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Actu-Environnement

La valorisation agricole des matières fertilisantes d'origine résiduaire pose question

Malgré la somme de connaissances que compile l'expertise scientifique Inra/CNRS/Irstea sur les Mafor, de nombreuses incertitudes demeurent, rendant les prises de décision difficiles.

Agroécologie  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°339 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°339
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L'Inra, le CNRS et Irstea ont présenté jeudi 3 juillet à Paris les résultats d'une expertise scientifique collective sur les effets agronomiques et environnementaux de l'épandage des matières fertilisantes d'origine résiduaire (Mafor) sur les terres agricoles ou les forêts. Une expertise réalisée à la demande des ministères de l'Agriculture et de l'Ecologie et dont les résultats étaient attendus par de nombreux acteurs, comme l'a montré le succès rencontré par cette restitution.

Valorisation logique en termes d'économie circulaire

Pourquoi une telle demande ? Il existe beaucoup de bonnes raisons de vouloir valoriser ces matières qui peuvent être issues des effluents d'élevage, des boues d'épuration urbaines, des déchets urbains (ordures ménagères résiduelles, biodéchets, déchets verts) ou des effluents industriels. "Tout ce qui est organique doit retourner à la terre", fait valoir avec bon sens Christine Cros, chef du bureau Planification et gestion des déchets au ministère de l'Ecologie. "Cette valorisation est logique en termes d'économie circulaire", ajoute Isabelle Déportes du service Prévention et gestion des déchets de l'Ademe.

Il est vrai qu'une telle valorisation permet d'éviter les coûts d'élimination des déchets liés à l'incinération ou au stockage, tout en assurant un apport de fertilisants pour l'agriculture. Elle permet ainsi de répondre à la problématique de la raréfaction de certaines ressources comme le phosphore et à la dégradation du taux de matière organique de certains sols cultivés, soulignent les auteurs de l'expertise.

"Oui, nous sommes intéressés, mais avec une certaine prudence, et un besoin de rigueur", précise Didier Marteau, agriculteur et président de la commission environnement de l'APCA. Les interrogations sont en effet nombreuses : quels sont les bénéfices agronomiques des Mafor, quels sont les impacts environnementaux de leur épandage, quels avantages économiques présentent-elles, quels sont les risques sanitaires ? Les résultats de l'expertise apportent des éléments de réponses à ces premières questions, mais en laissant de côté l'évaluation des risques sanitaires, explicitement exclue de la commande et qui fait l'objet par ailleurs d'une saisie de l'Anses.

Une valeur agronomique intéressante mais des risques de contamination des sols

Que nous apprend cette expertise ? En premier lieu que les Mafor ont une valeur agronomique intéressante, tant en terme de fertilisation (apports en azote, phosphore et potassium) que d'amendement (entretien du stock de matière organique dans les sols, correction du pH), fait valoir Sabine Houot de l'Inra, co-responsable de l'étude. Cette valeur est toutefois variable selon les Mafor considérées (lisiers, boues d'épuration, fumiers, digestats, composts…) et les traitements susceptibles d'être appliqués (compostage, digestion anaérobie, séchage…).

En revanche, les Mafor sont susceptibles d'apporter trois classes de contaminants : biologiques, organiques et minéraux, précise Marie-Noëlle Pons du CNRS, co-responsable de l'étude. Il ressort de l'expertise que "les effluents d'élevage et les boues d'épuration urbaines, du fait de leur origine fécale, sont susceptibles de véhiculer des agents biologiques pathogènes, tels que bactéries, virus, parasites, et peuvent participer à la dissémination de l'antibiorésistance". Mais aucune étude n'a établi de lien entre l'épandage de ces matières et des maladies animales. Certains traitements sont en outre possibles. "Mais aucun n'est efficace à 100%", tient à préciser Marie-Noëlle Pons. En ce qui concerne la contribution des Mafor à l'antibiorésistance, elle est difficile à évaluer, indique l'étude.

