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Les débouchés des sédiments marins et fluviaux se dessinent

Les filières de valorisation se révèlent prometteuses aujourd'hui. Les chantiers tests sur le terrain ont rassuré les industriels et les collectivités, qui seront les premiers utilisateurs de ces nouveaux produits contenant des sédiments recyclés.

Déchets  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
Les débouchés des sédiments marins et fluviaux se dessinent
Actu-Environnement Le Mensuel N°394 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°394
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Dans le cadre de la démarche sédimatériaux, les filières potentielles de valorisation des sédiments marins et fluviaux font l'objet de tests en laboratoire et sur le terrain grâce à des chantiers pilotes. Aujourd'hui, huit d'entre elles ont fait la démonstration de leur innocuité environnementale et de leur intérêt technicoéconomique. Plusieurs acteurs comme, par exemple, la métropole européenne de Lille (MEL), le Grand Port de Dunkerque, VNF ou encore le cimentier Equiom, ont mis en œuvre les produits développés en laboratoire.

« Il faut créer les conditions d'émergence des filières à l'échelle territoriale, et surtout ne pas se limiter à quelques options. Il faut un maximum de débouchés car les volumes de sédiments sont énormes, explique Christophe Deboff, fondateur de Neo-Eco, le bureau d'étude qui a coordonné tous les acteurs. Pour cela, il a fallu être force de persuasion, lever les objections, convaincre par la preuve avec une rigueur scientifique. C'est tout l'intérêt de la démarche sédimatériaux. Aujourd'hui, huit filières sortent du lot », explique M. Deboff.

En voici quelques-unes.

Du Sedibéton pour renforcer les berges

La filière béton semble être une des plus prometteuses en termes de volume et d'applications pour la valorisation des sédiments. C'est également une boucle d'économie circulaire très courte, puisque les sédiments des fleuves et des ports retrouvent une application sur place. Dans le cadre de son partenariat avec VNF, Néo-Eco a mis au point plusieurs options : enrochement, gabion matelas contre l'érosion hydraulique, et béton prêt à l'emploi pour la réalisation de poutres de couronnement pour renforcer les berges. Le cimentier Equiom a été mis à contribution pour certains de ces essais.

« Sur la partie béton, il a fallu faire tout un travail d'adaptation de nos formules pour pouvoir intégrer au mieux ces matériaux », explique Jaouad Nadah, responsable support technique client. « C'est un matériau assez particulier, par opposition aux matériaux plus traditionnels de carrière. Ce sont des matériaux qui possèdent une certaine hétérogénéité et qui sont plus argileux, donc qui impactent directement les formules de béton », explique-t-il. Le cimentier a également modifié ses process industriels pour accueillir ces matériaux : « Il y a eu une adaptation du trémis un peu spécifique pour pouvoir accepter ce type de matériau, et de manière plus générale, les matériaux alternatifs. »

 
La démarche sédimatériaux Fortement concernée par la problématique des sédiments, la région Hauts de France s'est constituée comme le territoire expérimental de la valorisation des sédiments. Des programmes de R&D ont vu le jour depuis les années 2000, en particulier via la démarche Sédimatériaux (depuis 2009) impliquant l'État, le conseil régional Nord-Pas de Calais, l'association Cd2e et l'école des Mines de Douai. Une chaire industrielle de recherche Ecosed, cofinancée par de nombreux acteurs privés et publics, a également été mise en place pour étudier les spécificités de la problématique, en complément de la démarche Sédimatériaux. La problématique des sédiments touche de nombreuses régions. Le département du Var, à son tour, a lancé le projet Sediterra, dans la continuité des projets Sedimard, Sedimed et CAP Sédiments, visant à échanger sur les bonnes pratiques entre acteurs français et italiens.
 
