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Quel rôle de la grande distribution dans le développement du bio ?

Alimentation bio : une révolution profonde et durable Actu-Environnement.com - Publié le 30/10/2017

Fini le temps où les produits bio étaient cantonnés à des magasins spécialisés ou à quelques références dans la grande distribution. Désormais, ils prennent une place croissante dans les étals des supermarchés. Mais à quel prix ?

Alimentation bio : une révolution...  |    |  Chapitre 5 / 13
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“En 2016, plus d'un tiers de la croissance des produits de grande consommation en grandes surfaces repose sur le bio, alors même que ce segment ne pèse que 3% du marché !”. Ce constat, dressé par la société d'études Nielsen en février dernier, explique l'engouement de la grande distribution pour les produits biologiques. En effet, alors que l'industrie agroalimentaire est plutôt morose, les filières bio affichent une croissance à deux chiffres depuis une dizaine d'années. “Le bio en grande surface, ce n'est pas un phénomène nouveau. Mais les gammes s'élargissent, on y trouve une plus grande diversité de produits. C'est plutôt une bonne nouvelle pour la filière qui a souffert d'un manque de visibilité pendant longtemps”, analyse Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab), qui représente les producteurs.

Un nombre de références en augmentation

 
Un marché qui attire même Amazon Le phénomène n'est pas franco-français : le géant du commerce en ligne Amazon est en passe de racheter la chaîne de distribution américaine Whole Foods, spécialisée dans les produits écologiques et biologiques, pour 13,7 milliards de dollars... La raison ? “Des millions de personnes adorent Whole Foods Market parce qu'ils offrent les meilleurs aliments naturels et biologiques”, explique le dirigeant d'Amazon Jeff Bezos, dans un
communiqué. La chaîne, lancée en 1978, compte plus de 460 magasins aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.
 
Désormais, note la société Nielsen, les hyper et supermarchés n'hésitent plus à consacrer un espace dédié aux produits bio, ce qui leur permet d'attirer des consommateurs soucieux de la qualité des produits qu'ils achètent. D'autant que “la première raison d'achat d'un produit bio est son label bio, et non pas la marque. Les MDD [marques de distributeurs] ont ainsi préempté une majorité du marché, et le bio leur offre l'opportunité d'un second souffle en ces temps plus difficiles pour elles”. Et point non négligeable : les produits bio génèrent un chiffre d'affaires supérieur aux produits standards, à volume équivalent… Selon l'Agence bio, la grande distribution représentait, en 2016, 45% des parts de marché du bio, contre 37% pour les magasins spécialisés. “Au-delà de la catégorie des produits diététiques qui est un cas à part (55% des ventes sont des produits bio), le bio concerne majoritairement les produits pas ou peu transformés, indique Nielsen. Le bio pèse ainsi 23% des ventes d'œufs, 13% des ventes de lait mais aussi 12,2% des farines ou 10,9% du miel vendu en GMS [grandes et moyennes surfaces]”. En revanche, le fromage bio ne représente que 1,1% des ventes des grandes surfaces. “L'offre y est courte, et ni les grands fabricants historiques de ce marché ni les MDD n'ont vraiment pris ce virage sur un marché qui semble pourtant totalement éligible à un fort poids du bio”, explique le cabinet d'études. Idem pour les légumes, que les consommateurs préfèrent encore acheter en magasin spécialisé et, dans une moindre mesure, en vente directe.

Une véritable compétition

Le bio en grande distribution devrait encore changer d'échelle : aujourd'hui, les distributeurs multiplient les annonces de développement du bio. Après avoir lancé dix magasins 100% bio en région parisienne, Carrefour en a ouvert un à Lyon (Rhône) fin 2016, qui propose “1.800 produits MDD (plus de 800 produits alimentaires, près de 900 produits textiles en coton bio en non alimentaire et une cinquantaine de produits cosmétiques)”. L'enseigne se targue ainsi d'être le “premier distributeur alimentaire généraliste en France pour les produits bio, [en offrant] un large choix à ses clients avec plus de 6.000 références disponibles dans ses hypermarchés, supermarchés, magasins de proximité et sur les sites e-commerce”. Mais E. Leclerc entend le détrôner en devenant le premier distributeur bio en France. Le crédo de cette coopérative de commerçants ? La démocratisation du bio. “Le bio, c'est souvent cher, et le consommateur doit perpétuellement arbitrer dans ses dépenses. J'ai toujours défendu l'idée que chacun devait pouvoir contribuer à l'avenir de la planète en adaptant simplement sa consommation, sans vider son portefeuille”, explique Michel-Edouard Leclerc.