Quant aux contaminants organiques et minéraux, la lente accumulation dans les sols de ceux qui sont le plus difficilement dégradables pourrait "sur le long terme, conduire à une contamination des sols difficile à maîtriser", révèle l'étude, tout en précisant que les comportements "complexes et difficiles à évaluer" des contaminants organiques dans les Mafor, les sols et l'environnement nécessitent que… "se poursuivent les recherches en cours dans ce domaine".

De nombreuses zones d'ombre demeurent

Au final, plusieurs paramètres doivent être pris en compte pour optimiser l'usage des Mafor en agriculture, estime Sabine Houot : l'origine de ces matières et les traitements appliqués, la maîtrise des quantités d'épandage, les conditions pédo-climatiques, le facteur "temps", sans oublier le paramètre "humain", c'est-à-dire l'acceptabilité de ces pratiques par les agriculteurs, qui sont les premiers concernés, et plus largement par la société civile.

Or, de nombreuses zones d'ombre demeurent malgré la somme de travail que représente cette expertise : les données sont particulièrement lacunaires sur les questions d'acceptabilité, sur le bilan économique des filières et sur les évaluations sanitaires. "On n'a pas regardé la réduction des pollutions à la source avec effets sur les concentrations de polluants dans les Mafor", reconnaît Marilys Pradel, de l'Irstea, co-responsable scientifique de l'étude, qui ajoute que "regarder toute la chaîne est aussi important".

La révision du règlement sur les engrais en trame de fond

La tâche des décideurs politiques se révèle donc délicate. C'est le cas d'Eric Liegeois de la Commission européenne, qui planche sur la révision du règlement sur les engrais minéraux, dont il annonce l'adoption pour la fin de l'année, en vue d'ouvrir son champ aux matières fertilisantes d'origine résiduaire. Certains trouveront la proposition incomplète, craint le fonctionnaire bruxellois, mais c'est parce qu'il juge ne pas avoir accès à tous les éléments nécessaires. "Un investissement plus actif pour donner accès aux donnés disponibles est nécessaire", ajoute-t-il à l'attention des autorités françaises qui disposent des données relatives aux opérations d'épandage via l'application Sillage.

L'idée est en tout cas de mettre en compétition les engrais minéraux et les Mafor, en prenant en compte les avantages et inconvénients des uns et des autres, tant en termes de compétitivité que de risques. Les Mafor devront, une par une, faire l'objet d'une certification qui prendra en compte les intrants, les techniques de stabilisation et les teneurs du produit final, indique Eric Liegeois. "Une liste négative est prévue, mais on l'espère la plus courte possible", ajoute-t-il, précisant que la Commission lancera en 2015 un appel à projets pour une étude de faisabilité de l'évaluation des risques des Mafor.

"Nous sommes contre une liste négative", répond tout de go Hubert Brunet. Plutôt que se focaliser sur les risques largement maîtrisables, il faut utiliser "cette formidable opportunité pour produire des fertilisants durables", estime le président du Syndicat des professionnels du recyclage en agriculture (Syprea). "La seule autre alternative, c'est l'incinération", avertit-il... La réduction des déchets n'était définitivement pas inscrite à l'ordre du jour du colloque.

Réactions9 réactions à cet article

 

Comment créer un problème qui n'a pas de solution.
Il me semble que tant que la vie existera sur terre il y aura des matières fécales et les bactéries et virus associés.
Si on ne les mets pas sur les champs, on en fait quoi?
je propose de supprimer les WC et les évacuation des eaux usées des gens qui se posent ce genre de question. Quand il auront trouvé la solution, ils reviendront.

zaravis | 07 juillet 2014 à 10h05
 
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je voudrais apporter une précision sur l'expression" "la révision du règlement sur les engrais minéraux, dont il annonce l'adoption pour la fin de l'année".
Pour être précis les services de la DG entreprise (de Mr Liégeois) annonce la proposition d'un projet de règlement, pour la fin d'année,
projet qui devrait être porté par la commission
Si la commission le soutient il sera soumis au parlement européen et aux conseil des ministres ...
combien de temps de négociation des détails ??
Donc pas de nouveau règlement opérationnel avant fin 2016 !!!
et probablement une phase de transition : plutôt 2018 que fin 2014.

