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"Il y a une relation de confiance qui s'instaure dans nos magasins spécialisés"

Alimentation bio : une révolution profonde et durable Actu-Environnement.com - Publié le 30/10/2017

Alors que les circuits de distribution spécialisés poursuivent le maillage du territoire, ils doivent faire face à la concurrence croissante de la grande distribution. Etat des lieux et enjeux avec Françoise Beunardeau, présidente du syndicat représentant ces acteurs, Synadis bio.

Alimentation bio : une révolution...  |    |  Chapitre 4 / 13
"Il y a une relation de confiance qui s'instaure dans nos magasins spécialisés"
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Actu-Environnement : Le secteur de la bio connaît une forte croissance depuis plusieurs années. Comment s'est développé le circuit de distribution spécialisé ?

Françoise Beunardeau : Sur les dix dernières années, la distribution spécialisée a connu une très forte évolution. De 1.600 magasins, nous sommes passés à plus de 2.600, avec l'émergence de nouvelles chaînes, comme Naturéo, La Vie Saine ou Marcel & fils, et des enseignes plus régionales, comme So bio dans le Sud-Ouest. Il y a beaucoup de nouveaux venus.

AE : Quelles sont les particularités géographiques de ces réseaux de distribution ? Y a-t-il des zones où ils sont plus représentés ?

FB : Il y a aujourd'hui un vrai maillage du territoire. L'Ile-de-France connait toujours la plus forte densité, mais le bassin lyonnais a aussi connu une forte émergence. Aujourd'hui, le circuit se densifie fortement dans les Hauts-de-France et le Sud-Ouest. Le marché devient mature et est capable de s'implanter partout, notamment dans de petites agglomérations de 10.000 ou 20.000 habitants. Des points de vente sont ouverts en zones rurales. Il y a également, dans ces zones, de nombreux acteurs locaux indépendants.

AE : Qui sont les consommateurs de la distribution spécialisée ?

FB : Aujourd'hui, le bio concerne beaucoup les jeunes couples et les personnes entre 30 et 60 ans. Historiquement, nos consommateurs étaient soucieux de ce qu'ils mettaient dans leur assiette d'un point de vue santé, mais ils étaient aussi respectueux de la nature et de l'environnement. Les nouveaux venus, issus de la grande distribution, ont envie de mieux consommer, pour leur santé d'abord. Avec les informations que nous leur prodiguons, ils deviennent progressivement plus soucieux de l'environnement. Nous avons un rôle éducatif, avec des convictions à défendre. Notre personnel est formé pour cela.

AE : Est-ce que vous constatez l'arrivée de nouveaux consommateurs lors de crises ou scandales sanitaires dans l'agroalimentaire ?

FB : Chaque scandale sanitaire nous apporte un nouvel afflux de clients, immédiatement. Nous venons de le voir avec le scandale du Fipronil. Les consommateurs se sont aussitôt tournés vers les œufs bio français. Il y a une relation de confiance qui s'instaure dans nos magasins spécialisés. Ce sont des magasins à taille humaine, où l'on peut échanger facilement avec le personnel en comparaison avec les grandes surfaces impersonnelles. Il y a d'ailleurs une certaine désaffection pour les hypermarchés.

AE : Justement, la grande distribution étoffe de plus en plus ses rayonnages bio et commence même à ouvrir des magasins 100% bio. De quel œil voyez-vous cette nouvelle concurrence ?

FB : Effectivement, la grande distribution se lance aussi sur le magasin spécialisé en bio, avec des surfaces telles que les nôtres, entre 200 et 400 mètres carrés. Ils y vendent beaucoup de produits de marques distributeurs ou nationales issues du conventionnel, avec l'argument prix. Mais cela ne convainc pas nos consommateurs, qui ont d'autres attentes que le critère prix. Ils réfléchissent à ce qu'ils consomment, avec un questionnement sur la responsabilité sociétale.

AE : Les grands distributeurs rachètent aussi des magasins spécialisés. Le groupe Casino-Monoprix a repris Naturalia. Sur le continent américain, Amazon vient d'acheter l'enseigne bio Whole foods…

FB : Naturalia est un acteur historique de la bio. On n'ira pas contre l'évolution de la société et du commerce. Il y a une réelle désaffection pour la grande surface, et les distributeurs le comprennent. Nous voyons aussi arriver l'émergence du e-commerce… Mais les magasins bio historiques s'inscrivent dans une démarche vertueuse, ce qui est moins sûr avec les nouveaux venus de la grande distribution. Ils arrivent sur ce marché parce que celui-ci connaît une forte évolution, avec des taux de croissance de 15-20%. Mais ce qui attire les consommateurs, ce sont les valeurs qui nous animent depuis vingt ou trente ans. Nous défendons un modèle, une bio sociétale, nourricière, solidaire.

AE : Y a t-il une différenciation sur les produits ?

FB : Il y a une forte différenciation. Quand nous avons commencé à commercialiser des produits sans gluten, il y a vingt ans, parce que certaines personnes étaient atteintes d'une maladie qui les rendait intolérantes au gluten, personne n'en parlait. Et puis il y a eu une mode du “sans gluten”, pour des questions de régime, de bien-être, et la grande distribution s'en est emparée. De même avec les régimes végétariens. Il y a une réelle émergence depuis trois ou quatre ans de personnes qui veulent suivre des régimes végétariens ou qui souhaitent tout simplement manger moins de viande et plus de protéines végétales. Apparaissent donc des produits “fast food” végétariens, comme les émincés tex mex ou les steacks vegan… Les marques historiques de la bio ont fait évoluer ce marché. Il y a de très belles entreprises françaises qui travaillent sur l'innovation.

AE : Justement, faites-vous attention au “made in France” ?

FB : Tout ne peut pas exister en France. Par exemple, les bananes bio représentent l'un des produits les plus vendus dans nos magasins. Il n'y a pas assez de production française (Antilles), nous proposons donc des bananes importées (République dominicaine, Colombie…). Mais à la question “favorisons-nous un produit français face à un produit importé”, la réponse est oui. En grande distribution, c'est non ! Pourtant, tout ne se défend pas par le prix. Il y a eu une aberration sur le lait conventionnel qui s'est déjà produit aussi sur le lait bio. On peut vendre du lait bio issu des Pays de l'Est, ou faire le choix du lait bio français. Le prix ne sera pas le même. Lorsque l'on voit certains distributeurs afficher du lait bio à certaines périodes moins cher que le prix que nous payons à l'agriculteur français, c'est aberrant. Ces pratiques affaiblissent notre agriculture et ne permettent pas de nourrir les producteurs. Nous souhaitons, dans notre réseau, avoir un sourcing produit réfléchi, qui correspond à nos valeurs.

AE : Comment faites-vous pour défendre ces valeurs ?

FB : Avec nos collègues du Synabio (Syndicat des transformateurs et producteurs), nous veillons à l'évolution du label bio et à la discussion actuelle autour du règlement européen ou au travers des Etats généraux de l'alimentation. Nous ne souhaitons pas que cela conduise à abaisser les critères de la bio pour faire plaisir à la grande distribution. C'est un vrai enjeu pour nous. Nous faisons en sorte de préserver un domaine qui nous est cher et qui ne peut pas se galvauder. Il n'est pas question pour nous d'arriver à faire ce qu'a fait la grande distribution après guerre : sous prétexte de séduire le plus grand nombre, réduire les critères de qualité. Faire de la bio une consommation de masse serait un non sens. On le voit au travers des nouveaux venus qui ont encore les réflexes de la grande distribution. Il faut les éduquer.

Propos recueillis par Sophie Fabrégat

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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