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Le marché mondial, menace ou opportunité pour le recyclage des papiers-cartons ?

La France produit actuellement plus de matières premières secondaires issues du recyclage des papiers-cartons qu'elle n'en consomme. L'exportation est-elle la solution ?

Déchets  |    |  Laurent RadissonActu-Environnement.com
   
Le marché mondial, menace ou opportunité pour le recyclage des papiers-cartons ?
   

La pérennité des filières du recyclage repose sur les débouchés pour les matières premières secondaires qui en sont issues. Les entreprises de recyclage des papiers-cartons font le constat de l'insuffisance de ces débouchés au plan national et voient dans le marché mondial une opportunité pour soutenir la filière. D'autres acteurs considèrent, au contraire, la mondialisation de l'économie comme un frein au développement d'une économie circulaire.

Importation de fibres vierges des pays émergents

Pour Géraldine Poivert, Directrice générale d'Ecofolio, l'éco-organisme en charge de la filière papiers, l'industrie papetière française est concurrencée par les pays émergents "où les arbres poussent plus vite et où la main d'oeuvre et l'énergie coûtent moins cher". Résultat : la France consomme entre 65 et 70 % de papier importé issu essentiellement de fibres vierges alors que, parallèlement, elle exporte des matières premières secondaire issues du recyclage des déchets de papier.

La directrice de l'éco-organisme réclame par conséquent une politique publique en faveur de la "circularité de l'industrie", qui passe par un cadre réglementaire adéquat et un soutien à la consommation de papier recyclé. Les avantages en termes environnementaux sont manifestes : moins de consommation d'eau et de papier, moins d'émissions de CO2. "La consommation énergétique est sept fois supérieure lorsque la production de papier se fait à partir de fibres vierges", confirme Bernard Rothé, président de Federec papiers-cartons.

Mais là où Géraldine Poivert voit le salut de la filière dans une active politique publique de soutien, Bernard Rothé croit, quant à lui, plus aux vertus du marché. Pour sa part, Fabienne Labrette-Ménager, Présidente du Conseil national des déchets insiste sur la nécessaire exemplarité de l'Etat et des collectivités locales qui doivent adopter des comportements vertueux en terme d'utilisation de papier recyclé, et mettre en place des directives allant dans ce sens. La loi Grenelle 2 impose d'ailleurs à compter de 2013 l'utilisation de papier recyclé, ou issu de forêt gérée durablement, pour toute impression de livre scolaire.

L'économie circulaire, un vœux pieux ?

"On rêve tous d'une économie circulaire", déclare le président de Federec papiers-cartons. Pourtant, l'industrie française n'a pas la capacité à consommer l'ensemble des matières recyclées, selon lui.

D'après les chiffres avancés par Federec, les entreprises de recyclage de papiers-cartons sont les premiers fournisseurs de l'industrie papetière : 4,3 millions de tonnes (Mt) de matières recyclées sur les 5,5 Mt utilisées en 2010. La fédération estime donc que le potentiel de croissance est faible de ce côté.

Pour Géraldine Poivert, au contraire, "moins de 10% des papiers sont réalisés à partir de pâtes recyclées". "Il s'agit donc d'un eldorado et d'une opportunité", ajoute-t-elle.

La demande limitée de l'industrie papetière française s'explique, pour Bernard Rothé, par la baisse de la consommation de papier. Géraldine Poivert partage ce constat estimant avoir besoin "de signaux de prix et de taxes, pour inciter le public à consommer du papier recyclé". En revanche, là où elle voit une industrie papetière française brillante en termes de savoir-faire, Bernard Rothé estime que cette dernière ne s'est pas adaptée suffisamment vite aux changements technologiques, contrairement à l'Allemagne.

Les entreprises du recyclage sont donc à la recherche de nouveaux débouchés pour les fibres de récupération. Parmi ceux-ci, Federec mentionne l'utilisation de la ouate de cellulose comme isolant phonique et thermique, ou encore l'utilisation des matières recyclées pour des maisons provisoires utilisées en cas de catastrophes.

Mais cela ne suffit encore pas. Sur les 7 Mt de matières premières secondaires produites en 2010, l'industrie française n'en a consommé que 5,3 Mt. Soit un différentiel de 1,7 Mt pour lesquels les entreprises de recyclage doivent trouver d'autres débouchés. La solution ? Le marché international. "C'est vrai que la croissance se situe actuellement en Chine", concède Fabienne Labrette-Ménager, "mais il faudra être prêt à approvisionner notre industrie lorsque la croissance reviendra en Europe".

L'export comme régulateur des excédents de papier recyclé

"Tandis que les opérations de collecte et de tri sont des opérations locales non délocalisables, la commercialisation des matières premières secondaires relève en revanche d'un marché mondial", rappelle Pascal Genneviève, vice-président de Federec papiers-cartons.

Sur les 221 Mt commercialisées en 2010 dans le monde, 50 Mt ont fait l'objet d'échanges entre les pays, soit 23 %. Et le marché mondial est en croissance. L'export constitue donc, selon Federec, un régulateur des excédents de papier recyclés pour la France.

Les exportations françaises sont réalisées au sein de l'Union européenne (1,6 Mt en 2010), vers l'Allemagne, l'Espagne et la Belgique essentiellement, et vers l'Asie (près de 500.000 t en 2010).

"Mais pour maintenir ces débouchés à l'exportation, gage de pérennité pour la filière du recyclage des papiers-cartons, encore faut-il rester compétitif sur le marché international", nuance toutefois Bernard Ruthé. Dans l'attente d'une véritable économie circulaire franco-française…

Réactions1 réaction à cet article

 

Il va falloir s'habituer à cette nouvelle réalité. La France ne produit plus mais consomme encore. Il est bien triste de constater que, pour certains secteurs (acier, papier, cartons notamment) nos déchets sont en passe de devenir notre principale production (!).
La vertu européenne est passée par là: les usines ne polluent plus car elles sont parties...

Albatros | 15 décembre 2011 à 12h06
 
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