Denis Ollivier trame | 07 juillet 2014 à 17h30
 
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Il ne faut pas être crédule, il n'y a rien de naturel dans tout cela. C'est juste une manière de se débarrasser de déchets à bon compte.
Il faut lire entre les lignes et regarder dans les champs, ou sur internet (voir usine TMB). Il ne s'agit pas uniquement de matières naturelles, mais de déchets soit disant "triés" ou "compostés". Et parfois (et même souvent), composés de produits non dégradables, ou comprenant des concentrations de polluants. Il y déjà eu des champs saupoudrés de plastique broyé et autres matières et parfois des boues avec de fortes concentrations toxiques.
Dans le pire des cas, ce sera concentré dans les productions agricoles, puis dans notre corps : retour à l'expéditeur...

Truffe | 07 juillet 2014 à 17h50
 
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Economie circulaire, bravo, les agriculteurs surtout les bios savent ce qu'est un compost préparé à partir du fumier etc....
Mais là, il s'agît d'autre chose " l'expertise....en laissant de côté l'évaluation des risques sanitaires....explicitement exclue de la commande" de qui se moque t' on ? Tous les "prétendants" quelle que soit leur origine devraient être analysés à la source :
- effluents d'élevage et résidus de méthanisation : antibiotiques et pesticides, l'amarante résistante au round-up qui a infesté 25 millions d'hectares (soja & maïs en majorité) et se répand au Brésil et en Argentine oblige les producteurs U.S. à utiliser un composant de l'"agent orange" utilisé pendant la guerre du Viêtnam le 2,4-D perturbateur endocrinien qui a été rendu responsable de dizaines de milliers d'enfants handicapés....Quant aux antibiotiques largement utilisés dans les élevages industriels on connaît leur nocivité dans la chaîne alimentaire.
Boues d'épuration : outre les dangers déjà cités, les antibiotiques encore puisque on en abuse, les anti-dépresseurs dont la France est championne du Monde et les oestrogènes dont les effets sur les crocodiles de Floride à la suite d'un accident devraient faire réfléchir tous les "mâles" français !
Le vignoble champenois a "digéré" les ordures de Paris sacs poubelles compris pendant des dizaines d'années, analyse ?
Les maraîchers de la plaine d'Achères (78) ont utilisé les boues d'épuration de la plus grande station de la région parisienne...?

ERISPOE | 08 juillet 2014 à 11h52
 
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ERISPOE
Vous ne maitrisez rien en chimie!!!
votre discours sur le gaz orange et le 2.4d en sont un bel exemple...

2,4-D perturbateur endocrinien qui a été rendu responsable de dizaines de milliers d'enfants handicapés.

Là vous déliré ou mélanger tout!
les gaz de combat ont fait des milliers de victimes
Rien à voir avec l'herbicide 2.4D
C'est ce genre d'amalgame anxiogène mais idiot qui nous amène à des situation délirante vis a vis des vérités réelles et scientifiques.

Ne pas avoir de compétence en chimie n'est pas un problème!
Par contre c'est très grave de sortir des fausses vérités qui ne servent à rien et surtout pas à protéger qui que se soit.

Pour info:
le premier gaz de guerre n'auraitil pas été le gaz moutarde?
la base nocive de ce gaz ne serait'elle pas le chlore??
Le chlore ne serait'il pas ce qui permet de sécurisé depuis des dizaines
d'année l'eau de nos robinet??
L'eau potable au robinet a permis une amélioration généralede la santé de toute la population !

