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Méthane : Paris pousse un levier climatique encore peu exploité

Profitant de sa présidence du G7, la France tente de relancer la mobilisation internationale sur le méthane, un levier climatique jugé plus accessible que le CO₂. Mais sur le terrain, les émissions mondiales restent stables, selon l'AIE.

Gouvernance  |    |  F. Roussel
Méthane : Paris pousse un levier climatique encore peu exploité
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« Aucun signe de diminution à l'échelle mondiale en 2025 ». C'est le bilan du dernier rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) consacré aux émissions de méthane liées aux secteurs énergétiques (pétrole, gaz naturel, charbon et bioénergie). Publié le 4 mai, le Global Methane Tracker 2026 (1) , constate une production record de pétrole, de gaz et de charbon en 2025. Les émissions de méthane liées à ces activités s'élèvent à 124 millions de tonnes (Mt) par an : le pétrole en est la principale source avec 45 Mt, suivi du charbon (43 Mt) et du gaz naturel (36 Mt). À cela s'ajoutent 20 Mt provenant de la production et de la consommation de bioénergie, principalement dues à la combustion incomplète de la biomasse traditionnelle utilisée pour la cuisson et le chauffage dans les pays en développement.

Si le bilan ne fait pas état d'une baisse des émissions industrielles de ce gaz au potentiel de réchauffement 80 fois plus élevé que le dioxyde de carbone, il ne démontre pas non plus de hausse. L'AIE constate qu'à l'échelle mondiale, les améliorations de l'intensité des émissions en amont pour le pétrole et le gaz naturel (-10 % depuis 2019) ont compensé la hausse de la production. « Les données satellitaires et d'inventaire de 2025 témoignent de progrès dans certains pays. On observe notamment une diminution des épisodes de fortes émissions détectés lors des opérations pétrolières et gazières en Algérie et en Argentine » et des progrès en Chine dans ses mines de charbon. Ce pays reste toutefois le premier émetteur, suivi des États-Unis et de la Russie.

Pourtant, en 2021, lors de COP 26, plus de 100 pays avaient rejoint l'Union européenne et les États-Unis pour lancer l'Engagement mondial sur le méthane (GMP), une démarche collective visant à réduire les émissions mondiales de méthane de 30 % à horizon de 2030 sur trois secteurs en priorité : l'énergie, les déchets et l'agriculture. Aujourd'hui, 159 pays y participent, représentant environ 65 % de ces émissions sectorielles. Une mobilisation qui, pour l'instant, ne porte pas encore ses fruits et que la France a cherché à relancer à la présidence du G7.

Une autre façon de parler du climat

“ Si nous voulons préserver l'Accord de Paris, nous devons examiner tous les leviers existants pour contenir le réchauffement climatique ” Monique Barbut, ministre de la Transition écologique
Ne souhaitant pas « aborder de front la question du climat » à l'occasion du G7 Environnement des 23 et 24 avril dernier, notamment avec les Etats-Unis, la France a opté pour l'organisation d'une journée consacrée au méthane et rassemblant des acteurs institutionnels, économiques et des investisseurs avec « une très forte mobilisation », se satisfait le cabinet de la ministre Monique Barbut. Estimant que le sujet a été « négligé », la France a souhaité remobiliser sur la question et prévoit de « continuer à porter ce sujet dans les COP et en tête de l'agenda international ». « Si nous voulons préserver l'Accord de Paris, nous devons examiner tous les leviers existants pour contenir le réchauffement climatique. Le méthane en fait partie », a ainsi déclaré la ministre à l'ouverture de la journée. Le méthane est en effet la cause de 30 % du réchauffement climatique actuel, soit l'équivalent d'une hausse de la température à la surface du globe de 0,5 degré.

Une surveillance internationale accrue

L'Observatoire international des émissions de méthane (IMEO) du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a annoncé une expansion de son système mondial de détection du méthane (Mars), permettant aux satellites de suivre pour la première fois les émissions provenant des mines de charbon et des installations de traitement des déchets.
Et pour que les alertes se traduisent concrètement par des mesures correctives, l'IMEO et l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont publié un nouveau plan d'actions, proposant aux gouvernements une stratégie claire et détaillée pour vérifier les émissions, mobiliser les opérateurs et suivre les mesures d'atténuation.
Et toujours pour éviter de parler uniquement d'enjeu climatique, la France s'est attelée à démontrer l'intérêt économique du sujet : « Les fuites sont des manques à gagner (..).  Et c'est un gaz sur lequel il est plus facile et moins coûteux de réduire les émissions [comparé au CO2] », explique le cabinet. Dans son rapport, l'AIE en rajoute une couche à la lumière de la crise énergétique actuelle : « La crise actuelle au Moyen-Orient remodèle le système énergétique mondial et perturbe environ 20 % des flux commerciaux mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL). Alors que les pays recherchent des sources alternatives de gaz pour compenser les volumes perdus (…) nous estimons que près de 100 milliards de mètres cubes de gaz naturel pourraient être mis à disposition chaque année grâce à un effort mondial visant à réduire les émissions de méthane provenant des opérations pétrolières et gazières. »

Aller plus vite que sur le CO2

Pour l'AIE, il est donc temps d'agir et de ne plus se contenter d'objectifs et d'ambitions : « La fixation d'objectifs de réduction n'est qu'une première étape, et il est essentiel de veiller à ce qu'ils s'accompagnent de politiques, de plans de mise en œuvre et d'actions concrètes », a déclaré Tim Gould, économiste en chef de l'énergie à l'AIE. Certains pays importateurs ont commencé à mettre en place des normes relatives à l'intensité méthane des carburants pour faire pression sur les producteurs. C'est le cas de l'Europe. À partir de 2030, le règlement européen sur le méthane exigera que toutes les importations de pétrole, de gaz et de charbon respectent un seuil d'intensité méthane défini. « La France a décidé d'appliquer le seuil dès janvier 2027 sur ces importations », rappelle le cabinet de la ministre.

Mais pour le Réseau action climat (RAC) la France doit faire plus pour être crédible. « La France n'a pas appliqué toutes les dispositions du règlement européen sur le méthane : le régime de sanctions, dont la date butoir était le 5 août 2025, n'a pas été adopté, et plusieurs rapports de transparence sur les émissions des entreprises gazières n'ont pas été publiés par la DGEC, l'autorité administrative désignée », fait ainsi remarquer le Rac. « Concernant les pénalités, c'est en discussion avec la Commission européenne pour avoir une approche homogène », se défend l'entourage de la ministre, qui rappelle l'attachement de la France « à maintenir l'intégrité du règlement méthane » malgré les attaques dont il fait l'objet. Le 20 avril dernier, la fédération internationale des producteurs de pétrole et de gaz a en effet demandé un report d'application du règlement, estimant qu'il était trop exigeant, risquait « d'entrainer une non-conformité d'une part importante des importations » et ainsi de provoquer « un choc d'approvisionnement à compter de janvier 2027 ».

1. Télécharger le rapport
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47958-Rapport-AIE-Global-Methane-Tracker-2026.pdf

Réactions1 réaction à cet article

Bravo pour la décision française d'imposer une réduction de l'indice méthane aux importations. Cependant, charité bien ordonnée commence par soi-même: les bio gaz representent une part non négligeable d'émission de méthane, il serait donc honnéte de reduire la multiplication démesurée du nombe de méthaniseurs sur notre territoire pour etre coherent.

paco55 | 06 mai 2026 à 09h27 Signaler un contenu inapproprié

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