasser les taux d'émissions prévus par la loi. Si les émissions sont supérieures aux prévisions, l'entreprise doit payer son permis plus cher. En réalité, les entreprises sont largement autorégulées, puisque ce sont elles qui fournissent leurs relevés d'émissions. L'organisme public n'a pas les équipements ou les moyens humains de procéder aux contrôles de manière indépendante.

AE : Y'a-t-il des études d'impact ?

SM : Une étude, qui n'est pas réellement une étude d'impact, a été réalisée par l'entreprise elle-même, la Mopani Copper Mines (MCM), sur le projet de mise aux normes de la fonderie de la mine de Mufunira. Une enquête publique a été organisée, mais les populations n'ont pas les moyens et les connaissances suffisantes pour y participer.

AE : Quel est le rôle de la Banque européenne d'investissement en Zambie ?

SM : Depuis 2000, la Banque européenne d'investissement (BEI) a engagé 650 millions d'euros de prêts en Afrique. En Zambie, entre 2000 et 2007, plus de 80% des financements de la BEI sont allés au secteur minier. Alors que l'industrie des mines est très controversée, la BEI considère que ces investissements peuvent contribuer au développement, notamment parce qu'ils créent des recettes fiscales pour les Etats hôtes et des emplois pour les populations locales. En 2005, la BEI a accordé un prêt de 48 millions d'euros à la Mopani Copper Mines (MCM) pour la construction d'une nouvelle fonderie sur le site de Mufunira. Mais les effets positifs du projet ne se sont pas réalisés.

AE : Pourquoi les investissements de la BEI ne profitent-ils pas au développement de la Zambie ?

SM : Les fonds de la BEI, qui proviennent de la contribution des Etats-membres européens, sont investis dans le consortium de la Mopani Copper Mines (MCM), la plus grosse compagnie minière de Zambie. Cette compagnie est composée de l'entreprise suisse Glencore (73,1%), du canadien First Quantum (16,0%) et de la compagnie nationale ZCCM (10%). La société Mopani affirme ne pas faire de profit, au sens fiscal du terme. Elle ne paie ainsi aucun impôt sur les bénéfices. Elle fait partie des entreprises qui paient le moins d'impôts dans un secteur qui n'en paie déjà quasiment pas. Les revenus générés par Mopani demeurent opaques. Cette situation est un peu surprenante, dans la mesure où la BEI soutient publiquement l'initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). En outre, Glencore est enregistré en Suisse, un paradis fiscal.

AE : Pourquoi la BEI persiste-t-elle à investir dans le secteur minier en Afrique ?

SM : Le secteur minier est très lucratif et la BEI, qui gère un portefeuille de prêt de 79 milliards d'euros (chiffres 2009), est sollicitée par les compagnies minières. Un financement de la BEI est intéressant pour une entreprise car la Banque, cotée triple A sur les marchés financiers, inspire confiance aux investisseurs privés. Et il est plus simple et moins risqué d'investir dans des gros projets de ce type, dont le retour sur investissement est assuré, que dans des petits projets locaux, qui assureraient pourtant bien plus le développement des pays africains et de la Zambie, trop dépendante de l'extraction du cuivre, laquelle ne représente que 2% du PNB du pays.

Réactions4 réactions à cet article

 

je rejoinds mon frère de Zambie en toute franchise pour l'intéret de quelques individus il faut pas mettre en péril toute la vie d'une communauté ; il est temps pour que tous les Africains se ressaisissent et qu'ils pensent aux intérets cillectif qu'individuel
merci

dan dabnou | 23 décembre 2010 à 13h09
 
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Dans le cas présent, il s'agit du Cuivre,mais depuis trop longtemps les
pays "riches" exploitent les pays dits "pauvres" comme l'Afrique alors que
les sources pour créer de la richesse dans les pays du Nord se trouvent
dans les sables et profondeurs des terres africaines ,on peut ajouter
le pétrole,les terres rares ,les cultures vivrières etc.Les populations
fournissent aux exploitants étrangers une main-d'oeuvre peu formée
et surtout pas couteuse, sans pouvoir en profiter pour augmenter son
niveau de vie! Des grandes sociétés dont les sièges sont en Suisse
banquaire,font des bénéfices énormes et souvent achètent pour
revendre! Attention,les évènements en Cotes d'Ivoire ,devraient les
faire réfléchir vite!

arthur | 23 décembre 2010 à 15h52
 
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Tres bon article.Il est temp de finir avec l'exploitation de l'homme par l'homme, á des fins uniquement de profits dans le sens capitaliste du terme et de penser qu'un autre systeme plus juste pour l'humanité est possible.
Cordialement

LIBERO | 26 décembre 2010 à 09h37
 
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MESSIEURS,
KATANGA MINING EST DETENU A SOIXANTE POURCENT PAR GLENCORE QUI EST EPINGLEE POUR VIOLATIONS DES MILIEUX ENVIRONNEMENTAUX QUE LES SOCIETES DE SON GROUPES COMMETTENT SOUVENT EN AFRIQUE.
AINSI LA SOCIETE KATANGA COPPER COMPANY(KCC) QUI APPARTIENT A KATANGA MINING REJETTE IMPUNEMENT SES DECHETS DANS LA RIVIERE MUSONOI A KOLWEZI EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO CAUSANT AINSI DES DEGATS IRREPARABLES DANS L'ENVIRONNEMENT ET OCCASIONNANT DES MALADIES AU SEIN DES POPULATIONS RIVERAINES. ET CELA AVEC LA COMPLICITE DES DIRIGEANTS CONGOLAIS.
SE COMPORTANT EN PLUS COMME DU TEMPS DE LA COLONIE KCC MEPRISE LES LOIS CONGOLAISES EN MATIERE DU RESPECT DE LA PERSONNE HUMAINE EN CE COMPRIS LES DROITS DES TRAVAILLEURS. C'EST AINSI QUE KCC LICENCIE ABUSIVEMENT SES AGENTS EN VIOLATION DES TEXTES LEGAUX NATIONAUX ET INTERNATIONAUX EN LA MATIERE. VE
NOUS VOUS SAURONS GRE D'ETRE NOS INTERPRETEST EN NOUS AIDANT SELON VOS CAPACITES A GAGNER CE COMBAT CONTRE CES EXPLOITEURS DES RICHESSES DES PAYS PAUVRES

christine | 01 juin 2011 à 05h54
 
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