Samedi 11 avril 2026, en présence de Philippe Tabarot, ministre des Transports, le port de Marseille Fos (Bouches-du-Rhône) a inauguré une infrastructure capable d'alimenter simultanément trois paquebots en électricité à quai, et de réduire de cette façon leurs émissions polluantes. Le port a ainsi assuré le branchement électrique des trois grands navires de croisière que sont le Costa Fascinosa, le Costa Toscana et le MSC World Europa. « C'est une première en Méditerranée, en France et peut-être même en Europe et dans le monde à atteindre ce niveau de performance technique », met en avant Christophe Castaner, président du conseil de surveillance du port marseillais.
Deux années de travaux et 200 millions d'euros d'investissements ont été nécessaires. Ce vaste projet a été financé à plus de 50 % par un partenariat public associant l'État, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le département des Bouches-du-Rhône, la métropole Aix-Marseille-Provence et la ville de Marseille.
La première étape des travaux a été la construction d'un poste électrique de 40 mégawatts (MW) par le gestionnaire de réseau Enedis. Cet équipement vient renforcer la puissance du poste source du réseau de distribution d'électricité RTE/Enedis qui participe à fournir l'électricité nécessaire au branchement à quai des navires de croisière, et leur permet de couper leurs moteurs aux escales. Désormais, trois postes à quai du terminal croisières peuvent ainsi être reliés au réseau électrique terrestre.
La connexion des paquebots de croisière se fait avec cinq câbles
Le port a aussi adapté la fréquence du courant électrique européen (50 hertz) au standard utilisé par les navires (60 Hz). La tension est également modifiée : de 20 000 volts, elle est abaissée à 11 000 et 6 600 volts dans les postes de transformation du port, avant injection dans les bateaux de croisière. Concrètement, la connexion des paquebots nécessite des grues mobiles et se fait avec cinq câbles jusqu'au point de branchement sur la coque des navires. La puissance délivrée à chaque paquebot peut atteindre jusqu'à 16 MW d'électricité à quai, « soit l'équivalent d'une ville de 13 000 habitants », précise le port de Marseille Fos.
Par ailleurs, « 90 % des équipements électriques mobilisés » pour le projet ont été fabriqués en France et le reste en Europe. Enedis a renforcé le réseau électrique, tandis qu'Equans (groupe Bouygues Énergies) a piloté les travaux d'installation. Le bureau d'études Artélia a lui assuré la conception technique.« Quand on va brancher ces navires, il ne faut pas entraîner le shutdown du réseau électrique du port, ni celui des quartiers nord de Marseille. Donc un certain nombre de tests ont été faits en amont pour s'assurer du bon fonctionnement de l'ensemble », explique Éric Hude chez Equans.
Marseille Fos anticipe les exigences du règlement européen Afir
Rappelons que le port phocéen accueille 4 millions de passagers par an. Cette démarche de connexion électrique des navires à quai s'inscrit dans le cadre de son dispositif « Cenaq - Escales zéro fumée ». En 2017, le port de Marseille avait déjà été le premier port français à proposer le branchement en haute tension en 50 Hz pour les cargos et ferries desservant la Corse. Le dispositif a ensuite été déployé vers les liaisons internationales du Maghreb et concerne maintenant les paquebots de croisière.

Soulignons aussi que Marseille Fos anticipe les exigences du règlement européen Afir de 2023 qui impose, aux ports européens, de mettre en place des infrastructures de branchement électrique d'ici à 2030. Sont concernés les terminaux dédiés aux porte–conteneurs et aux navires passagers (ferries et paquebots de croisière) au-dessus de 5 000 jauges brutes ou tonnages bruts.
Aujourd'hui, la puissance totale de raccordement du réseau électrique du port marseillais atteint 108 MW, pour 150 MW visés à la fin de la décennie. « Le port confirme sa position de pionnier de l'électrification à quai, toujours avec un temps d'avance sur la réglementation », se félicite Christophe Castener. Le port marseillais veut aussi dépasser les attentes réglementaires, en prévoyant des installations sur des activités non concernées par Afir, à savoir les terminaux rouliers et de réparation navale.
Enfin, cette démarche contribue à améliorer la qualité de l'air. Selon l'étude (1) présentée fin 2024 par le Pôle Mer Méditerranée et le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa), l'électrification des quais contribuerait à réduire de 80 % les émissions de dioxyde de soufre des navires, de 75 % celles de particules fines et de 60 % celles d'oxyde d'azote, entre 2022 et 2035, à Marseille et Fos-sur-Mer.





