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Les réseaux de surveillance européens alertent sur un accident nucléaire en Russie

L'IRSN estime que la contamination au ruthénium de l'air européen détecté fin septembre a pour origine un accident survenu en Russie. Celui-ci devrait être classé au niveau 5 de l'échelle Ines, estime l'Acro.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Les réseaux de surveillance européens alertent sur un accident nucléaire en Russie

Un accident nucléaire a très probablement eu lieu fin septembre en Fédération de Russie, a indiqué l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), vendredi 10 novembre. Cette annonce fait suite à des mesures de contamination de l'air par du ruthénium-106. La pollution, qui a touché l'Europe fin septembre et début octobre, traduit des rejets considérables, selon l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (Acro).

Une usine de retraitement russe ?

Fin septembre, l'IRSN et d'autres organismes européens de surveillance de la radioactivité dans l'atmosphère ont mesuré une contamination de l'air au ruthénium-106.Ces mesures ont permis de détecter des concentrations "de l'ordre de quelques millibecquerels par mètre cube d'air", explique l'IRSN, ajoutant qu'en France "seuls [les filtres des stations de surveillance] de la Seyne-sur-Mer, Nice et Ajaccio ont révélé la présence de ruthénium-106 à l'état de traces" entre le 27 septembre et le 13 octobre 2017. "Les niveaux de concentration dans l'air en ruthénium-106 qui ont été relevés en Europe et a fortiorien France sont sans conséquence tant pour la santé humaine que pour l'environnement", explique l'Institut.

En s'appuyant sur les conditions météorologiques fournies par Météo France et les résultats des 368 mesure disponibles dans 28 pays européens, l'IRSN a cherché à déterminer la source de cette pollution radioactive. "La zone de rejet la plus plausible se situe entre la Volga et l'Oural sans qu'il ne soit possible, avec les données disponibles, de préciser la localisation exacte du point de rejet". L'Institut envisage explicitement un accident intervenu fin septembre, probablement dans une installation du cycle du combustible nucléaire ou de fabrication de sources radioactives. Toutefois, la source n'est pas précisément identifiée.

Evaluation de la localisation du rejet de ruthérium par l'IRSN © IRSN
 
Sur la base de son expérience, l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (Acro) confirme qu'un site de traitement du combustible irradié pourrait être à l'origine du panache radioactif qui a traversé l'Europe. Elle indique détecter parfois le couple ruthénium-rhodium autour des usines Areva de La Hague (Manche). Ce fut le cas en mai et octobre 2001, avec des rejets "environ 1.000 fois plus élevées que ce qui avait été annoncé" par l'exploitant, et en février 2016, avec un rejet atmosphérique plus important qu'en routine, signe d'un potentiel "dysfonctionnement non déclaré".

La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) confirme aussi l'hypothèse. "On a pensé à l'usine de retraitement de Maïak (Russie), mais les autorités russes disent que cela ne vient pas de ce lieu", a indiqué Bruno Chareyron, son directeur, à France Info.

Des rejets très importants

Si l'impact en France est négligeable, ce n'est pas le cas à proximité de l'accident à l'origine de la pollution. "Du fait des quantités rejetées, les conséquences d'un accident de cette ampleur en France auraient nécessité localement de mettre en œuvre des mesures de protection des populations sur un rayon de l'ordre de quelques kilomètres autour du lieu de rejet", explique l'IRSN. Et de préciser que "pour ce qui concerne les denrées alimentaires, le dépassement des niveaux maximaux admissibles (NMA) (1.250 becquerels par kilogrammes (Bq/kg) pour le ruthénium-106 et pour les denrées autres que le lait) serait quant à lui observé sur des distances de l'ordre de quelques dizaines de kilomètres autour du point de rejet". Plus d'un mois après l'accident, l'impact pour encore être important pour les populations locales, estime la Criirad.

En l'occurrence, l'IRSN estime que la quantité de ruthénium-106 rejetée "est très importante, comprise entre 100 et 300 térabecquerels (Tbq)". Mais cette évaluation est incomplète, estime l'Acro. En effet, l'association explique qu'en se désintégrant, le ruthénium-106 se transforme en rhodium-106, qui est lui aussi radioactif. "Il faudrait considérer le couple ruthénium-rhodium et multiplier par deux la quantité rejetée de 100 et 300 térabecquerels annoncée par l'IRSN", estime l'Acro, précisant que "c'est au rhodium-106 que l'on devra l'essentiel de la dose provoquée par l'incorporation de couple inséparable d'isotopes radioactifs".

Pour fixer les ordres de grandeur, l'Acro explique que l'autorisation de rejets atmosphériques des usines Areva de La Hague est de 0,001 térabecquerel par an pour les émetteurs bêta-gamma (dont les ruthénium-rhodium) autres que le tritium, gaz rares et iodes. L'accident représenterait donc des rejets 200.000 à 600.000 fois supérieurs. "La quantité rejetée lors de l'incident rapporté par l'IRSN est donc considérable", s'inquiète l'association qui juge que l'évènement devrait être classé au niveau 5 de l'échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques (Ines) qui compte huit niveaux (de 0 à 7).

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