Sedicoul, un coulis autocompactant pour les tranchées

Les travaux lancés dans le cadre de la démarche Sédimatériaux ont, par exemple, abouti à la création d'un coulis autocompactant pour le remblaiement de tranchées. La recette inclut de l'eau, un peu de ciment et surtout du sable, remplacé par des sédiments dans le cas du Sédicoul. Les travaux en laboratoire ont permis d'affiner la recette pour avoir à la fois « une prise rapide qui permet de rouler sur la chaussée quelques jours après la mise en œuvre, une portance adéquate même sur des tranchées étroites, et un matériau qui soit dur mais pas trop si on a besoin de l'excaver à nouveau », explique Nicolas Prud'homme, expert en génie civil à la MEL. C'est ainsi que la métropole a testé à Bondues (Nord) le remblaiement d'un kilomètre de tranchée avec du Sedicoul sur une partie du linéaire. 300 m3 de coulis avec 20 % de sédiments sont sous surveillance. « Pendant un an, on va suivre la qualité de l'eau autour du coulis et la comparer au produit témoin », explique Nicolas Prud'homme.

Sediprefab 1, un préfabriqué en béton pour créer une chaussée réservoir

La MEL a testé une seconde application : l'hydrocyl, un élément creux en béton, placé sous la chaussée pour servir de stockage des eaux pluviales. Là encore, le sédiment remplace le sable du béton, ici à hauteur de 15 %, et provenant des dragages effectués par la MEL sur les canaux dont elle a la charge. Deux chantiers en cours testent le produit : « Chaque projet permet d'affiner l'optimum technico-économique de la filière, autrement dit la quantité de sédiment intégrable. Lorsque tout sera fixé, nous généraliserons l'utilisation des sédiments locaux dans tous nos chantiers, via nos règlements de marché public, prévient Nicolas Prud'homme. Ce sera intégré dans nos clauses environnementales comme la loi nous l'y autorise. Les clauses sont déjà prêtes ».

Bientôt des plateformes pour préparer les sédiments

Après dix ans de travaux, tous les acteurs impliqués sont optimistes. « Toutes les briques sont prêtes. Les filières sont démontrées, les sédiments disponibles, tout avance de manière coordonnée », se réjouit Nicolas Prud'homme, de la MEL. La métropole va poursuivre les travaux avec de nouveaux chantiers pilotes au cours du troisième trimestre 2019. D'autres idées de recyclage sortent des laboratoires, comme des revêtements de murs et de sols fabriqués dans une usine de Roubaix, avec une substitution par des sédiments entre 50 et 80 % (EtNISI), mais aussi des matériaux composites en plastique où la charge minérale est remplacée par des sédiments à hauteur de 70 à 80 % (Sediplast).

 
Lorsque tout sera fixé, nous généraliserons l'utilisation des sédiments locaux dans tous nos chantiers, via nos règlements de marché public.  
Nicolas Prud'homme, expert en génie civil à la Métropole européenne de Lille
 
Les collectivités et les gestionnaires sont à la fois producteurs de sédiments mais, aussi et surtout, utilisateurs finaux de ces nouveaux matériaux. Ils se sont tous engagés à les promouvoir dans leurs contrats de travaux.

VNF s'est engagé, quant à lui, à ouvrir plusieurs plateformes sur le territoire pour accueillir les sédiments, les sécher et les préparer à leur usage futur. « VNF va prendre en charge le transit et le stockage à travers trois plateformes en projet qui devraient ouvrir, pour la première, en 2020 », précise Marion Delplanque, chargée de mission sédiments chez VNF.

Reste à assurer la viabilité économique des filières. Pour l'instant, le remplacement des matériaux naturels par des sédiments de dragage revient plus cher, les process n'étant pas encore industrialisés. Si cela devrait s'annuler à l'avenir, un soutien financier reste nécessaire pour inciter les fabricants à intégrer ces sédiments. Pour la filière béton, la plus prometteuse, VNF s'est engagé à payer les cimentiers pour qu'ils choisissent les sédiments de dragage et que cela couvre les frais d'adaptation de leurs sites. « On a estimé que l'adaptation industrielle coûterait à cette filière environ 12 € la tonne de sédiments utilisée. VNF a décidé d'aller plus loin en reversant aux cimentiers 15 € par tonne de sédiments utilisée », explique Marion Delplanque. Une approche gagnant-gagnant puisque tous les frais sont couverts pour les cimentiers et, pour VNF, ce sont autant de tonnes de sédiments qui ne seront pas orientées en centre de traitement à des prix bien plus élevés.

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