En grande distribution, un produit bio est en moyenne vendu 64 % plus cher qu'un produit équivalent conventionnel, selon une enquête du magazine spécialisé Linéaires. Mais, selon E.Leclerc, les références de la MDD Repère Bio Village sont environ 30% moins chères que celles des marques nationales équivalentes. Résultat : un produit bio sur deux vendus chez E.Leclerc provient de cette gamme, qui compte environ 3.000 références. “Il ne faut pas tomber dans les schémas de l'agriculture conventionnelle. Nous ne voulons pas une guerre des prix ou alors, il faut que ce soit une guerre pour un prix juste, qui rémunère correctement le producteur”, souligne Stéphanie Pageot. La Fnab a rencontré l'été dernier la plupart des enseignes pour les sensibiliser à cette question : “Nous avons réaffirmé nos valeurs, qui s'appuient sur les principes du commerce équitable : la transparence et les partenariats. Nous essayons d'acculturer ces acteurs aux pratiques de la bio. Ce marché est porteur, et c'est aujourd'hui qu'il faut construire des bases de partenariat solides”. La Fnab est particulièrement attentive à un équilibre des territoires et craint que certaines enseignes n'aillent au contraire vers une spécialisation des territoires. “Il faut également travailler avec les intermédiaires, qui ne connaissent pas du tout les spécificités de la bio. Pour la collecte des céréales par exemple, les besoins sont totalement différents que dans le conventionnel”.

De nouvelles manières de travailler

Petit à petit, les mondes se rencontrent et de nouveaux partenariats se créent entre grande distribution et producteurs bio. A l'instar de celui de Biolait, un groupement de plus de 1.200 producteurs de lait bio, et les Magasins U, démarré en 2011. Ces derniers s'engagent à s'approvisionner auprès de producteurs membres du groupement, à payer le lait bio plus cher que le conventionnel et à soutenir les conversions d'agriculteurs conventionnels vers le bio à hauteur de 3 centimes d'euros pour chaque bouteille de lait U bio vendue. Le groupement Biolait travaille également avec la chaîne de magasins spécialisés Biocoop depuis 2000. Les Magasins U ont aussi noué un partenariat avec Les porcs bio de France, depuis 2013. Celui-ci est basé sur une juste rémunération des éleveurs, avec une révision du prix d'achat en fonction du cours des aliments nécessaires à l'élevage des porcs bio, des contrats de trois ans et des dispositifs de contrôle et de traçabilité. “Il faut embarquer tout le monde dans une démarche de progrès et que la concurrence se fasse sur le mieux disant”, estime la présidente de la Fnab.

Sophie Fabrégat

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Réactions2 réactions à cet article

 

Faut pas se leurrer, leurs but quelqu'en soient les revendeurs, c'est de se faire du fric quitte à nous mentir !
Tant que nous ne produirons pas local, le bio restera de la merde !
Regardez la plupart des étiquettes, elles ont en bas la mention :
UE / non UE
Cela signifie que les produits peuvent même provenir des pays les plus pourris comme la Chine !
Quand à l'Espagne surchargé en pesticides, l'Italie royaume de la mafia et les autres pays UE ou non mais qui sont tolérés par Bruxelles pour favoriser le business alors qu'ils ont des règles totalement différentes des nôtres.
L'exemple des bananes bio qui comportent 14 produits chimiques interdits en Franc ! Quelle honte à tous ces euro-députes à la botte des lobbys.
Autre exemple, pour mieux nous tromper, les revendeur tel " Bio Jardin" chez Leclerc ou Super U, mentionnent à côté du drapeau tricolore : Conditionné en France !
Ce qui ne signifie nullement produits et cultivé en France et qui devrait être une mention interdite car trompeuse.

Collectif REC | 31 octobre 2017 à 19h27
 
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Collectif REC a raison: le "bio" est une opportunité commerciale (à la limite de l'arnaque), dont le "succès repose sur le dénigrement de l'agriculture.
Je partage entièrement sa défiance des étiquettes, la plupart du temps mensongères et/ou non-(mal)contrôlées.
Par contre, je ne dénie pas le droit aux opportunistes d'exister et de faire leur beurre sur les crédules. C'est le sort commun des croyances et le fruit récolté par les autoproclamés marchands de trouille et il est normal et humain que des commerçants avisés en profitent.
Par contre, je ne suis absolument pas client et je propose à ces opportunistes:
1. D'arrêter de mentir car les pesticides sont aussi utilisés en "bio"
2. D'arrêter de dénigrer les conventionnels car la majorité travaille correctement.
3. De reconnaître que, parmi les crises sanitaires récentes, certaines parmi les plus graves concernent au moins en partie le "bio": fenugrec germé, produit anti-puces avec fipronil, aspersions d'écoles en viticulture...
La normalisation du "bio" amène exactement les mêmes dérives commerciales que toute production agricole et sa généralisation n'est pas souhaitable.

Albatros | 07 novembre 2017 à 14h20
 
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