Dans le même style:
les vitamines sont indsispensable à notre bonne santé!!
Pourtant si on consommait certaines de ses vitamines seuls avec des doses importantes (centaine de grammes) elles deviennent des poisons très toxiques et mortels.

yann | 09 juillet 2014 à 15h08
 
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L'agent ORANGE est un liquide, herbicide défoliant dont 80 millions de litres ont été déversés de 1961 à 1971 par l'aviation US pendant la guerre du Viêt-nam. 20 % des forêts et 400 000 ha. de terres agricoles ont été touchés. Il se compose de deux molécules herbicides : l'acide 2,4 dichlorophénoxyacétique 2,4-D
l'acide 2,4,5, dichlorophénoxyacétique 2,4,5,-T
Le 2,4,5-T est contaminé par la dioxine d'où les dégâts chez les populations, le bétail, les nappes phréatiques et les sols.
Le 2,4-D est considéré comme un perturbateur endocrinien, il est interdit en Suède, en Norvège et au Danemark, le Canada en a interdit l'usage dans les espaces publics.
A la suite de procès, Dow Chemical et Monsanto ont du payer 62 millions de $ aux victimes du Viet-Nam ce qui prouve la reconnaissance de la nocivité du produit malgré le ridicule de la somme compte tenu du nombre des victimes.
Les GAZ ? Sévéso 10/07/1976 Explosion à l'usine Givaudan, la dioxine un des composants des défoliants utilisés au Viêt-Nam cause la mort de 3500 têtes de bétail, oblige à abattre 40 000 autres, les sols et les maisons ont nécessité de lourds travaux de décontamination. La population a été prévenueà temps.
Bhopal 3/12/1984 Union Carbibe (rachetée par Dow Chemical) usine produisant des pesticides très mal entretenue des cuves explosent dégageant 40 tonnes d' isocyanate de méthyle ( CH3-N=C=O) la population non prévenue 15 000 à 20 000 décès et 300 000 malades "lourds" aveugles etc.....

ERISPOE | 09 juillet 2014 à 20h56
 
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Ne connaissant pas vraiment grand chose en chimie et m’intéressant juste à l'écologie car cela apparaît comme une nécessité pour la survie des générations futures, cet article m'inquiète. J'avoue que je pensais, naïvement, que tout ce processus de valorisation existait déjà et était non seulement sans danger et maîtrisé.
Si j'ai bien compris non seulement ce n'est pas le cas mais en plus, il n'existe pas de solutions pour les exploiter sans danger?

Quelqu'un peut-il bien m'expliquer, me corriger?

Merci

Mirouf | 10 juillet 2014 à 14h19
 
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ERISPOE

Vous dites en retour de mon écrit : L'agent ORANGE est un liquide, herbicide défoliant dont 80 millions de litres ont été déversés de 1961 à 1971 par l'aviation US pendant la guerre du Viêt-nam….Il se compose de deux molécules herbicides : l'acide 2,4 dichlorophénoxyacétique 2,4-D l'acide 2,4,5, dichlorophénoxyacétique 2,4,5,-T

Ecrit comme cela c’est encore plus idiot (voir débile) que votre première version mais vous etes content car cela fait peur.
Le 2.4D utiliser comme herbicide en France n’a rien avoir avec l’agent orange utilisé et surtout fabriqué pour être une arme de guerre
D’ailleurs comment arrivez vous a parler d’herbicide pour une arme de guerre faite pour tuer ou handicapé des hommes (voir détruire sont milieu de vie).
Même si l’on retrouve une molécule identique, la dose et le produit dans sont ensemble (autre molécule…..)font qu’ils ne sont pas comparables.

Vous ne devez pas avoir compris mon exemple avec le chlore et le gaz moutarde (ou vous ne le pouvez pas ????)

Le paradoxe du net est que c’est une invention qui permet à tout le monde de s’informer, mais pour autant cela ne rend pas tout le monde plus instruit et intelligent.
L’information sans compréhension pour des personnes qui pensent
« avoir tous compris dès leurs naissance » donne des cas comme vous en résultat. A savoir , des personnes qui disent n’importe quoi en argumentant comme vous le faite, de façon convaincu mais complètement à coté des réalités.

yann | 10 juillet 2014 à 15h38
 
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La plaine d'Achère, tout comme celle de Pierrelaye, est polluée mais n'a pas été pollué par des boues de STEP ! Continuer à entretenir cette confusion est faire preuve d'un grande incompétence...

miva | 19 juillet 2014 à 07h45
 
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