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''La question des financements est étroitement liée à l'ambition du plan stratégique de la CDB''

Quelle biodiversité pour demain ? Actu-Environnement.com - Publié le 18/10/2010
Quelle biodiversité pour demain ?  |    |  Chapitre 1 / 9
   
''La question des financements est étroitement liée à l'ambition du plan stratégique de la CDB''
   
Chargée de relayer aux décisionnaires les avis techniques et scientifiques des équipes de recherche françaises dans le cadre des négociations, Cécile Blanc de la Fondation de Recherche pour la Biodiversité, revient pour Actu-environnement sur les principales avancées attendues à Nagoya.

Actu-environnement : les 192 parties signataires de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) sont réunies jusqu'au 29 octobre prochain à Nagoya au Japon (COP10). Quel est l'objectif de cette réunion ?
Cécile Blanc :
Lors de sa création en 1992 au Sommet de Rio, la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) s'est vue confier trois objectifs : la conservation de la biodiversité, l'utilisation durable de la biodiversité et de ses éléments et l'accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages qui en résultent (APA). Ce troisième objectif découle des inquiétudes au sujet de la biopiraterie. En réponse, les parties signataires se sont engagées à mettre en place un protocole international encadrant les échanges entre des personnes intéressées par une ressource génétique et, le cas échéant un savoir traditionnel associé, et les propriétaires des ressources. À la COP 10, un des grands enjeux sera l’adoption de ce protocole fixant des grandes lignes : éléments biologiques concernés, rétroactivité ou non, forme de compensations... L'objectif étant que les pays du sud, qui concentrent aujourd'hui la biodiversité, puissent tirer avantage, notamment financier mais pas seulement, de leurs ressources même s'ils ne participent pas au travail de recherche ou de transformation de cette ressource.

AE : Quelles sont les avancées attendues à la CDB concernant la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité ?
CB :
La réunion de Nagoya doit par ailleurs permettre d'adopter le prochain plan stratégique de la CDB. Ce plan donne une vision d'ici à 2050 de ce que l'on souhaiterait en termes d'état de la biodiversité et une cible intermédiaire en 2020. En 2002, on s'était donné comme objectif de freiner la perte de biodiversité d'ici à 2010. Mais le bilan réalisé via la troisième édition des Perspectives mondiales pour la biodiversité (GBO3) fait le constat que les objectifs n'ont pas été atteints. Le prochain plan stratégique doit donc fixer un nouvel objectif pour 2020 et définir les grandes lignes d'action pour l'atteindre. Cette cible sera ensuite déclinée en 20 objectifs spécifiques axés par exemple sur la gestion durable des zones agricoles, la dégradation des récifs coralliens, l'intégration des objectifs dans les politiques nationales des pays, les subventions qui ont des effets néfastes sur la biodiversité, ou encore la place de la connaissance et de la science.

AE : Sachant que l'objectif 2010 n'a pas été atteint, allons-nous vers un objectif moins ambitieux pour 2020 ? Et les pays arrivent-ils à s'entendre ?
CB :
Les discussions portent sur deux options d'ici à 2020 : ''arrêter la perte de biodiversité'' ou ''tout mettre en œuvre pour la stopper'', une ambition moins forte. Dans tous les cas, plus qu'une déclaration de principe, cet objectif est un engagement des pays : la Convention est un outil contraignant, donc tous les pays signataires s’engagent à respecter les décisions qui y sont prises, même si, contrairement à l’OMC par exemple, il n'y a pas de sanction. La question des financements est étroitement liée à l'ambition du plan stratégique et représente le troisième enjeu fort de la conférence de Nagoya. Un plan de mobilisation des ressources est en cours de négociation. Il définit l'origine et le volume des financements nécessaires à la mise en œuvre du plan stratégique. Comme dans de nombreux débats internationaux, on y retrouve l'opposition nord-sud : les pays du sud estiment que, n’ayant pas eux-mêmes les moyens nécessaires, les pays du nord doivent payer beaucoup plus pour leur permettre de mieux conserver la biodiversité, ce à quoi les pays du nord sont réticents. À l'une des réunions préparatoires qui a eu lieu en mai à Nairobi, le Brésil a mis le plan stratégique en suspens, en précisant qu'il n'y aurait pas d'accord s'il n'était pas satisfait des négociations financières. Un compromis est donc dans la balance, entre l’ambition du plan stratégique et l’ambition des financements. Le Brésil propose ainsi d'augmenter les financements d'un facteur 100 par rapport à ce qui est fait aujourd'hui, si l'objectif fixé est d'arrêter la perte de biodiversité.

Retour sur la CDB
La Convention sur la diversité biologique (CDB) a été adoptée le 5 juin 1992 à l’issue du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro sous l’égide des Nations Unies. Les trois objectifs de cette convention sont la conservation de la biodiversité, l'utilisation durable de ses composants, le partage juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation des ressourcess génétiques.
Entrée en vigueur le 23 décembre 1993, elle est à ce jour ratifiée par 193 parties à l’exception notable des Etats-Unis. La première réunion de la Conférence des Parties (COP) a eu lieu du 28 novembre au 9 décembre 1994 aux Bahamas. Depuis les pays signataires se réunissent tous les ans.
AE : Le programme de la COP10 semble chargé durant ces deux semaines. Quels sont les autres sujets de négociations ?
CB :
Il reste des points d'achoppement entre les pays sur plus de la moitié des objectifs spécifiques du Plan stratégique comme celui concernant la dégradation des habitats naturels, pour lequel les pays n’ont pas encore réussi à se mettre d’accord sur le niveau d’ambition, entre diminution de moitié et arrêt de la dégradation. La surpêche et l’élimination des pratiques de pêche destructives posent également problème. . Concernant les aires protégées, les pays s'interrogent sur la création ou non d'un objectif différent pour les aires terrestres et les aires marines et sur le pourcentage de protection que l'on se fixe. En dehors du plan stratégique, les parties signataires tenteront de s’entendre sur les biocarburants, la biodiversité marine et côtière ou encore sur REDD1, où il s’agit d'intégrer la biodiversité dans ce programme créé à l'origine dans le cadre du changement climatique. Or l'idée défendue est qu’il n'y aura pas de lutte contre le changement climatique sans biodiversité et vice-versa. Les deux questions ne peuvent pas être traitées de manière séparée car la biodiversité intervient dans la régulation du climat. Si l'on considère uniquement les arbres comme des puits de carbone, on prend le risque de détruire la biodiversité qui y est associée : ce serait le cas par exemple si une forêt primaire était remplacée par une plantation : on a toujours un stock de carbone mais on a nettement moins de biodiversité !
D'ailleurs la conférence de Nagoya sera aussi l'occasion d'aborder un sujet important : la coopération entre les différentes conventions de Rio à savoir la convention sur le climat, la CDB et la convention sur la lutte contre la désertification. Les pays pourraient se mettre d'accord sur la mise en place d'un programme de travail conjoint entre les trois conventions. Mais c'est un sujet très tendu, notamment du fait que la convention sur le changement climatique est complexe du point de vue des négociations et que certains considèrent que ces processus doivent rester indépendants.

Propos recueillis par Florence Roussel

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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