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Les aventures de Hubert le protiste

Cette charmante créature au regard si tendre est un protiste. Son petit nom c'est Lithoptera Muelleri, mais nous l'appellerons Hubert : c'est plus simple. Focus sur la vie de Hubert avec Tara Océans.

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Les aventures de Hubert le protiste
Lithoptera Muelleri, alias Hubert le protiste
© D.Sauveur/Fonds Tara
   
Hubert est de la famille des Radiolaires Acanthaires. C'est une cellule recouverte par un squelette externe fait maison, formé de sulfate de strontium : une matière qui possède un peu les mêmes propriétés que la silice ou le verre. C'est une famille ancienne dont les restes forment des sédiments qui prendront parfois la forme de Notre-Dame de Paris. En effet, le squelette de Hubert, une fois décédé est dissous dans l'océan et les traces de sa généalogie ne se retrouvent que dans son code génétique.

Hubert n'est pas bien gros, ce qui le rend plus pratique à ranger dans une pipette qu'une baleine avec ses 0,2 millimètres. Sur la photo c'est bien sa couleur naturelle : il n'en a pas. Les magnifiques reflets dorés, qui lui donnent son look de bijou datant de l'inquisition espagnole avec sa forme en croix, viennent de sa compagne de toujours : une algue répondant au doux nom de Zooxanthelle. C'est à la fois un amour de jeunesse et un concubinage d'intérêt entre Hubert et sa Zooxanthelle. Hubert l'a connu dès sa plus tendre enfance, à peine généré dans l'eau par les gamètes de ses parents et il a choisi tout de suite de vivre avec elle, car chacun y retrouve son compte... On appelle ça la symbiose.

Hubert n'a pas besoin d'aller faire les courses, c'est Zooxanthelle qui s'en occupe : Elle pompe du CO2 dans l'eau et utilise l'énergie de la lumière pour en faire de la matière organique qui va être utilisée par Hubert pour se nourrir.

En échange Hubert construit une maison avec son exosquelette, qui fournit à Zooxanthelle asile et protection contre les prédateurs éventuels tout en lui apportant les conditions favorables à son développement.

Hubert construit sa maison selon la loi de Müller. Une structure de base en forme de croix où Zooxanthelle s'installe, doublée d'une autre croix superposée à 45° par rapport à la précédente qui permet à leur maison de flotter dans l'eau.
Hubert et Zooxanthelle vivent en méditerranée, dans des eaux éloignées des côtes, plutôt entre 20 et 25 degrés.

Dès lors qu'il s'agit de se reproduire, Hubert se débarrasse de son amante : Il commence par manger Zooxhanthelle une nuit de pleine lune afin de lui pomper son énergie. Ensuite, Hubert trouve une de ses semblables et consent à un pur mariage de raison le temps de diffuser ses cellules de reproduction dans l'eau.

Puis, comme bien souvent dans un mariage raté, Hubert meurt, laissant à sa progéniture le soin de se débrouiller toute seule. Heureusement pour les gamins, l'eau est pleine de petites Zooxanthelles qui permettront aux petits Huberts de croître.

Car il est vrai que Hubert semble bien être paresseux. Hubert se laisse dériver nonchalamment sans même prendre la peine d'aller chasser. Il est vrai que le plancton a un côté assez bas du front. Le plancton qui fait de la lumière, par exemple, fait assez peu d'autres choses que de la lumière. D'ailleurs pour les projets d'avenir, c'est assez limité : si Hubert et Zooxanthelle peuvent vivre quelques mois de parfaite idylle c'est assez rare; en général ils se font manger par plus gros qu'eux. Hubert est un solitaire qui goûte peu la compagnie de ses semblables, à part quand la pleine lune le pousse à un emportement reproductif et néanmoins fatal. Il a une vie sociale sur laquelle il reste pour l'instant très discret en on en sait relativement peu de choses, à part qu'il a quelques cousins chez les Radiolaires et les Foraminifères.

Sur Tara, il arrive que l'on rencontre Hubert dans des filets à plancton 180 microns, au milieu des copépodes. Dans ce cas, notre chef scientifique de la semaine : Fabrice Not, qui a choisi les Lithoptera Muelleri se précipite sur sa pipette Pasteur afin de l'isoler dans une goutte d'eau sous son microscope. Une fois sous les feux de la rampe, Hubert se fait tirer le portrait. Encore ébloui par les flashs, Hubert ne voit pas revenir la pipette Pasteur à l'aide de laquelle Fabrice va le saisir à nouveau pour le plonger dans un produit chimique répondant au nom poétique de «tampon d'extraction» qui va permettre d'extraire son ADN.

Hubert sera ensuite congelé à moins 80° en attendant un séquençage plus complet.
Après un long voyage qui l'emmènera d'abord à Francfort, où sont distribués les différents échantillons collectés sur Tara, Hubert va rejoindre un laboratoire à Villefranche, Barcelone ou Hawaï…

Passant d'un produit chimique à l'autre, Hubert sera dissous méthodiquement, afin qu'il ne reste que son ADN. Une fois réduit à une suite de ATCG, comme tout patrimoine génétique, l'ADN de Hubert pourra être transmis à une chaîne PCR (Polymerase Chain Reaction) ou photocopieuse à ADN, qui a défaut de longévité permettra à Hubert d'atteindre la postérité, à travers les mains expertes de chercheurs qui essaieront de comprendre de quoi il est fait. Les Ribosomes, part de son code génétique par exemple, permettront de le situer dans l'arbre du vivant. Un autre gêne permettra de comprendre comment se forme sa carapace...

C'est ensuite en classifiant et en comparant les différents patrimoines génétiques que l'homme acquiert petit à petit une connaissance des mécanismes du vivant. Remercions donc ici Hubert, pour avoir donné si spontanément son corps à la science.

D.SAUVEUR pour le Fonds Tara

Réactions1 réaction à cet article

 
Hubert le protiste

Bravo, je suis béotien en la matière et j'apprécie que vous ayez pris le temps de mettre vos connaissances à la portée de beaucoup de gens par une lecture agréable et compréhensive
Merci

Anonyme | 25 janvier 2010 à 10h53
 
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