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Réseaux intelligents : un levier pour maintenir la performance du service eau ?

Eau potable : des réseaux en mutation Actu-Environnement.com - Publié le 08/05/2017

Le maintien de la performance du service eau à un coût réduit pourrait passer par les réseaux intelligents. Ces derniers ne constituent toutefois pas la solution miracle. Ils interrogent également sur la valorisation possible des données.

Eau potable : des réseaux en mutation  |    |  Chapitre 5 / 7
Environnement & Technique N°369 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°369
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Nos réseaux parviendront-ils à maintenir une bonne performance du service à un coût constant dans le futur ? La question se pose car des difficultés grandissantes menacent l'équilibre actuel. La première est d'ordre financière. Depuis plusieurs années, Canalisateurs de France et des associations tirent la sonnette d'alarme pour accélérer les travaux de renouvellement ou de consolidation des réseaux. Et la facture est désormais élevée. Avec un linéaire de près d'un million de kilomètres à entretenir, ils représentent la majorité de la valeur patrimoniale des installations du service. Autre défi à relever : la présence de micropolluants dans l'eau et l'exacerbation des tensions sur la ressource. Certains considèrent que la mise en œuvre de réseaux d'eau intelligents pourrait contribuer à résoudre l'équation. Ces outils proposent par exemple le suivi du comportement hydraulique de réseau en temps réel pour prévenir les fuites ou le contrôle des indicateurs de la qualité de l'eau.

Jusqu'à 12,5 milliards de dollars d'économie par an

 
La gestion patrimoniale de demain devra passer par une anticipation des changements globaux pour permettre de reconfigurer progressivement le réseau pour les besoins futurs  
Eddy Renaud, IRSTEA
 
Le Groupe Siemens a ainsi estimé que ces solutions pourraient permettre aux opérateurs de réseaux d'eau de réaliser à l'échelle mondiale des économies jusqu'à 12,5 milliards de dollars par an. "Monitorer de façon précise le réseau avec des capteurs de qualité de l'eau, pression débit, se développe de plus en plus, constate Sylvain Charrière, coordinateur du groupe de travail gestion patrimoniale eau potable de l'Association scientifique et technique pour l'eau et l'environnement (Astee). Le gros enjeu de gestion patrimoniale est d'arriver à établir une sectorisation la plus pertinente possible - en utilisant les outils adaptés, y compris les nouveaux outils, mais également connaître les tuyaux posés, ainsi que l'historique des événements du réseau". Les outils des réseaux intelligents ne constitueront donc pas une solution miracle : dans l'essentiel du territoire, différentes étapes seront à engager au préalable. Une vision prospective semble également capitale pour une bonne gestion.

"La gestion patrimoniale de demain devra passer par une anticipation des changements globaux pour permettre de reconfigurer progressivement le réseau pour les besoins futurs, assure Eddy Renaud, chercheur responsable de l'équipe Environnement, territoires et infrastructures de l'Irstea de Bordeaux. Nos projets de recherche s'intéressent à cette question : nous développons une approche où nous considérons qu'une famille de tuyau va se comporter comme une population". En fonction du contexte, de l'environnement extérieur, un même groupe de canalisations va ainsi se comporter de manière différente : certaines vont durer plus longtemps que d'autres. Avec cette notion, les chercheurs essayent d'identifier comment construire des stratégies de gestion patrimoniale en fonction de la vision future de la performance et l'évolution du contexte.

Créer de la valeur à partir des données récoltées

Outre l'optimisation du fonctionnement des réseaux, ces systèmes "intelligents" ouvrent également la possibilité de créer de la valeur à partir des données récoltées. "Des assureurs nous ont indiqué que si - en croisant les données issues de la télérelève avec les leurs - il était possible de démontrer que les alertes fuites du réseau réduisaient les taux de sinistralité, ils pourraient créer des produits d'assurance à prime réduite", précise Bertrand Camus, directeur général Eau France de Suez. Autre application envisagée : accompagner le maintien à domicile des personnes âgées. "Nous avons des partenariats avec des centres communaux d'action sociale (CCAS) : une consommation erratique d'eau peut en effet être un signal faible d'apparition d'Alzheimer et nos outils peuvent envoyer une alerte au prestataire de soin", explique-t-il.

Les échanges de données encadrées

Le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) s'était interrogé à l'occasion d'une mission sur le prix de l'eau, sur les perspectives de nouvelles sources de financement pour les services que pouvaient permettre ces outils.

"Le détenteur de données personnelles pourra sans doute offrir ou vendre aux abonnés des services supplémentaires, mais aussi le cas échéant les valoriser pour ses propres activités ou les revendre à des tiers", note Régis Taisne, adjoint au chef du département Cycle de l'eau de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). L'usager devra toutefois donner son accord. Il dispose en effet d'un droit d'accès à ses données personnelles, de rectification, d'opposition à figurer dans le fichier ou de déréférencement d'une page web.

La législation encadre également la diffusion des données. "La loi sur la république numérique a imposé une mise à disposition des données produites par les services publics dans les deux à trois ans qui viennent, en fonction des échéances, sous réserve de la protection de la vie privée et du secret industriel et commercial, rappelle-t-il. N'importe quel opérateur économique pourra donc avoir accès à ces données et développer des solutions, y compris en concurrençant celles développées par les services publics".

Un autre cadre va également venir orchestrer les échanges : le règlement européen sur la protection des données personnelles. "Dans le cadre du règlement européen - qui sera en application automatique et obligatoire à partir du 25 mai 2018 - il faudra par exemple justifier que collecter des données au pas de temps horaire est nécessaire au service public ou service rendu à l'abonné", indique Régis Taisne. Sinon, l'exploitant devra obtenir le consentement formel de l'abonné avant de collecter et traiter ces données".

Les opérateurs quant à eux indiquent se reposer sur les collectivités pour ces questions. "Nous sommes dans l'obligation, dans le cadre de la loi Numérique de mettre les données à la disposition des collectivités, détaille Bertrand Camus, directeur général Eau France de Suez. Nous apportons notre contribution à travers l'exploitation de ces données pour trouver d'autres ressources additionnelles pour faire face au financement des enjeux des services d'eau et assainissement à long terme".

Vers une gouvernance basée sur des attentes sociales ?

"Pour la gouvernance du patrimoine, il ne faudrait pas se focaliser uniquement sur les infrastructures en temps que telles, fixant un objectif de km renouvelés chaque année en fonction de contraintes techniques et budgétaires, il faut croiser cela avec une détermination des attentes sociales concernant les performances possibles dans la durée, pointe Rémi Barbier, responsable du Laboratoire gestion territoriale de l'eau et de l'environnement (GESTE) de l'Ecole nationale du génie de l'eau et de l'environnement de Strasbourg (Engees). Le pilotage par la performance à long terme serait guidé par les préférences ou attentes sociales, qui peuvent être appréhendées par différentes méthodes de sciences sociales et traduites ensuite en objectifs et politiques patrimoniales".

L'équipe d'Eddy Renaud, au sein de l'unité Environnement, territoires et infrastructures de l'Irstea de Bordeaux, démarre précisément des travaux sur cette question : une gestion à long terme du service basée sur un objectif de performance - qui répond aux attentes sociales – et qui intègre les évolutions générées soit par les changements globaux ou de pratiques.

Dorothée Laperche

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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